Petits bourrages d'urne entre amis - Au Mali, ex colonie française...

Les résultats des élections présentielle au mali de cette année sont vivement contesté par l'opposition, qui dénonce une fraude de grande échelle. Les « missions d'observations » internationales ont cautionné les élections sans se pencher sur les faits controversés, ce qui pose de nouveau le question de leur rôle dans le jeu trouble entre pays du nord et ex-colonies...

Le Mali, viens de vivre une nouvelle élection présidentielle, la 6ème depuis le départ du dictateur Moussa Traoré, un chef d'état « ami de la France », qui était resté 23 ans au pouvoir, réprimant dans le sang les manifestations réclamant son départ, avant qu'il soit reversé le 26 mars 1991.

Ibrahim Boubacar Keita (dit IBK) - le président sortant - a été donné vainqueur de ces élections avec 67 % de voix. 18 des 24 candidats en lice pour les élections dénoncent des pratiques de fraudes massives observées durant ces élections. Le parti de Soumaila Cissé - son rival le mieux placé -, qui avait accepté sa défaite lors des précédentes élections en 2013, rejette cette année les résultats officiels des élections, estimant qu'il aurait gagné les élections avec 51,93 % si des pratiques de fraude n'avaient pas été observées.

S'il est difficile de savoir si le candidat élu aurait pu être un autre en ne comptant que les voix légitimes, le discours de la « communauté internationale » avalisant ces élections où elle a dépêché des missions d'observation, tout en fermant les yeux sur les faits de fraude dénoncés posent de sérieuses questions sur la partialité de cette dernière...

A lire la presse malienne, on relève effectivement un certain nombre de choses qui ne passent pas vraiment inaperçues :

Le jour des élections, 17 des candidats en lice dénoncent de multiples faits qu'ils qualifient de violation de la loi électorale. Ils évoquent entres autres le retrait et l'utilisation illégitime de lots cartes d'électeurs, des procurations utilisées hors du cadre légal, sans compter une utilisation importante des moyens de l'état pour la campagne du président au pouvoir1. A Bamako comme ailleurs, on a pu observer des achats de voix au vu et su de tous, pratique assez institutionnalisée puisqu'un prix était appliqué uniformément sur le territoire: 2000 CFA (3€ environ) en échange d'un vote2. La presse locale fera également état de cas où le décompte de votes remonté du bureau de vote était intentionnellement faussé3.

A la fin du premier tour, plusieurs candidats réclament la publication des résultats bureau par bureau afin de pouvoir mener des vérifications, ce qui leur sera refusé dans un premier temps et ne sera arraché qu'après pression sur le gouvernement. On y verra alors figurer un certain nombre de bureaux de votes avec des résultats fantaisistes, notamment dans certains bureaux situés dans les régions en proie aux groupe jihadistes, où il était difficile sinon impossible de se rendre : Des bureaux aux taux habituellement très faibles - les gens étant absorbés par les activités de la saison, parfois loin de leur village - ont atteint des taux de participation proches de 100 %, dont plus de 80 % pour le président sortant. Dans quelques bureaux on nota un nombre de participants supérieur au nombre d'électeurs... Il est vrai qu'il y a eu quelques résultats « atypiques » en faveur de partis de l'opposition, mais dans une proportion bien moindre (environ 10 fois moins que pour le président sortant)...

Il est d'autant plus difficile d'ignorer ces faits qu'ils ont déclenché des manifestations dans plusieurs villes du Mali, comme à l'international devant les consulats maliens4. Ce à quoi le gouvernement malien a répondu par la manière autoritaire : Coupure de l'internet en amont des manifestations5, arrestation de membres de l'opposition 6, saisie du matériel informatique de l'opposition au moment où elle tentait d’effectuer un décompte indépendant des voix, fermeture de radios7...

Les missions d'observateurs de la « communauté internationale » (comprendre : en grande majorité les pays du nord), venus pour observer les élections se sont gardés de prendre position sur les faits à l'origine de ces manifestations, qui interrogent pourtant clairement sur une potentielle fraude massive. Comment dans de telles conditions, ces observateurs internationaux peuvent ils apporter leur caution à ces élections ?

Le cas de l'UE qui arrive8 à déclarer qu'elle n'a pas observé de fraude tout en affirmant en même temps que « Ça n’appartient pas à la mission d’observation électorale de juger si les élections sont crédibles », est assez éclairant sur le sujet : D'un côté on affirme n'avoir pour mandat que l’observation d'un nombre limité de bureaux, ce qui n'empêche pas d'apporter une caution à ses élections dans leur ensemble, allant même pour certaines missions jusqu'à féliciter le peuple malien pour « sa maturité », on appréciera cette touche de paternalisme supplémentaire, comme si le fait de venir garantir le processus électoral d'autrui ne suffisais pas...

Or on se doute bien que si une fraude s'est organisée elle aura visé d'autres bureaux de votes que les quelques centaines qui ont été observés (sur 23000 bureaux de vote, l'UE en a observé 440). Concernant les dénonciations de bourrages d'urnes, et de violation de la loi électorale, les missions d'observation se sont contentées d'exhorter les candidats à régler le contentieux par le biais de la cour constitutionnelle du Mali, que les partis de l'opposition craignent ne pas être impartiale. Dans les faits, s'il est évident que la présence des missions d'observation qui se disent « garantes de la démocratie » a servi de caution au président sortant devant les médias, elles n'ont sans surprise ni empêché, ni même dénoncé quoi que ce soit en terme de fraude électorale...

Emmanuel Macron fut le premier chef d'état à féliciter publiquement le président sortant de sa victoire contestée. Il le fit le 17 août, avant même que la cour constitutionnelle du Mali ne statue sur les demandes d'annulation de résultats des bureaux où il y a eu suspicion de fraude ni qu'elle ne proclame les résultats définitifs, entérinant publiquement un peu plus ces élections controversées sans laisser le temps aux juridictions compétentes de statuer à leur sujet.

Il faut dire qu'IBK est un président réputé pour arranger les intérêts de la France, et également pour recevoir le soutien de cette dernière. Si les états-unis défraient régulièrement la chronique concernant l'ingérence russe durant les élections en faveur de Donald Trump, il semble malheureusement toujours admis que la France continue à user de divers moyens pour pousser vers le pouvoir les candidats qui l'arrangent dans les élections de ses ex-colonies, et ce depuis plus de 50 ans...

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Quelques articles de presse locales (référencés dans cet article), parmi beaucoup d'autres...

1 : https://www.maliweb.net/politique/presidentielle-18-candidats-contestent-les-resultats-vers-une-crise-post-electorale-2770555.html

2 : https://www.maliweb.net/politique/election-presidentielle-2000-f-pour-voter-un-candidat-a-faladie-2770252.html

3: https://maliactu.net/mali-trucage-des-resultats-du-premier-tour-de-la-presidentielle-a-douentza-le-prefet-de-la-commune-rurale-de-diamtodji-mis-en-demeure-par-les-populations/

4 : https://www.maliweb.net/maliens-de-lexterieur/presidentielle-les-maliens-de-paris-mobilises-contre-la-fraude-electorale-2771595.html

5 : https://internetwithoutborders.org/mali-censure-en-cascade-du-reseau-internet-a-lapproche-des-resultats/

6 : http://www.jeuneafrique.com/621040/politique/mali-les-legislatives-auront-lieu-le-28-octobre-lopposition-denonce-des-arrestations-extrajudiciaires/

7 : https://malijet.com/a_la_une_du_mali/215450-etat_policier_marche_au_mali.html

8: https://www.maliweb.net/politique/mali-aucune-fraude-observee-par-lue-au-2e-tour-de-la-presidentielle-2772553.html

 

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