Calmez le jeu ? Ouvrez le jeu !

Les meilleures idées ne valent que dans la mesure. Or c’est parfois délire et surenchère quant à certaines propositions de fusions d’établissements.

2013-04-30-St-Denis-21.jpgLes meilleures idées ne valent que dans la mesure. Or c’est parfois délire et surenchère quant à certaines propositions de fusions d’établissements.

Les causes sont doubles :

● certains décideurs hospitaliers encore  inexpérimentés en matière d’action interhospitalière ont, sincèrement, le zèle mais aussi la maladresse des néophytes et se font plaisir au jeu du « Monopoly hospitalier »

● il y a parfois, chez quelques autres, une part de calcul intéressé : ils présument que le directeur général de l’ARS est favorable aux fusions à marche forcée et donc anticipent, escomptant que cela leur vaudra un bonus de carrière.

L'opinion publique, avec un bon sens qui agace les technocrates mais qui n’est souvent que sagesse, distingue mieux qu'on ne le croit les fusions justifiées de celles qui le sont moins. Mais il faudrait davantage prendre garde au sentiment d’humiliation profonde que les soignants ressentent, constatant qu'ils sont bons à "faire tourner la machine" hospitalière, mais ne sont pas consultés ‑ si ce n’est pour la forme ‑ sur l’avenir de leur établissement et que leur expérience professionnelle ne pèse rien dans ces choix stratégiques.

C’est alors qu’on « plombe » l’idée de restructuration, en la déclinant sans nuance, sous sa variante la plus brutale, la plus radicale : la fusion. On brouille l’échelle des valeurs si bien qu’un jour nos agents et nos élus refuseront en bloc tout changement, même lorsque des impératifs incontournables de sécurité sanitaire ou de coûts prohibitifs le justifieront sans conteste...

Il faut réaffirmer qu’un chantier aussi important n’est pas seulement l’affaire des décideurs mais de tous les acteurs ; qu’on doit d’abord recueillir les idées et mener un vrai débat. Lequel, pour éviter les échappatoires démagogiques, doit être éclairé des données transparentes de qualité et de coût. Et que les décisions se prennent en fin de concertation ; que la fusion n’est pas « ficelée » d’avance.

D’autant que, bien souvent, les entraves à la complémentarité ne tiennent pas à la multiplicité d’établissements autonomes, mais à de trop nombreux et trop petits services médicaux de même discipline. Et là, la fusion ne règle pas grand chose.

Car les pouvoirs du directeur d’hôpital étant ce qu’ils sont, peut-on sérieusement imaginer qu’il pourra mener en interne ‑ dans un unique établissement fusionné ‑ les nécessaires regroupements de services , si le DGARS n’y est pas parvenu en externe ‑ entre deux établissements alors distincts ?

Par ailleurs, n’est-il pas significatif d’observer que les formules restructurantes autres que la fusion pure soient si peu développées ? Que même les formes plus anciennes soient toujours peu ou mal utilisées? Que quatorze ans après la loi n° 99‑641 du 27 juillet 1999 qui les a définies, les fédérations médicales interhospitalières se développent si peu ? On objectera à notre constat chagrin le bel essor des réseaux. Mais ce développement heureusement positif vient, quand même, à l’appui de notre thèse : les réseaux foisonnent précisément parce qu’ils sont peu contraignants en termes de restructuration lourde, et d'autant parfois qu'ils sont peu... opérationnels.

Aux ministres, aux DGARS, mais aussi et surtout aux décideurs hospitaliers, s’adresse donc cette suggestion : calmez le grand jeu des fusions d’établissements, ouvrez davantage le jeu subtil et minutieux de la recomposition des services de soins.

 

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