Rebondir à gauche après le seuropéenes

Un piège menace notre pays: le faux face à face entre les libéraux à la Macron et l'extrême droite Le Pen. Après les européennes, la gauche, éclatée, apparaît moins en mesure d'y faire face. Il est urgent de réagir avec des axes programmatiques, qui pourraient rassembler, et des formes d'organisation ouvertes à tous.

                                                                                Rebondir à gauche après les européennes

 

La France sort des élections européennes avec un paysage politique inédit et fragmenté. L’abstention, en recul, comme dans les autres pays, reste très élevée et très inégale selon les classes sociales, les générations et les territoires. Deux forces politiques – LREM et le rassemblement national (RN) – ont obtenu beaucoup plus de voix que les autres. Mais elles ne sont choisies que par moins d’un français sur deux.

Le système politique français fonctionne toujours plus comme une camisole de force : au nom de la stabilité et de la nécessité de « dégager une majorité » il donne tous les pouvoirs à une minorité, et même à un homme. Avec l’affaiblissement des partis, Macron, qui a créé un ersatz de parti tout dévoué à sa cause, a presque tous les moyens de dérouler son programme (il y a encore quelques espaces comme l’éventuel référendum d’initiative populaire Aéroports de Paris). C’est pourtant un colosse aux pieds d’argile de par l’étroitesse de sa base politique et  parce qu’il est presque toujours en première ligne sans guère de « fusible ».

La rhétorique politique de Macron, le « et de droite et de gauche », en font en partie un héritier du Giscard de « Démocratie française » voulant réunir « deux français sur trois ». On sait ce qu’il advint en 1981. Cela pourrait arriver à Macron : perdre. Mais sera – ce au profit de la gauche, et d’une gauche qui ne se renierait pas ? Pas certain.

 

2019 : vers un face à face inédit LREM/rassemblement national mais pas un bipartisme

Survol des 60 années de la Vème république jusqu’en 2017

Préalable utile : nous sommes dans un pays où l’abstention électorale, alors même que le vote n’est pas obligatoire, était très minoritaire jusque dans les années 2000 :

  • présidentielles et législatives mobilisaient le plus souvent 80 % du corps électoral et au pire les deux tiers
  • les élections dites locales (régionales, départementales et municipales) arrivaient aussi à des taux de participation de l’ordre des deux tiers.

Les chiffres ont beaucoup baissé depuis 2002 :

  • la présidentielle est plus que jamais l’élection de référence. Les chiffres des élections de 1974 et 1981 (de l’ordre de 85 %) ne sont plus atteints mais les trois quarts des électeurs votent. Toutefois, le face à face Macron – Le Pen de 2017 a provoqué une forte augmentation des abstentions et des votes blancs et nuls entre les deux tours. La participation est plus élevée quand toutes les sensibilités importantes sont représentées et certains électeurs ne se sont pas reconnus dans cet affrontement
  • le plus spectaculaire est l’effondrement de la participation aux législatives, élection décisive puisqu’un gouvernement ne peut travailler sans majorité parlementaire. Le lent effritement des années 2002, 2007 et 2012 a fait place à une chute en 2017 (48,7 % au premier tour et 42,64 % au second tour). Les exigences en pourcentage des inscrits au premier tour pour se maintenir au second tour ont souvent empêché que soit la gauche, soit le FN, soit la droite soient présents au second tour, contrairement à LREM toujours « qualifié ». Cela peut expliquer en partie une telle chute de participation entre les deux tours
  • aux régionales, la baisse en 2010 a été suivie par un rebond au deuxième tour en 2015 dans un climat de mobilisation anti FN mais sans revenir aux chiffres antérieurs supérieurs à 60 %. La situation est la même pour les élections départementales
  • aux municipales, l’érosion est plus faible mais continue. Avec 63 % de participation en 2014, les municipales sont les deuxièmes élections les plus mobilisatrices après la présidentielle.

Cette baisse est due à plusieurs raisons :

  • les alternances se sont succédé et les problèmes sont restés
  • le quinquennat a fait des législatives une simple ratification de l’élection présidentielle
  • la dureté de la vie de beaucoup de français et la transparence accrue ont rendu à la fois plus visibles et moins tolérables les comportements de certains élus, fussent-ils minoritaires, ce qui a « désacralisé » le vote
  • des citoyen nes cherchent une efficacité concrète et peuvent trouver plus de satisfaction dans des actions de terrain moins institutionnelles.

 

Sur la période, les influences des partis se sont conjuguées selon des schémas différents mais la situation actuelle est inédite :

  • Jusqu’en 1981, quatre forces comptent et elles sont relativement égales : à droite le mouvement gaulliste, hégémonique de 1962 à l’élection de Giscard en 1974, et les indépendants, qui fusionnent avec les anciens démocrates chrétiens du CDS venus du MRP pour constituer l’UDF ; à gauche, le parti communiste et la gauche radicale et socialiste où le PS refondé à Epinay domine. Ces quatre partis regroupent plus de 80 % du corps électoral, les centristes type Servan Schreiber et Lecanuet apparaissant résiduels, et ont vocation à gouverner par alliance
  • A partir de 1981 et jusqu’en 2002, le PS assoit son hégémonie à gauche. Ses partenaires, surtout les communistes mais aussi les écologistes nouveaux venus, avec qui il gouverne pendant la « gauche plurielle » de 1997 à 2002, sont en dessous de 10 %. A droite, les anciennes divergences entre gaullistes et droite non gaulliste sur l’Algérie, l’Europe, la relation aux Etats Unis, n’ont plus de sens et seules restent les ambitions présidentielles. Ces différents partis restent dominants mais le FN se hisse au-dessus de 10 % dès les européennes de 1984 et dépasse les 15 % aux présidentielles de 1995 et 2002
  • De 2002 à 2016, la droite s’unit dans l’UMP puis LR. Bayrou, notamment après la création du Modem issu d’une partie de l’UDF, ne gouverne pas avec l’UMP et affiche avec elle des divergences croissantes, particulièrement sur l’autoritarisme de Sarkozy et sa reprise des thématiques d’extrême droite ou les arrangements inavouables de certaines privatisations comme les autoroutes sous Villepin, mais reste très attaché à l’Europe libérale et à l’austérité. Il atteint 18,6 % à la présidentielle de 2007 et se situe autour de 10 % aux autres élections. Le PS enregistre de grands succès aux élections locales pendant les 10 ans de pouvoir de la droite. Son hégémonie à gauche est maintenue alors que ses orientations se font plus libérales. Mais il baisse très vite une fois revenu au pouvoir en 2012. Hollande pousse plus loin que tous ses prédécesseurs la logique de la Constitution : impopularité abyssale, réformes, comme la loi El Khomri, massivement rejetées, fronde sans précédent dans le groupe parlementaire, mais maintien de ses choix car seule une motion de censure pourrait les mettre en cause et qu’il fallait pour cela des orientations bien à gauche et beaucoup de courage chez beaucoup d’élus socialistes dont le mandat est souvent lié à la victoire de Hollande. Au plan partisan, la nouveauté vient du front de gauche qui atteint 11,1 % à la présidentielle de 2012. Mais il pâtit vite de ses divisions. Affaibli par Sarkozy en 2007, le FN atteint un niveau inédit en 2012 (17,9 %). Il conforte ses positions aux élections locales de 2014 et 2015. Sa percée donne un argument à l’aile droite du PS : il faut que la gauche s’unisse car sinon c’est droite contre Le Pen[1]. Un décalage se dessine entre les forces dites de gouvernement – UMP LR et PS pour l’ essentiel – clairement minoritaires, et les opinions des français. Ni le FN ni le front de gauche, que tout oppose, ne sont considérés comme des partenaires par les « partis de gouvernement ». A cela s’ajoute la situation particulière du Modem qui accepte les orientations économiques et sociales mais diverge sur le mode de gouvernement. De plus, le noyau libéral des politiques, conforté par les engagements européens, est placé hors d’atteinte de la volonté populaire : le non du référendum de 2005 est bafoué par le traité de Lisbonne en 2008. Les quinquennats Sarkozy et, surtout, Hollande auront vu des pouvoirs presque toujours minoritaires dans l’opinion mettre néanmoins en œuvre leurs projets sans recul notable.

 

2017 installe un nouveau paysage[2] :

  • Le PS est laminé. Ceux qui ont accepté le libéralisme de Hollande, voire même auraient souhaité qu’il fût plus assumé, se retrouvent en Macron. Les autres, moins nombreux, se reportent sur Hamon mais aussi souvent chez Mélenchon dont la campagne très réussie fait qu’il devient le vote utile à gauche
  • Macron, renforcé par Bayrou, atteint 24 %. C’est un électorat qui mêle ex PS et ex UDF, équilibré entre les âges, aisé et métropolitain. Cet électorat est celui qui a le plus voté par défaut
  • Fillon, plombé par les affaires, rassemble 20 % de l’électorat – un électorat surtout aisé et âgé
  • Mélenchon frôle les 20 %. Plus que les autres, c’est un vote d’adhésion. Il est très fort chez les jeunes, dans les classes populaires et regroupe l’ancien électorat communiste et une partie de celui du PS. Il capte les trois quarts des votes pour les candidats de gauche (Mélenchon, Hamon, Poutou, Arthaud) qui connaît un étiage sans précédent à 27 %
  • Avec 21,3 %, Le Pen dépasse ses résultats antérieurs. Son score est un peu inférieur à ses espoirs (le FN avait fait mieux, mais avec une participation moindre et sur d’autres enjeux, aux élections européennes, départementales et régionales de 2014 et 2015 et espérait tirer profit du contexte post attentats et de la crise de l’accueil des étrangers). Le vote FN est plus élevé loin des métropoles et plus faible en leur centre. Les catégories populaires y sont surreprésentées, plus encore que chez Mélenchon.

La photographie électorale du premier tour permet de distinguer quatre électorats très typés et de force égale. Cela rappelle les années 70 mais ce n’est qu’apparence. Dans les années 70, deux partis étaient prêts à s’allier pour gouverner, soit à gauche, soit à droite. Or, ni Mélenchon ni Le Pen, dans cet état du rapport de forces, n’ont d’allié possible. Une alliance Macron – Fillon, non envisagé à ce moment, est davantage plausible mais elle ne rassemblerait pas la totalité des deux électorats. Le pouvoir macronien, bien que rejoint par une partie de la droite, est structurellement minoritaire et les deux années suivantes l’ont confirmé. Il tient par la camisole de force institutionnelle. Nous y reviendrons.

L’équilibre du premier tour est vite bouleversé. Largement élu, mais avec beaucoup de votes d’abord anti le Pen et plusieurs millions d’électeurs du premier tour qui n’ont pas voulu choisir entre lui et Le Pen, Macron choisit un premier ministre de droite – Philippe. C’est un signe fort. Il entend capitaliser sur le désarroi de la droite qui a perdu une élection « imperdable » et est privée de leader. 

  • Dès les législatives, LREM profite à plein du mécanisme majoritaire et du blanc-seing que les électeurs accordent au président élu qui fait des législatives une simple confirmation. Dans un régime parlementaire, il en serait allé autrement
  • Les français dans leur majorité veulent « donner sa chance » à Macron. Cela explique en partie la faiblesse des mobilisations y compris contre le projet de réforme du code du travail minoritaire dans l’opinion publique
  • La politique libérale brutale de Macron lui aliène beaucoup d’électeurs de gauche ; son arrogance, son éloignement et son mépris du peuple déplaisent ; ses décisions renforcent les métropoles et sont mal vécues par les habitants qui en sont éloignés
  • En revanche, une bonne partie de l’électorat de droite perçoit bien le nouveau pouvoir. La personnalisation, l’autoritarisme, les attaques contre les syndicats, par exemple cheminots, la législation anti immigrés et anti mouvement social, lui conviennent.

La popularité de Macron connaît des variations sensibles : elle baisse vite après son élection avec les démissions de ministres pris dans des « affaires » et des décisions très mal perçues (suppression immédiate de l’ISF, baisse de l’APL …) ; elle remonte à l’automne 2017 alors qu’il affronte un mouvement social, assez faible d’ailleurs, contre les ordonnances travail et que l’électorat de droite lui en sait gré ; elle baisse à nouveau début 2018 et se conforte l’image du président des riches méprisant et n’écoutant que lui - même ; nouveau rebond avec la « victoire » sur le mouvement des cheminots et de ceux qui avaient aussi conduit des luttes au même moment (salariés du privé et public,  étudiants et lycéens contre parcoursup) - jouent ici le soutien de l’électorat de droite et les limites du mouvement sur lesquelles je reviendrai ; nouvelle baisse avec l’affaire Bénalla et la cascade de démissions au gouvernement (Hulot, Collomb, Nyssen) à l’été et à la rentrée 2018. Le début du mouvement des gilets jaunes intervient à ce moment et aggrave la tendance. Macron est réduit à un quart voire moins d’opinions favorables. Pour autant, son électorat du premier tour de 2017 lui reste fidèle. Cet électorat a un peu changé – il est plus à droite, plus âgé, mais il reste métropolitain et aisé. Les enquêtes d’opinion, très aléatoires, ne le donnent d’ailleurs pas le président sortant battu en 2022.

L’affaiblissement du mouvement des gilets jaunes et ses limites objectives  j’y reviendrai là aussi, les violences qui ont pu l’accompagner, et qui ont parfois fait peur au « parti de l’ordre », la faiblesse des oppositions, rassemblement national (RN) mis à part, qui permet de présenter le scrutin européen comme un affrontement entre les progressistes conduits par LREM et les nationalistes, la forte implication de Macron dans le « grand débat » avec le relais de l’essentiel des médias, tout cela permet à LREM d’obtenir un score assez élevé aux élections européennes et d’améliorer un temps son image.

Mais Macron reste très impopulaire et se trouve affaibli par une nouvelle affaire – de Rugy -, et des mobilisations variées – dans les entreprises, pour la santé, écologiques, contre le libre -échange. 

En cette rentrée 2019, l’opposition politique la plus puissante et la plus perceptible est celle du RN. Une fois de plus, le temps long des processus politiques l’emporte sur des emballements journalistiques de surface. Beaucoup de plumitifs ont assuré leur ordinaire en glosant sur le débat d’entre deux tours raté, en 2017,  par Marine Le Pen contre Macron. Mais la dureté des politiques libérales, combinée avec l’idée qu’ « on n’a pas essayé le FN », et l’incapacité des forces de transformation sociale à rendre crédible un « futur désirable », selon l’expression de Benoit Hamon, un futur qui permettrait de dépasser les oppositions que construit sans cesse au sein du monde du travail et de la société, le capitalisme (les fonctionnaires contre le privé, les chômeurs contre les travailleurs, les jeunes qui veulent travailler et les vieux qui coûtent plus cher, les étrangers et les français …), tout cela reproduit avec un régularité impitoyable la poussée de l’extrême droite. Et cette poussée la conduit chaque fois un peu plus haut.

Le RN est plus cohérent idéologiquement qu’en 2017. A l’époque, la place de Philippot le conduisait à marier un discours antiimmigrés et anti Etat de facture poujadiste à une posture étatique, antieuropéenne accompagnée de promesses sociales. Le départ de Philippot, l’abandon du projet de sortir de l’euro et de l’Europe, les succès de l’extrême droite dans des pays voisins, et d’abord l’Italie, tout cela fait du RN un parti d’extrême droite plus « classique » et « normal ». La « droite hors les murs » avec le couple Ménard, des leaders d’opinion comme Zemmour, le ralliement de politiciens de droite comme Mariani, les thématiques anti immigrés et anti islam qui prennent parfois les oripeaux du républicanisme ou de la laicité, sont autant d’éléments qui concourent à la banalisation du RN. Si celui-ci peut pâtir des affrontements internes à la famille Le Pen, c’est bien la cohérence qui domine.

Les élections européennes ont vu un véritable effondrement de la droite dite classique à 8,5 %. Alors qu’elle avait obtenu de bons résultats lors des élections partielles des deux dernières années, dans un scrutin aussi politique que les élections européennes elle ne dispose plus d’espace entre LREM et le RN. 

En revanche, EELV a obtenu un score inattendu. Avec 13,5 %, ce mouvement se situe à la troisième place mais à près de 10 % du RN et de LREM. Les équilibres politiques sont très instables et il serait trop rapide d’évoquer les 16 % obtenus par EELV à la même élection européenne en 2009, de les rapporter aux 2,3 % d’Eva Joly à la présidentielle de 2012 et d’en conclure qu’il n’y a là que feu de paille. Les verts s’affirment dans beaucoup de pays d’Europe. En Allemagne, ils ont une expérience gouvernementale depuis 20 ans à des postes plus importants que ceux de leurs homologues français ; ils gèrent de grandes collectivités territoriales – jusqu’à des lander - et pourraient supplanter la sociale démocratie comme deuxième formation politique après la CDU CSU. Mais les verts allemands se sont positionnés au centre depuis longtemps. En France, les verts sont plus liés à la gauche à laquelle les associe la très grande majorité de leurs alliances locales et de leurs expériences gouvernementales. D’après les enquêtes d’opinion, leur succès aux européennes semble venir du transfert d’un électorat tenté par le vote LREM qui aurait basculé au dernier moment. L’électorat vert n’est pas attaché à ce parti et est apparu très hésitant pendant la campagne électorale. La forte progression de la préoccupation climatique et, plus largement, l’inquiétude sur la soutenabilité de nos sociétés, créent une situation nouvelle. En France, aucune offre politique n’apparaît crédible si elle n’en tient pas compte[3]. Aux européennes, beaucoup d’électeurs qui ne voulaient ni du RN ni de la droite, pour certains nettement à gauche, pour d’autres pas éloignés de LREM, ont choisi le vote verts pour donner de la force à leurs choix pour l’environnement dans un contexte où l’éparpillement de la gauche, dont aucune liste n’a jamais atteint sur le dernier mois de campagne 10 % des intentions de vote, les polémiques agressives entre ses dirigeants, l’ont rendue inaudible.  

La  gauche, en considérant, ce qui ne me paraît pas contestable, que la FI en fait partie, a rassemblé un quart des voix en 2017 – aux présidentielles comme aux législatives. L’opposition entre le PS et le reste de la gauche sur le bilan du quinquennat Hollande et, donc, sur le possible et le souhaitable, fait que cette addition est en partie artificielle, mais l’électorat qui est resté PS et n’est pas parti à LREM[4] est plutôt de gauche. En dehors des verts, dont une partie de la direction ne se veut plus de gauche mais est ici en décalage avec son électorat, FI, PS avec ses alliés, génération s, PCF et LO n’atteignent pas 20 %. C’est extrêmement faible. Dire que la gauche est à reconstruire est exact mais les souffrances populaires, les dangers pesant sur la planète et l’hypothèse du RN ne nous laissent pas de temps.

La contradiction est bien là : un président rejeté par les deux tiers des français et dont la base électorale est d’un quart[5] ; une extrême droite à l’audience électorale équivalente ; une défiance très forte vis – à – vis de la politique et une abstention en croissance structurelle –  l’élection européenne de 2019, avec sa participation en hausse, fait ici figure d’exception: ne faut-il pas libérer le champ politique et donner un horizon à ceux qui ne se reconnaissent pas dans ce prétendu face à face des « progressistes » et des « nationalistes » ?

Quatre sujets seront développés :

  • les élections européennes méritent une analyse attentive
  • les nouvelles formes du mouvement social ouvrent des perspectives mais certaines luttes ne « prennent » pas comme espéré
  • la Vème république corsète le pays et fausse la vie politique
  • projet, mesures concrètes, alliances, formes partisanes : la gauche doit répondre sauf à sortir de l’histoire

 

 

Focus sur certains aspects du vote européen[6] 

1 - La sensible augmentation de la participation, rapportée au dernier scrutin européen mais aussi à toutes les élections européennes depuis 1994, a surpris. L’augmentation est de 7,69 % (50,12 % contre 42,43 %). Un électeur sur deux s’est abstenu. La participation était supérieure à 60 % lors des premières élections européennes de 1979, alors que l’Europe avait beaucoup moins de pouvoirs. La France est dans la moyenne européenne. C’est la même hausse sensible qui peut être observée sur tout le continent. L’analyse ici se limitera au cas français.

En France, la participation anticipée était de l’ordre de 40 %. La tendance structurelle à la baisse de la participation électorale, le très grand nombre de listes, une actualité focalisée sur le grand débat et les gilets jaunes, la faible notoriété des têtes de liste – largement due à la limitation du cumul des mandats, en constituaient autant de raisons souvent mises en avant.

Plus élevée, la participation est très inégalement répartie :

  • 27 % chez les 18-24 ans et 67 % pour les plus de 65 ans 
  • 43 % chez les ouvriers et employés contre 64 % dans les catégories aisées
  • 40 % pour ceux qui se sentent proches de FI et 62 % pour ceux qui se sentent proches de LREM.

Clairement, les catégories sociales les plus favorables à LREM se sont plus mobilisées. Cela peut paraître une banalité. Cela ne l’est pas car, lors de l’élection présidentielle, où la participation est de 75 à 80 %, les écarts sont beaucoup moins prononcés, même si les électeurs plus âgés et plus aisés votent plus. La forte abstention a « gonflé » le score macroniste.

2 – Les trois premiers motifs avancés pour l’abstention – avec plusieurs réponses possibles – sont :

  • A 49 % que les élections ne changeront rien à la situation personnelle de l’intéressé (en 2014, le premier motif était le désintérêt pour l’Europe)
  • A 39 % l’expression d’un mécontentement à l’encontre des partis
  • A 30 % un mécontentement à l’égard de l’Union Européenne
  • En revanche, seuls 7 % ont indiqué qu’ils ne votaient jamais ou presque.

3 – la composition des électorats est instructive.

A gauche, en considérant les électeurs en activité, donc sans les retraités et autres « inactifs », seule la FI fait un score plus élevé que sa moyenne chez les ouvriers et les employés. Génération s et le PCF ont une audience comparable dans la totalité de l’électorat et chez les ouvriers et les employés. Le PS fait un moins bon score chez les ouvriers et employés que dans la totalité de l’électorat.

Beaucoup d’électeurs de gauche se sont tardivement prononcés pour une liste.

Les électorats EELV, FI et Génération s sont jeunes (les deux derniers sont des mouvements récents). LREM, créée il y a peu, a un électorat âgé mais moins que celui de LR.

L’électorat RN est celui qui s’est déterminé le plus tôt. Ses points forts et ses faiblesses sont nettement dessinés. Il a rassemblé :

  • 38 % des catégories populaires (47 % des ouvriers, 32 % des employés) et 35 % des chômeurs
  • 29 % des exprimés dans les villes isolées (7 % pour LREM)
  • 43 % de ceux qui se sentent gilets jaunes. C’est d’abord le RN qui a été ici perçu comme un débouché politique
  • 11 % des diplômés de l’enseignement supérieur
  • 21 % des retraités
  • Selon l’IFOP, le RN recule sur 2014 dans les professions intermédiaires (15 % contre 24 %[7])

L’électorat RN est l’opposé de celui de LREM : il n’est pas métropolitain, n’a pas fait de longues études et n’est pas aisé. Mais il reste largement, et légitimement, rejeté dans les banlieues populaires des grandes agglomérations  où le parti communiste, le PS, malgré tout, sont souvent encore une référence, parfois prolongée par FI. L’effondrement de la FI par rapport à la campagne Mélenchon 2017 a fait disparaître ce pôle électoral alternatif qui était présent dans l’ensemble du salariat avec une présence plus forte, mais pas exclusive, dans ses parties les plus exploitées. Restent en lice le bloc bourgeois[8]de Macron et le national populisme de plus en plus explicitement libéral des Le Pen.

4 – 39 % des électeurs se sont prononcés sur des enjeux nationaux et 61 % des électeurs l’ont fait sur des enjeux européens (55 % en 2014) et cette proportion a augmenté pendant la campagne. 71 à 89 % des électeurs EELV, LREM, Place publique PS et LR se sont d’abord prononcés pour des enjeux européens, mais seulement 33 % pour le RN.

5 – En cohérence avec le 4, 14 % des électeurs ont voté pour soutenir le gouvernement, 38 % pour le sanctionner et 48 % n’en ont pas tenu compte.

6 – Le vote pouvait aussi être une occasion de porter une appréciation sur la manière dont l’Europe était dirigée. 15 % ont voulu dire leur accord ; la moitié leur désaccord ; un tiers n’en ont pas tenu compte.

7 – Les principaux enjeux retenus par les électeurs ont été la lutte contre le terrorisme, la santé et l’immigration clandestine. La place de la France dans l’Union Européenne, le chômage et l’environnement venaient ensuite.

En résumé, une élection qui a plus mobilisé, un mécontentement majoritaire vis-à-vis du gouvernement et de l’Europe, des préoccupations plutôt « sécuritaires ».

Trois ultimes remarques :

  • 20 % des électeurs Macron au premier tour de 2017 ont voté EELV
  • 6 % des électeurs se situant à gauche ont voté LREM
  • Dans l’électorat Fillon premier tour de 2017, 27 % ont voté LREM et 15 % RN

 

Les nouveaux habits du mouvement social

2016 avait été marqué par la mobilisation contre la loi dite travail ou El Khomri. Les syndicats, à la notable exception de la CFDT, étaient bien sûr en première ligne. Le mouvement avait été long, tenace, s’était accompagné de blocages, par exemple dans les raffineries. Moins important que celui de 2010 contre la réforme des retraites, ce mouvement aura été le plus puissant du quinquennat Hollande. Modifié sur certains points, le projet de loi a été conservé pour l’essentiel. C’était donc une nouvelle défaite après celles des mobilisations contre les réformes des retraites de 2003 et de 2010.

La réforme du code du travail, que Macron avait annoncée pendant sa campagne, est aisément passée, favorisée par la division du champ syndical (la direction de FO ne voulait pas bouger et le CFDT non plus). La « réforme » de la SNCF – soit la fin du statut de cheminot et la transformation du statut de la société, qui n’était pas annoncée dans la campagne de Macron – était une épreuve de force. Macron voulait réussir là où Juppé avait échoué en 1995. Les cheminots se sont battus longuement avec une alternance de jours travaillés et chômés. C’est peut-être la plus longue des grèves cheminotes ; elle a été conduite dans l’unité syndicale. Pour autant, elle a échoué. La convergence des luttes autour des cheminots a été espérée : lycéens et étudiants contestant parcoursup, fonctionnaires, retraités, personnels de santé, certaines corporations du secteur privé … le spectre potentiel était large. Mais l’agrégation ne s’est pas faite. De plus, la « grève par procuration », très perceptible en 1995 où les cheminots, qui défendaient leur régime de retraite, avaient été très majoritairement soutenus, n’a pas été la règle. L’opinion publique était divisée et une légère majorité penchait pour le soutien au projet gouvernemental.  Troisième temps : la « transformation » du statut de fonctionnaire. Recul des droits des représentants du personnel, départs encouragés, large ouverture aux contractuels, sont parmi les points principaux de la réforme. Au sens propre, c’est une attaque sans précédent. Elle intervient alors que les fonctionnaires sont confrontés depuis des années à un blocage de leurs rémunérations et n’ont même pas bénéficié du petit différentiel entre baisse des cotisations sociales et hausse de la CSG, contrairement aux salariés du privé, et que des suppressions d’emplois sont programmées, Macron n’en faisant toutefois plus un « dogme » après le mouvement des gilets jaunes. Pourtant, la réaction aura été très faible et même quasi symbolique.

Le travail de délégitimation du secteur public et nationalisé, et en particulier des droits de ses travailleurs, a marqué des points. Les français ont une bonne opinion des fonctionnaires et du secteur public mais ils ne soutiendront pas des mouvements qui pourraient leur sembler corporatistes. La bataille contre la réforme des retraites devra en tenir compte.

Dans le secteur privé, où, bien sûr, des mouvements sont menés quotidiennement, ce qui aura le plus marqué les deux dernières années, ce sont les luttes dans des usines menacées de fermeture (Whirlpool, Ascométal, General Electric Alstom…) qui auront été tenaces, difficiles, parfois victorieuses.

Mais il faut insister sur la puissance des mouvements contre ce qu’on pourrait appeler « le travail empêché ». Ils touchent des secteurs, parfois publics, parfois privés et publics, où la dégradation des conditions de travail ne permet plus, de façon massive et manifeste, aux salariés de se conformer à leur éthique professionnelle, de vivre décemment et d’entretenir une relation acceptable avec les usagers. Urgences hospitalières, prison, justice, établissements pour personnes âgées dépendantes, sont les plus connus. La question posée est celle des capacités de ces mobilisations à s’inscrire dans une politique de civilisation, comme le dirait Edgar Morin, qui placerait l’humain et pas le profit d’une minorité aux commandes.

Le féminisme, qui avance sur la longue durée, mais dont les conquêtes sont réversibles (Simone de Beauvoir le disait et beaucoup de gouvernants, à commencer par Trump, le confirment), a connu une accélération depuis 2017. Le mouvement « me too », avec quelques réticences en France, a bousculé les institutions, jusqu’aux partis politiques qui se veulent porteurs du féminisme. Les champs du savoir, de la culture, de la langue, sont interpellés. La parité dans les responsabilités ne peut être refusée dans son principe par personne. Les inégalités n’en ont pas pour autant disparu dans les carrières, les rémunérations, la répartition des tâches domestiques. Le féminisme est un puissant vecteur pour promouvoir des politiques publiques – par exemple un service public de la petite enfance, l’éducation sexuelle, la gratuité de la contraception.

L’écologie est maintenant un déterminant du vote. Grèves lycéennes pour le climat, marches très suivies, la prise de conscience s’accompagne d’une implication qui vaut aussi dans les comportements quotidiens – alimentation, respect du bien-être animal, habitation, transport … Au plan politique, il semble pourtant que la cohérence qu’avait su construire la campagne Mélenchon de 2017 entre la justice sociale, le combat contre le libéralisme et la protection de la planète, ait reculé. La version Jadot se veut compatible avec l’économie de marché et constitue une impasse doublée d’un leurre.

Mais la principale nouveauté de la dernière période, ce sont indéniablement les gilets jaunes. Mouvement inédit, né sur les réseaux sociaux de la protestation contre une augmentation de la taxe carbone et une écologie « punitive », il a bénéficié d’un écho médiatique considérable qui a joué en sa faveur au début. Guidés par une logique d’audience, les médias ont beaucoup aidé à populariser les mots d’ordre. Habitants des zones périphériques ou isolées, salariés précaires, mères en famille monoparentale, salariés de la logistique, artisans, retraités avec de très faibles pensions, ceux qui ont occupé les ronds-points n’étaient pas des habitués des manifestations. Ils en ont modifié les règles : plaisir de se retrouver sur une base de proximité, refus de la verticalité et de l’institutionnel, refus aussi de s’accommoder de manifestations trop rangées. Les gilets jaunes appartiennent largement aux catégories populaires et ce seul fait témoigne d’un heureux renversement de tendance là où la démocratie, pas toujours digne de son nom, s’est faite beaucoup plus oligarchique. Cette prise de parole a conduit à élargir les sujets à l’accessibilité des services publics et la qualité de la vie sur tout le territoire, la fiscalité en général, à la démocratie, à l’écologie. Des centaines de milliers de personnes ont pris part à un grand moment de vie politique.       

Traversés par les courants de la société, les gilets jaunes se situent pour certains à l’extrême droite. Rien d’étonnant, la guerre de tous contre tous qu’organise le libéralisme et les difficultés de la gauche en sont les causes premières. Le problème est plutôt que :

  • le désir d’unité du peuple à tout prix, le refus de la représentation aient conduit à ce que certains comportements violents ou racistes n’aient pas pu être clairement condamnés par une autorité incontestable. L’unité du peuple, oui mais qui en est et qui en est exclu ? Cette nécessaire délimitation se fait-elle sur une base ethnique et/ou culturelle ou selon la position socioéconomique. Mais aussi, le peuple peut se retrouver sur l’essentiel mais les situations sont variables. Pour certains, ce sont les besoins les plus élémentaires qui sont niés et le droit d’intervenir sur sa vie qui n’existe pas ; pour d’autres cela peut être davantage la perte de sens du travail, la déshumanisation des collectifs de travail. Bien sûr, les menaces sur la planète pèsent sur chacun d’entre nous
  • le constat, factuel, des larges convergences entre le programme des gilets jaunes, tel qu’il pouvait apparaître des revendications les plus reprises, et une grande partie de ce que défendent la gauche hors PS et la partie la plus combative du mouvement syndical n’ait pas été acté, toujours au nom de l’unité du peuple et du rejet de l’instrumentalisation par les partis
  • la responsabilité de la grande bourgeoisie, l’exploitation du salariat, le financement de l’économie n’aient pas été mis en cause jusqu’au bout.

S’ils ont obtenu des succès, si le gouvernement a été obligé de lâcher des milliards d’euros, les gilets jaunes ont progressivement perdu la sympathie d’une partie de l’opinion, manipulée par les médias qui ont joué sur la peur, mais aussi victimes de leurs limites. L’histoire n’est pas finie !

Le déclin des formes dites traditionnelles de mobilisation, affaiblies par leurs échecs successifs, ouvre la voie à de nouvelles formes de « radicalité ». Les black blocs en sont l’expression la plus connue. L’objectif est ici de provoquer le conflit, d’entrer dans une escalade qui révélera la vraie nature répressive de l’apparent état de droit. Il n’est certes pas évident que, dans l’histoire, ce type d’attitude n’ait jamais rien produit de positif. Mais il est évident que la dureté de la répression, notablement accrue depuis le mouvement contre les mobilisations pour le climat à l’occasion de la Cop 21 en 2015 et celui contre la loi El Khomri, alimente ce face à face. La répression massive contre les gilets jaunes a marqué une nouvelle étape.

 

 

La Vème république exacerbe la crise politique

Et si nous étions déjà en 6 ème république ? Boutade ? Oui mais pas seulement. La constitution de 1958 est toujours en place mais le passage du septennat au quinquennat présidentiel et l’avènement du macronisme ont aggravé les carences démocratiques de nos institutions. Dans les pays de l’Union Européenne ou dans le monde anglosaxon, la France fait de plus en plus figure d’exception.

De 1958 à 2002, le mandat présidentiel a été de sept ans et celui de l’assemblée nationale de cinq ans, avec dissolution possible. De 1958 à 1981, majorité présidentielle et majorité parlementaire ont globalement coincidé. En 1981, la dissolution a mis le parlement en accord avec la nouvelle majorité présidentielle. Même chose en 1988. La « cohabitation » a prévalu de 1986 à 1988 et de 1993 à 1995. En 2002, le calendrier prévoyait l’élection de l’assemblée en mars et celle du président en avril – mai. C’était inédit et cela permettait potentiellement d’asseoir la prépondérance du parlement : l’élection présidentielle aurait ratifié celle du parlement ou bien le président, en opposition, n’aurait guère eu de pouvoir pendant son mandat sauf à « réussir » une dissolution. C’est contre cette souhaitable évolution que se sont rejoints Chirac et Jospin : le quinquennat présidentiel, avec une élection présidentielle placée avant celle de l’assemblée nationale, fait de celle-ci un sous-produit de l’élection présidentielle et affirme plus que jamais la prééminence présidentielle. 2002, 2007 et 2012 le confirment.

Deuxième étape : le macronisme. Macron ne manque pas de revendiquer une conception « jupitérienne », autoritaire et descendante de la présidence et il s’en donne les moyens. Avec lui, c’en est fini de ce qui restait de la conception classique des partis, lieux d’élaboration politique et de choix démocratique des candidats. Certes, tout cela avait notablement reculé ; les principaux partis avaient glissé vers un rôle d’écurie présidentielle où on « fait carrière » et où la dimension idéologique, l’éducation populaire, la politisation des catégories populaires sont délaissées[9]. Mais les partis subsistaient. LREM n’est pas à proprement parler un parti. C’est une entreprise politique totalement dévouée à son chef et verticale (voir par exemple les désignations par une commission d’investiture nationale des chefs de file aux municipales sans intervention des militants).

Les députés macronistes, peu expérimentés et peu implantés, ne sont pas là pour relayer les aspirations leurs mandants ni pour veiller au respect de tous les engagements pris. Largement majoritaires grâce à un système électoral qui broie les minorités, ils ont voté à la quasi- unanimité, et contre les engagements de campagne, des dispositions liberticides sur le droit de manifester, en partie remises en cause par le conseil constitutionnel, tout comme sur les étrangers. Ils ont tout fait pour étouffer l’affaire Benalla en abaissant l’assemblée.

Une très rapide comparaison internationale et surtout européenne permet de prendre la mesure de la triste « exception française ». En Europe, les partis dominants sont en déclin et ont même parfois disparu : démocratie chrétienne italienne, CDU CSU et SPD allemands, conservateurs et travaillistes au Royaume-Uni, social-démocraties scandinaves, partis populaires et socialistes espagnols… Les situations sont très diverses : dans quelques cas, poussée de la gauche radicale, souvent avancées de l’extrême droite, mais aussi affirmation de partis régionalistes (Belgique, Catalogne, Ecosse ..). Tout cela, combiné à un scrutin souvent proportionnel, oblige à des coalitions, à discuter (parfois trop longuement comme en Belgique ou le pays est resté sans gouvernement un an). Cela conduit aussi à une attention vigilante aux mouvements de l’opinion – une coalition peut être mise en cause. Il est plus difficile dans ces pays qu’en France de gouverner contre la grande majorité de l’opinion publique.     

La clé n’est pas l’élection du président au suffrage universel direct. Parmi d’autres pays, et sans même mentionner les Etats-Unis où un système présidentiel implique un parlement indépendant, le Portugal, l’Autriche et la Finlande la pratiquent. C’est la combinaison du calendrier électoral et des pouvoirs présidentiels : droit de dissolution – et, de façon plus symbolique, discours du président devant le congrès, présidence du conseil des ministres, pouvoirs sur l’appareil militaire et policier, qui créent le déséquilibre entre présidence et parlement.

 

La gauche au défi

Il faut commencer par cela : la gauche fait-elle sens ? Toujours d’actualité, le débat s’est imposé avec l’adoption, par la France insoumise, d’une stratégie dite populiste – « fédérer le peuple » plutôt que « rassembler la gauche ». L’inspiration en est surtout venue des travaux d’Ernesto Laclau et de Chantal Mouffe où l’Amérique latine est une référence importante.

Ils plaident pour une radicalisation de la démocratie, dénoncent l’illusion du consensus. Ceci est exact mais fait partie du patrimoine commun à la gauche de transformation sociale. Plus nouvelle est la relativisation de l’affrontement capital-travail qui perd sa centralité. Les affrontements seraient susceptibles de se cristalliser sur des sujets extrêmement différents et les affects sont valorisés. Une chaîne d’équivalences pourrait se construire à partir d’un thème, par exemple l’opposition entre l’oligarchie et le peuple. Il est clair que l’aspiration à la dignité, que bafoue un Etat autoritaire et arbitraire, est un puissant vecteur de prise de conscience – les révolutions arabes, par exemple en Tunisie, l’ont montré ; il est aussi clair que l’occupation des espaces publics, la prise de conscience de sa force que favorise le cotoiement de ceux qui étaient encore il y a peu des inconnus, ont des potentiels considérables et avérés à Wall street, sur les places espagnoles, dans le monde arabe, en Turquie, lors de Nuit debout en France.

La démarche « populiste » s’est aussi appuyée sur la dénonciation de la claire trahison des valeurs de la gauche par le quinquennat Hollande ainsi que sur la bureaucratisation des partis.

Elle s’accompagne de nouveaux modes d’organisation : grande souplesse dans l’adhésion (« un clic »), liberté d’organisation à la base. Il faut ajouter que la France insoumise s’est livrée à un remarquable travail programmatique pendant la campagne présidentielle 2017 auquel beaucoup de personnes ont participé.

Mais le « moment populiste » amène la FI à concentrer les fonctions d’élaboration de la ligne politique et de choix des candidats. Les relations avec la gauche et les syndicats de lutte sont erratiques : mise en cause brutale au début du quinquennat Macron, courtes retrouvailles avec les marées populaires, main tendue à la gauche du PS, « fédération populaire », absence  de travail en commun pour préparer les élections municipales, qui pourraient être un tremplin voir infra. C’est ainsi que des dirigeants ont été écartés sans débat au cours des derniers mois après avoir défendu telle ou telle position sur l’Europe, la laicité, l’articulation social-sociétal ; d’autres ont préféré se mettre à l’écart.

Il est patent que toute société doit produire les conditions de son existence et de sa pérennité écologique. La mise en lumière du verrou que constitue le capital financier ne peut ici être ignorée. Dans le programme de la France insoumise « l’avenir en commun », la propriété capitaliste est souvent mise en cause. « Mettre en équivalence » de façon plus explicite la dénonciation de l’oligarchie et celle du rapport social capital-travail, c’est adopter une position logique.     

La mise en cause, par la FI, de la gauche conduit à interroger ce qu’elle représente pour les français[10]. Plus qu’une réponse binaire (droite ou gauche), les sondages récents[11] demandent un autopositionnement sur un axe droite – gauche avec une dizaine de nuances. Ceux qui refusent de la faire ne sont que 9 ou 15 % dans les cas où la donnée est disponible. Le chiffre varie peu sur les dernières années. La gauche est minoritaire – de l’ordre d’un quart de ceux qui donnent un avis. La droite et plus encore le centre sont plus souvent choisis. Le centre marque une réticence à se situer dans une opposition droite-gauche mais il est aussi un moyen de ne pas s’exposer et est plus davantage le fait de ceux qui se disent peu politisés.

Le sondage IFOP pour l’Humanité interroge le panel sur des sujets précis. Il apparaît ainsi que :

  • les mots références de la gauche sont la solidarité, les services publics et la laïcité
  • 68 % des électeurs de gauche estiment qu’il est toujours possible d’être fier de se revendiquer de la gauche et que 75 % considèrent qu’il existe des différences nettes entre droite et gauche
  • sur des sujets comme la perception du socialisme, des syndicats, des grèves ou l’opinion sur le droit de vote des immigrés aux élections locales, des différences nettes existent entre la gauche et l’ensemble des français et, plus encore, entre la gauche et la droite
  • les objectifs d’une politique de gauche, pour les électeurs de gauche, devraient être la redistribution des richesses et la protection de l’environnement.

La gauche n’est donc pas un « astre mort ». Elle est perçue comme un univers, une chaîne de références qui a prise sur le réel et fait des choix bien identifiés. Mais un rassemblement majoritaire supposera d’aller au-delà des limites actuelles de la gauche. Par ailleurs, nous y reviendrons, la gauche est traversée par des débats d’orientation.

 

Affaiblie au plan national, la gauche se trouve de plus privée de référentiel international mobilisateur. Pendant longtemps, le camp dit socialiste avait témoigné pour beaucoup, quelles que soient les critiques qu’il pouvait inspirer, de la possibilité de faire autrement que comme le capitalisme (Simone Weil en 1937 dans « Méditations sur l’obéissance et la liberté » : « le mythe de la Russie soviétique est subversif pour autant qu’il peut donner au manœuvre d’usine communiste renvoyé par son contremaître le sentiment que malgré tout il a derrière lui l’Armée rouge et Magnitogorsk, et lui permettre ainsi de conserver sa fierté ») ; des expériences de décolonisation ont aussi incarné cet ailleurs ; plus récemment, le mouvement altermondialiste et les forums de Sao Paulo, le Brésil de Lula et le Venezuela de Chavez ont été des facteurs de mobilisation ; la Grèce de Syriza, l’Espagne de Podemos ou le labour revivifié par Corbyn ont semblé pouvoir ouvrir rapidement une autre voie.

Aujourd’hui, la gauche est en fort recul en Amérique latine, avec l’exception mexicaine ; l’altermondialisme a reculé ; Syriza a perdu le pouvoir après avoir pour l’essentiel fait ce que lui demandait la troïka commission européenne, FMI et banque centrale européenne, alors que son programme était à l’opposé ; Podemos, en baisse, sera peut-être le partenaire minoritaire d’un parti socialiste réorienté très modérément à gauche ; le labour est déchiré par le brexit.

A l’avenir, pour réapprendre à gagner, il faudra un projet décliné en mesures programmatiques et des pratiques, des cadres politiques qui permettront au plus de personnes de s’investir.

Le projet doit relever, à mon sens, sept défis essentiels, qui sont d’ailleurs souvent en interaction :

  • aider à construire une mondialisation de partage et de solidarité, à la promotion du règlement pacifique des conflits. A son échelle et en s’appuyant sur la dimension européenne, la France se doit d’assurer l’accueil des migrants, l’aide aux pays en voie de développement, le refus des traités de libre échange, du dumping social et environnemental, des organismes de règlement de différends commerciaux dédiés au service des multinationales
  • renverser complètement la logique de l’Europe actuelle. Elle est aujourd’hui une camisole de force budgétaire et monétaire, un outil pour faire prévaloir la concurrence, prélude au monopole, et combattre les services publics, une institution qui impose des politiques souvent uniformes à des sociétés en fait de plus en plus dissemblables. Elle doit devenir une Europe de projets, de solutions, une Europe à géométrie choisie. Il ne s’agit pas du tout de faire une Europe des riches, du premier cercle, mais bien de répondre aux impératifs de chacune des sociétés dans une démarche solidaire de réduction des inégalités. Cela passera par des affrontements durs dont l’issue dépendra de notre capacité à faire partager notre combat dans d’autres pays
  • conduire la transition écologique. Production, consommation, habitat, transports, attitude par rapport à la nature et aux animaux, la transformation est considérable. Elle ne peut en aucun cas être un instrument punitif contre ceux que leur éloignement et leurs ressources contraignent à vivre dans des logements mal isolés, à utiliser des voitures au mauvais bilan carbone et à consommer une alimentation mal équilibrée. Elle doit se servir du crédit bancaire et d’instruments fiscaux
  • combattre les inégalités – sociales, de genre, d’origine ... Il est clair que la poussée considérable des pays « émergents », et d’abord celle de la Chine, a contribué à réduire les inégalités entre pays. Mais à l’intérieur des pays, et notamment de la France, les inégalités ont fortement augmenté. Thomas Piketty, Emmanuel Saez, Gabriel Zucman, Branko Milanovic et d’autres l’ont amplement documenté. La mise en concurrence du travail et la course au moins disant fiscal ont créé les conditions de cette authentique contrerévolution. Pour la combattre, la propriété publique, qui fait reculer le prélèvement capitaliste sur la richesse, la politique salariale et l’instrument fiscal, sont à utiliser. La bataille se mènera à l’échelle nationale mais aussi européenne et au-delà. Il est ici illusoire de penser qu’elle ne sera pas très dure et n’exigera pas mobilisation politique, contrôle des capitaux, peut-être introduction d’un instrument monétaire parallèle à l’euro et gagé sur les recettes fiscales
  • libérer du capitalisme financier les technologies les plus avancées (ce qui ne veut pas dire qu’il faut lui abandonner les autres mais les technologies les plus avancées méritent une mention particulière). J’insisterai sur la portée des questions éthiques liées au transhumanisme, à la marchandisation du corps humain. Il faut aussi, bien sûr, participer au combat mondial contre les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Les énormes quantités de données détenues par ces sociétés ont une valeur sans précédent. Elles peuvent être des outils de surveillance généralisée. Le recours à ces sociétés est devenu indispensable au quotidien au travail comme sur le temps dit libre ; elles sont devenus un standard de fait et ont largement acquis un monopole ; leur valeur boursière est énorme. Elles organisent la fraude fiscale qui doit être ardemment combattue. Mais l’objectif mondial doit bien être leur démantèlement – par exemple celui de Facebook avec sa messagerie gmail et son outil instagram. Il doit s’accompagner d’une vigilance accrue sur l’usage que font les pouvoirs publics de ces données
  • entrer dans un nouvel âge de la démocratie, à la fois directe et représentative, dans l’entreprise et dans la cité. Il est impératif de sortir du présidentialisme et de revaloriser le parlement. Il l’est tout autant de rendre au monde du travail les outils dont la réforme des institutions représentatives du personnel et la facilitation des licenciements l’ont privés et de renforcer ses droits dans la gestion de l’entreprise ou du service public. Il n’est, de plus, pas de démocratie mature sans médias libérés des puissances financières, soit l’exact inverse de la situation de la France en 2019
  • porter pleinement la citoyenneté républicaine. Elle est indissociable d’un combat résolu contre les discriminations liées au genre, à l’orientation sexuelle, à l’ethnie, aux orientations philosophiques et religieuses. En France, ancien empire colonial, des personnes, souvent venues d’anciens territoires colonisés, subissent au quotidien des discriminations dans le travail, l’accès à la formation, au logement, les relations avec les forces de l’ordre … C’est un système. Le diagnostic doit pour autant être rigoureusement posé. Comme l’a écrit dans le Monde du 21 décembre 2017 Pap N’diaye, « il y a du racisme dans l’Etat. Il n’y a pas de racisme d’Etat ». Assimiler la France à l’Afrique du sud de l’apartheid, où une minorité blanche est venue assujettir une majorité noire, ou aux Etats Unis d’Amérique, où la minorité noire était la base d’une économie de plantation, au point qu’une guerre civile a été nécessaire à sa libération, les Etats Unis, où les droits civiques, les droits politiques et l’accès à l’éducation de cette minorité ont été bafoués jusque dans les années 60, cela est infondé et politiquement dangereux. Et la laïcité appartient à tout le monde et n’est dirigée contre personne. Elle protège la liberté de conscience de chacun contre la pression des religions ou celles de l’Etat tout comme elle protège l’état contre l’ingérence des religions et les religions contre les empiètements de l’état.        

En pratique, il faudrait articuler action et cadre de travail commun à la base, construction politique nationale et préparation des différentes échéances électorales pour rendre tangibles les changements souhaités

1 - C’est à la base d’abord qu’une alternative peut prendre forme. Affaiblis, les partis gardent un impact; ils n’ont pas vocation à disparaître et visent légitimement à se renforcer. Dans la période qui vient, ils doivent coconstruire avec des citoyen – nes qui pourraient par exemple partager les sept orientations proposées plus haut. Des collectifs existent, des habitudes de travail en commun ont été prises : assemblées maintenues du front de gauche, marées populaires de 2018, mobilisations pour l’écologie, les services publics, le rail, la santé, parfois cadre de préparation des municipales (dans ce cas, la situation n’est pas très avancée dans de très nombreuses villes). Le référendum aéroports de Paris et, dans les prochains mois, la réforme des retraites, sont des opportunités de mobilisation. La présence des associations représentatives des femmes, des LGBT, de la jeunesse des quartiers populaires, est un enjeu fort.

L’objectif est d’aller vers la constitution de véritables collectifs pérennes, chargés d’intervenir sur les questions d’actualité, de contribuer à élaborer les orientations et à choisir les candidats aux différentes élections. Les partis pourront bien sûr être présents. Ils travailleront avec ceux qui n’y appartiennent pas dès lors que tous sont d’accord pour construire une alternative progressiste à Macron 

2 - Au plan national, un  changement d’état d’esprit est nécessaire : dans le champ politique, avec l’abandon des prétentions hégémoniques, FI hier, EELV cet été ; dans le champ syndical, où l’expérience devrait convaincre les centrales qu’elles ne gagneront des batailles, qui se jouent en bonne partie dans l’opinion publique, qu’en partageant avec des associations et des partis la conduite des luttes. A titre d’exemple, la récente réforme de la fonction publique réduit considérablement les droits des instances de représentation des agents dans la gestion des personnels. L’arbitraire des directions pourra s’affirmer. Cela pourrait aussi couper les syndicats de certains travailleurs qui adhéraient d’abord à cause de la supposée « cogestion », qui avait d’ailleurs ses limites. Pour regagner des droits et en conquérir de nouveaux, il faudra en faire une « affaire de société »

Le mouvement social est indépendant des échéances institutionnelles mais il ne peut les ignorer. La gauche a quasiment disparu en Italie et il ne faut pas faire de même en France en 2022. La volonté unitaire, indéniable après l’échec collectif des élections européennes, est un atout. L’accord sur un programme est envisageable.

Pour départager les ambitions individuelles, la méthode des primaires a été un échec pour le PS comme à droite. Même si le souvenir des collectifs antilibéraux initiés après le référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, qui avaient échoué à désigner un candidat pour la présidentielle de 2007, reste présent, un processus plus ouvert pourrait davantage créer les conditions du consensus. Il est clair que cela supposera beaucoup d’esprit de responsabilité et que la pression des faiseurs d’opinion et des fabricants de sondages plus ou moins fiables sera forte pour exacerber les rivalités.    

3 - Dans les gestions municipales, départementales et régionales, dans les mouvements sociaux, le souci doit être de valoriser chacun des succès, de montrer que d’autres choix sont possibles. Il serait par exemple très souhaitable que la gauche de transformation s’engage sur un certain nombre d’axes aux municipales puis en 2021 aux élections départementales et aux régionales. A titre d’exemples : constituer des listes faisant toute leur place aux différentes mobilisations, étendre le champ du service public, promouvoir les transports en commun, l’alimentation biologique et locale comme la qualité du bilan carbone, pratiquer une tarification sociale, faire progresser la gratuité qui créé de l’intérêt commun, développer la démocratie participative, combattre les projets Macron de démolition de la fonction publique et d’asphyxie financière des collectivités comme la concentration des pouvoirs et des richesses dans les métropoles.

De même, la transition écologique peut prendre forme par des batailles nationales appuyées sur des plans sectoriels avec un volet territorial sur les transports, le logement, l’agroalimentaire, la conversion écologique des entreprises. Des succès peuvent être obtenus y compris sous un mandat Macron avec les financements nécessaires, notamment bancaires, et les droits pour les travailleurs, les élus et les consommateurs qui permettent d’avancer concrètement.

C’est aussi vrai des combats contre les discriminations de toutes sortes qui doivent reculer pied à pied et au quotidien.

 

En conclusion, les dernières années ont vu l’arrivée au pouvoir de personnages improbables et regrettables – Trump, Bolsonaro, Salvini … Le brexit continue à secouer l’union européenne. Les bulles financières et immobilières pourraient exploser et précipiter une nouvelle crise systémique. 

L’instabilité est la caractéristique dominante de la période qui s’ouvre. Beaucoup jugent probable un second mandat Macron faute d’alternative crédible. Mais jamais un président aussi impopulaire que Macron n’a été réélu en quelque sorte par défaut. L’alternative est possible. Elle pourrait être autoritaire politiquement, productiviste et libérale économiquement et nationaliste. A nous de faire en sorte qu’elle soit humaniste, écologiste, égalitaire et internationaliste !

 

 

[1] Alors qu’Il est clair que la politique Valls – Hollande était le premier carburant du FN.

[2] Les appréciations sur l’élection présidentielle de 2017 sont fondées sur l’enquête Opinionway sortie des urnes, de Libération des 25 et 26 avril 2017, des éléments d’analyse de Yann Le Pollotec dans L’Humanité du 3 mai et du Figaro du 4 mai 2017.

[3] Le RN s’est d’ailleurs voulu porteur d’une écologie d’extrême droite avec, notamment, la candidature d’Hervé Juvin.

[4] La moitié de l’électorat Hollande du premier tour de 2012 a voté Macron au premier tour de 2017.

[5] La faiblesse du macronisme a trouvé une illustration dans le renoncement à organiser un référendum à la fin du « grand débat ». Pas un signe de force…

[6] Les chiffres proviennent de l’étude de l’IFOP « Européennes 2019 : profil des électeurs et clés du scrutin ».

[7] Ceci est à rapprocher du score global : 24,86 % en 2014 et 23,34 % en 2019.

[8] Référence au livre de Stefano Palombarini et Bruno Amable Le bloc bourgeois.

[9] Sur ces sujets, on se reportera avec profit au livre Que faire des partis politiques?, éditions le Croquant, dont la matière a été fournie par deux jours de colloque organisées par la fondation Copernic en 2018.

[10] L’entreprise Macron par un collectif dirigé par Bernard Dolez, Julien Fretel et Rémi Lefebvre aux presses universitaires de Grenoble en 2018 et Gauche-Droite : la fin d’un clivage ? Sociologie d’une révolution symbolique par Christophe Le Digol aux éditions au bord de l’eau en 2018 sont des références utiles.

[11] Il sera ici question du sondage Kantar paru dans le Journal du dimanche du 22 septembre 2017, du sondage IFOP pour l’Humanité de septembre 2018 et du sondage IFOP pour Atlantico de juin 2019.

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