L'habitude de l'inhumain

Je réagis à l'écoute sur France Inter de Marilyn MAESIO: cette philosophe a publié récemment un livre: La petite fabrique de l'inhumain. En prenant appui sur le roman de CAMUS: La peste, elle explique comment l’anesthésie de toute critique dans le quotidien laisse se développer des habitudes presque inconscientes et ces habitudes s’accommodent d'une faillite progressive et acceptée de toute morale de l'humain comme partage de notre commune condition.

C'est ainsi que l'on peut comprendre comment des peuples culturellement évolués ont pu accepter l'inacceptable.

Toute proportion gardée, cet éclairage de notre autrice m'ont amené à réfléchir sur l'acceptation des mesures discriminatoires et attentatoires aux libertés que la gestion politique de la pandémie nous ont amené à accepter sous la puissance d'une habitude aveugle à l'inhumanité et ainsi une mesure comme le pass sanitaire a pu être admise.

Je crois que l'on peut parler d'un apartheid culturel.

Qu'est-ce qu'un apartheid? Une discrimination entre des humains égaux en condition qui se base sur un différence corporelle, sur leur physicalité. En l’occurrence, il s'agit de différencier des corps qui ont accepté la vaccination et ceux qui l'ont refusé pour des motifs qu'il n'y a pas lieu de discuter car la libre disposition de son corps est un principe démocratique de base (Habeas corpus).

Apartheid culturel car à la différence des apartheids plus violents comme celui des noirs en Afrique du Sud ou dans le sud des Etats Unis, les mesures ne concernent que l'accès à la culture, aux loisirs et aux voyages. Dire: ne concerne que, c'est aussi accepter que la discrimination est légitime et surtout légitimer une échelle des besoins et donc des valeurs par laquelle les biens marchands issus du commerce et de la production sont plus importants que les biens non marchands de la culture, du savoir et du sport, bref du partage désintéressé avec les autres.

Bien sûr, il ne faut pas faire d'amalgame mais cette acceptation par l'habitude d'une discrimination reste une entame faite au pacte démocratique de l'égalité des droits. De plus, le pass sanitaire n'a aucune justification rationnelle car, rappelons-le, un vacciné porteur du virus peut contaminer dans un restaurant un non-vacciné ayant un test négatif.

Sur le plan de l'éthique, cette acceptation de l'inacceptable ne peut qu'interroger sur la valeur de la liberté que les peuples sont prêts à brader dès que la tyrannie de la peur entretenue par des communicants habiles déferlent sur les consciences endormies.

Les hommes aiment-ils profondément la liberté quand on voit comment ils peuvent y renoncer pour les autres?

Finalement, l'acceptation du pass sanitaire ne fait-il pas que raviver ce que Freud appelle le narcissisme des petites différences , c'est à dire comment je peux construire mon identité sur un rapport de singularisation et donc de domination sur les autres.

Une fois de plus, faisons appel au réveil éthique des consciences si la surdité n'a pas encore submergé totalement la possibilité d'écouter autrui.

Psyleg

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