Attention un JC peut en cacher un autre

Il y a quelques jours, lors d’une interview visant à justifier le texte du Projet de loi « confortant les principes républicains » Jean Castex, Premier ministre, affirmait que « L’ennemi de la République, c’est une idéologie politique qui s’appelle l’islamisme radical ».

Mais s’agit-il réellement d’une question d’islamisme ou bien ne serait-ce pas plutôt une question de « radicalisme » ? Toute religion porte en elle une volonté d’expansion, expansion territoriale et domination spirituelle au nom de l’Absolu. Les religions reposent sur la conquête des esprits  et des territoires. Cette conquête s’est faite par les armes, par le sang, par la peur, par le prosélytisme de missionnaires, la propagande et la manipulation mentale.

 

À une époque où la conquête guerrière n’est plus assumée et acceptable moralement aux yeux du monde - ce qui conduit à une perte de fidèles - il est tentant d’user d’autres modes de conquête plus « doux », moins manifestes. Les formes de conquête ouvertement violentes sont dès lors jugées « radicales », ce qui ne signifie au fond ni plus ni moins que « non acceptables ».

 

À mon sens, le « radicalisme » qui, si l’on en reprend la définition, ne signifie rien d’autre que le retour à la cause profonde, à l’essence ou au principe, est inacceptable lorsqu’il met en jeu la sureté de l’Etat et de ses citoyens, les fondements de notre démocratie et de notre République. Peu importe, partant de là, que ce radicalisme soit religieux ou autre, inacceptable il est, inacceptable il restera. En terme juridique, il est inacceptable par nature.

 

Deux éléments majeurs me semblent incontournables pour se prémunir des radicalismes de tout ordre : le droit et la pensée, en particulier la pensée critique fondée sur le doute et la remise en question. Le premier ne relève que de la place des libertés publiques dans notre société et, malheureusement, ce combat semble désormais perdu au regard de la politique intérieure digne de celle d’un Etat totalitaire menée par MM. Macron et Castex. Reste la pensée critique qui a, dans l’histoire, permis aux hommes de dépasser l’obscurantisme (ou le radicalisme religieux) pour accéder à la connaissance, à la réflexion, et, in fine, à la liberté. La pensée critique a été fondamentale dans l’émancipation de la croyance, reposant sur le dogme « je ne sais pas que je crois mais je crois que je sais », au bénéfice d’un cheminement de découverte, une posture philosophique reposant sur un « je sais que je ne sais pas, mais j’ai la confiance de savoir un jour ».

 

Comment alimenter la pensée, aiguiser l’esprit critique ? La culture, la recherche, l’éducation, la confrontation des idées des idéologies, l’abandon du dogmatisme, semblent la voie que l’humanité a empruntée, certes avec un succès relatif.

 

Alors comment comprendre que les lieux de cultes ré-ouvrent alors que les lieux de cultures restent fermés ? Qu’est ce qui motive la fermeture des lieux qui favorisent l’esprit critique et la pensée alors même qu’aucun cluster n’y a été recensé ? Qu’est ce qui sous-tend l’ouverture de lieux de culte alors même que plusieurs clusters y ont été recensés?

 

Monsieur le Premier ministre, l’ennemi de la République c’est une idéologique politique nommée obscurantisme et vous en êtes l’un des apôtres, en maintenant les lieux de cultures fermés au profit des lieux de cultes.

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