La France ressemble à un grand pays

La France ressemble à un grand pays.

Mais la France n’est pas un pays enthousiasmant. Il existe un clivage important entre la réalité de la mentalité française et l’image qu’elle aime projeter d’elle même, entre le texte de ses lois et le comportement de ses habitants. L’expérience de l’expatriation en France est une expérience éprouvante. La honte et la fierté des ses origines, plutôt que d’être un non-sujet, est une des enjeux primordial dans le rapport interculturel, dans le rapport de pouvoir. Le non-dit envahit l’espace du langage, une honte non-spécifiée bagne toutes les origines ethniques possibles, les insultes allusives sont obliques, l’espace caché devient transporteur de mépris, de condescendance non-motivée. Les chiffres des dernières élections, locales et européennes, montrent clairement que la France est un pays crypto-fasciste.

Le projet que propose la France à ses habitants est un projet purement national et qui manque, pour l’instant, d’envergure universelle. Malheureusement, on ne peut pas être francophile aujourd’hui plus qu’on est estonophile. Ceux qui vivent en France connaissent cette réalité, malgré les chiffres d’une économie relativement fleurissante, malgré le regard admiratif que la France exige presque de ses, j’allais dire, sujets.

La France vit une histoire d’amour avec elle-même qui avoisine la masturbation. Cette histoire est alimenté par un imaginaire maladif, est une perception déformé et surlicité de la valeur de sa culture et de son histoire. Il faut relire l’historie de façon plus objective et plus critique. Un exemple: le travail qu’a fait un historien comme Lucian Boïa pour la démythisation et la remise en proportion de l’histoire de la Roumanie, affecté elle aussi par une vision grandiloquente montée à des fins politiques dans les jours révolus du nationalisme communiste de Ceausescu. Ce travail manque encore dans cette France dont la perception de soi-même reste hypertrophiée.

Mais, on pourrait objecter, un pays a tout son droit de tenir ce langage. Un pays peut se regarder soi-même dans un miroir et ce trouver beaux, impeccable et glorieux. Pourquoi pas. On ne peut pas le lui interdire, surtout dans le cas où ce serait vrai. On peut croire ou espérer que les Athéniens des premières décades du cinquième siècle avaient raison à porter ce regard sur eux-mêmes. L’exercice laudatif est dangereux dans la contemporanéité mais peut être que les Américains d’après guerre aussi. C’est dangereux de qualifier un pays de grand sans le voir descendre tout de suite dans le gouffre de la self-adoration maladive. Il vaut mieux s’en tenir aux exemples historiques.

Mais ce qu’on peut affirmer sans doute c’est que la grandeur n’est sûrement pas le cas de la France d’aujourd’hui. On peut faire un travail de vérification, on peut regarder au-dessus son épaule dans son passé, et ce pays-là, tellement auto-admiratif, a intérêt à avoir vaincu des entiers empires après avoir vu éventuellement ses villes brûlés en cendres, avoir fait preuves de combat héroïque, et tout au nom de la liberté, d’avoir risqué le tout pour tout pour tenir bon. La sage, la très raisonnable France, est très loin de cette situation. Il faut vraiment avoir fait ses études primaires dans une école perdue de ses ex-colonies pour avoir une image éperdument admirative envers la France. 

Mais la France est un des plus riches pays de l’Europe, peut-être cette indication pourrait nous montrer une particularité, peut-être par sa richesse, d’un statut spécial. Jetons un court regard vers le passé: infusée de capital américain après la guerre, sachant faire la part raisonnablement entre collaboration et résistance pour se protéger, relativement épargnée par les désastre de la guerre, loin d’avoir épuisé ses ressources humaines et matérielles dans la défense contre le nazisme, comme tant d’autres pays, protégé militairement depuis 70 ans sur les frais des Etats Units, la France fait plutôt figure d’enfant gâté. Sans vraie capacité d’influence même dans son voisinage proche (voir les libertés que se prend Putin en Ukraine ces jours). Si l’Azerbaidjan avait occupé l’emplacement géopolitique de la France, il serait probablement lui aussi aujourd’hui un pays riche. En effet, si tout autre pays avait vécu dans la liberté gratuite offerte par la protection américaine alors que la moitié du monde gémissait sur les bottes soviétiques il y a fortes chances qu’il ait pu se développer économiquement. Il suffit de regarder à l’Est à quel point ces pays, par endroit écrasés par tant d’histoire malheureuse, reprennent le souffle en quelques dizaines d’année pour se dynamiser, pour progresser.

Il semble aujourd’hui presque obligatoire de tenir un langage admiratif, exultatoire pour la France. Mais, outre une admiration analphabète pour le château  de Versailles, banal et répétitif comme un bloc stalinien, ou vers Louis 14, la France n’est pas porteuse ni d’une histoire récente digne d’admiration et, plus important, d’un projet enthousiasmant pour son futur.

 

été 2014.

 

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