Gandhi contre Fanon

Ce titre énigmatique vise à s'interroger sur la place de la violence dans la défense des droits lorsque ceux-ci sont bafoués.

Présentons les deux interlocuteurs:

Mahatma GANDHI est l’apôtre de la non-violence et de la désobéissance civile comme arme politique face à la tyrannie des colonisateurs dans l'Inde anglaise de l'après-guerre. Son programme d'actions se base sur la faillite morale des bourreaux lorsque les victimes offrent leur corps à la violence des colons comme si la prise de conscience de l’injustice amènerait nécessairement à la libération. C'est postuler qu'il y a en chaque humain un sens de la justice qui finit par disqualifier les tortionnaires dans leur propre conscience et donc les conduire à renoncer à leur conduite injuste. Cette idée n'est-elle pas assez utopique même si les neurosciences ont mis en évidence un centre cérébral de l'éthique et une discipline s'est formée: la neuro-éthique.

De plus, les historiens semblent dire que l'indépendance de l'Inde en 1947 résulte plus des affrontements violents notamment au Pakistan ayant fait plusieurs dizaines de milliers de ports que de la non-violence de Gandhi qui est devenu une figure mythique assez éloignée de la réalité historique.

L'autre interlocuteur que nous faisons dialoguer fictivement, c'est Frantz FANON.

FANON est un psychiatre antillais qui a exercé son métier dans l'hôpital psychiatrique de Blida dans l'Algérie coloniale. Il a pu constater cliniquement les effets psychiques de la domination coloniale sous l'effet du mépris voire de déshumanisation du colonisé. Son livre principal: Peau noire, masques blancs est un référence. Au moment de la guerre d'indépendance de l'Algérie, FANON démissionne et s'engage auprès des combattants du FLN contre l'occupant français. Dans ses œuvres ultérieures, il a pu théoriser la nécessité de la violence pour que les populations asservies puissent évacuer la violence qu'ils avaient reçues pendant un siècle de colonisation. pour lui, seule une action violente émancipatrice peut libérer le psychisme des colonisés et permettre une reconstruction identitaire.

C'est évidemment choquant de reprendre un panégyrique de la violence mais il semble que la violence du traumatisme imposée aux victimes ne peut que ressortir par une catharsis violente.

Entre nos deux interlocuteurs, l'un apôtre de la non-violence et l'autre défenseur d'une violence légitime, comment trancher dans le sens d'une action juste?

C'est bien difficile d'en tirer une généralité.

Reprenons quelques comparatifs de l'histoire récente de notre pays pour illustrer même si les évènements ne sont pas comparables en terme de traumatisme.

D'un côté, l'histoire des gilets jaunes en 2019 qui après une lutte pacifique obtiennent satisfaction de leurs revendications après que quelques émeutiers aient brisé à l'Arc de Triomphe quelques statuettes en plâtre.

D'un autre côté, les manifestations pacifiques chaque samedi depuis 3 mois contre le pass sanitaire qui ne donnent lieu à aucune violence et donc que les média ne se donnent même pas la peine de relayer et que les politiques traitent par le mépris (alors qu'une seule manifestation de chasseurs donne lieu à des modifications légales).

Est-ce à dire que Fanon a raison contre Gandhi et que nos gouvernements démocratiques n'entendent que la pression de la violence ?

Psyleg

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