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Billet de blog 16 mai 2015

Tempête dans une boîte de conserve

C’est parti ! Depuis 48 heures les télés nous passent en boucle une information qui constituerait, sinon le scandale du siècle, sinon celui de l’année, en tout cas celui de ce mois de mai, qui en matière de santé en manquait.

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C’est parti ! Depuis 48 heures les télés nous passent en boucle une information qui constituerait, sinon le scandale du siècle, sinon celui de l’année, en tout cas celui de ce mois de mai, qui en matière de santé en manquait.

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Et l’on ne peut s’empêcher de penser que les journalistes se prêtant à ce buzz n’ont rien d’autre à se mettre sous la dent. Sous la dent… au sens presque propre puisqu’il s’agit d’alimentation ; en l’occurrence d’un défaut d’information, que dis-je d’une dissimulation, d’une tricherie et des plus graves, pensez : un conserveur, Bonduelle pour le nommer, introduit de la viande (volaille, bœuf, agneau ou porc) dans 17 de ses conserves de légumes, sans que cela soit mentionné sur l’étiquette…

Scandale sanitaire ? Oui, car les végétariens ne sont pas prévenus, les juifs et musulmans non plus, si bien que les uns et les autres vont ingérer des aliments que leurs convictions ou leurs croyances interdisent…

C’est grave, docteur ?

Pour la santé humaine, pas du tout. Mais le malheureux PDG de Bonduelle n’ose même pas l’affirmer clairement, tout bafouillant qu’il est à simplement plaider que ses produits respectent la réglementation… Le maladroit ! Réglementation ! Le mot à ne pas prononcer, dans un pays ou, excédés à bon droit par l’excès de textes en tout genre, les citoyens ont envie de jeter le bébé de l’indispensable réglementation sanitaire avec l’eau sale des lois, décrets et arrêtés inutiles, illisibles et proliférants.

Alors, si nous sommes les seuls à l’écrire, écrivons le néanmoins : la présence de trace de produits carnés dans la sauce de légumes cuisinés est normale ; inévitable même et bien plus saine que les glutamates et autres stimulateurs de goût qu’on utilise à tort et à travers.

Alors, disons-le : il faut contrôler de près les industriels de l’alimentation, ne pas les croire sur parole. Les punir sévèrement, plus sévèrement en tout cas qu’ils ne le sont actuellement, d’empoisonner les populations avec sel, sucre, additifs non scientifiquement exonérés de tout effet indésirable. De pervertir les habitus alimentaires du monde entier avec des substances qui dérèglent le goût dès la jeunesse. De contribuer inexcusablement à accroitre par millions les cohortes de diabétiques, artéritiques, cardiaques, insuffisants rénaux, et autres pathologies connues ou à découvrir…

Mais faire à Bonduelle un procès pour ça ! Tout ce tapage pour ça : « 0,5 % d'arômes de poule, poulet, bœuf, porc ou mouton » dans une boîte de légumes cuisinés. Soit pour une portion de 150 grammes, 0,75 g d’extrait de viande !

Il y a quelques semaines, notre ami Jean-Pierre DIDIER dénonçait, avec sa lucidité coutumière à laquelle s’ajoutait une légitime indignation, la dérive de la machine médiatique à propos de la catastrophe de l’Airbus de Germanwings et la façon indécente et écœurante de fouiller les poubelles au mépris du secret médical et de la simple humanité. Voici aujourd’hui qu’ils continuent à tout embrouiller, à touiller en méchant brouet ce qui est grave avec ce qui ne l’est pas.

Oui mais, me direz-vous, c’est quand même grave pour les juifs et les musulmans qui auront, à cause de Bonduelle, ingéré du porc à l’insu de leur plein gré ? D’abord, ils n’en mourront pas plus que les chrétiens, bouddhistes, taoïstes et incroyants. Ensuite et je le dis, moi qui fus abreuvé aux Livres, Bible et Coran confondus, que cela n’est pas irrémédiable :

Le Coran, sourate 2, verset 173 : « Voici, Il vous interdit la charogne, le sang, la viande de porc… Mais pour qui y est contraint sans abus ni excès, Allah est indulgent et miséricordieux ».

La Bible, Deutéronome 14:8 : « Ainsi le porc, qui a la corne divisée mais ne rumine pas : il est souillé; vous ne mangerez pas de sa chair » Mais selon le Talmud (154 3:11:4), « les croyants peuvent invoquer le pardon s’ils ont consommé des aliments non cashers qu’ils croyaient cashers ».

Ensuite, combien sont-ils de juifs et musulmans à se régaler innocemment de plats préparés, bonbons ou pâtisseries contenant… de la gélatine (E441) extraite bien souvent de la couenne de porc !

Enfin, il est curieux que ces commentateurs hâtés de proférer des âneries (et sans doute obnubilés par les deux religions dont on cause en ce moment) n’aient cité que juifs et musulmans ; car en suivant leur logique à ras de la casquette, seront tout autant blessés dans leur foi l’hindouiste qui aura absorbé du bouillon de bœuf et le catholique qui aurait l’étourderie de consommer des légumes Bonduelle le vendredi ou en Carême…

***

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