Innovation et surveillance

L'innovation est une posture fragile. C'est un moment où sur un domaine défini on ose sortir de la pensée commune. Le combat que on mène avec ses propres schémas de pensées est redoublé quand on se sent surveillé. 

Est-ce que cela empêche l'innovation ? Dans une certaine mesure, mais la  nature humaine restera la même. Avec la surveillance, au lieu d'évolutions graduelles on doit se concentrer sur des explosions révolutionnaires éventuellement violentes doublées par des périodes de grandes tensions sociales et, probablement, une montée du taux de suicide. Des sociétés malheureuses.

Les sociétés qui ont des doutes sur leurs valeurs sont particulièrement disposées à faire le mélange entre fondamentalismes et innovations. Et par ce mécanisme, empêcher l'innovation dont elles ont tellement besoin. C'est pour cette raison que la seule garantie précise, identifiable, quantifiable est la liberté de la presse. Nos démocraties doivent éliminer l'asservissement de l’immigration comme moteur de croissance et de maintien de l’établissement.  

Le fondamentalisme religieux est une proposition inculte d'innovation sociale qui est d'abord possible à cause des imperfections des sociétés occidentales. La tombée dans le fondamentalisme c’est une façon d’indiquer que la société occidentale aujourd’hui, malgré les slogans qu’elle met en avant, est une société fondamentalement injuste, basée sur l’asservissement de l’immigration. Le chemin qu’indiquent les fondamentalistes c’est une refonte des valeurs dans un marasme éthique-religieux similaire au moyen-âge et aux guerres de religion engendrées par la Réforme, dans l’espoir de la remonté d’un nouveau système de valeurs, plus universelles — ou au moins moins injustes vers les adeptes aujourd'hui défavorisés d'une religion ou d'une couleur ethnique.

Puisque votre histoire, ils ont l'air de dire, puisque votre Réforme et vos révolutions nous excluent, nous devons refonder la société dans nos propres termes, dans nos propres traditions: c'est le langage fondamentaliste. Votre société est injuste, nous en sommes la preuve. Vous ne savez pas la redresser. Ceux mêmes qui vous l'indiquent, vous les tuez, vous les marginalisez. Il faut noter en passant que, devant l'exclusion omniprésente des immigrés dans nos sociétés, ce discours est défendable. Il est dangeureux, comme toute tentative absolue de refonder le monde.

Parce que l'injustice perpétrée par un code de lois qui se prétend universel est encore plus oprimant que l'injustice que peut générer un mouvement social de réforme, soit-il violent.

C'est pour cette raison qu'il faut faire la part des choses. L'introduction de la surveillance est une forme de crispation pour ne pas laisser émerger ce qui peut être ressenti comme dangeureux. Moi, cela fait un an que je publie un texte de littérature qui sort du commun qui n'a pas été mis enavant nulle part, alors que je sens des échos depuis des mois. Pareil pour mon compte twitter, pareil pour ces articles. 

La société parisienne aujourd'hui est déprimante. Du vol des idées au vol d'identité, au vol de vie. La sensation qu'on est là pour remplir un trou de désespoir, le trou français. Son fonctionnement mise sur la marginalisation des innovateurs potentiels, l'expulsion des militants, le fait de les empêcher, dans le bruit de l'internet et des médias, de se faire entendre.

Si par la "détection des signaux faibles" dans ces fameuses "boîtes noires" on entend l'existence d'algorithmes qui permettent la détection de contenus précieux, rare mais inconnus, comme par exemple un poète débutant, ou bien le compte twitter d'un lanceur d'alerte, ou d'une personne en difficulté et sans notoriété, et qui pourrait, dans une société normale, se mettre les bases d'une notoriété quelconque, par la publication et le référencement directe et mérité de son contenu, suivi d'une forme de réinsertion, — si cette détection de signaux faibles est utilisé dans ce sens, je dis, on pose alors les bases de l'exclusion garantie par le système de tout contenu nouveau. Le contenu sera volé, et cela de façon garantie par la loi. Il sera intégré sous la plume de quelqu'un qui dispose déjà de la notoriété qui lui permet de publier quelque part et de se faire entendre. Ce serait une loi qui légaliserait l'exclusion, le vol d'idées, le piratage.

Une loi de la surveillance qui va établir ces pratiques comme légales, va uniquement instituer les racines de l'état policier et de la dissolution sociale.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.