Au Medef, un appétit sans limites !

 S'attaquer au salaire minimum, à la durée légale de travail, aux jours fériés ou encore au repos dominical : le MEDEF présente ses solutions pour un retour de la croissance et la création d'un million d'emplois. Le document de travail « Comment relancer la dynamique de création d'emplois en France », dont une partie du contenu a été révélé dimanche dernier par le quotidien économique Les Échos, est un véritable manifeste libéral, où la plupart des acquis sociaux des dernières décennies sont épinglés un par un, au grand dam des syndicats, qui y voit une véritable « provocation ».

 S'attaquer au salaire minimum, à la durée légale de travail, aux jours fériés ou encore au repos dominical : le MEDEF présente ses solutions pour un retour de la croissance et la création d'un million d'emplois. Le document de travail « Comment relancer la dynamique de création d'emplois en France », dont une partie du contenu a été révélé dimanche dernier par le quotidien économique Les Échos, est un véritable manifeste libéral, où la plupart des acquis sociaux des dernières décennies sont épinglés un par un, au grand dam des syndicats, qui y voit une véritable « provocation ».

Initialement prévue le mercredi 17 septembre, la conférence de presse du MEDEF a été repoussé. Il faudra donc encore attendre un peu pour connaître en détails le contenu précis des propositions du syndicat patronal pour la croissance et l'emploi, Pierre Gattaz s'étant rendu compte que la présentation de ses annonces serait sûrement mal venue entre le discours de politique générale du premier ministre la veille et la conférence semestrielle du chef de l'état à l’Élysée le lendemain. Cependant, il suffit de se référer au fuites des Échos pour comprendre que le contenu de cette étude menée par le patronat sera libéral, très libéral et que ces mesures ne sont tout simplement pas forcément … efficaces.

Ainsi, en s'attaquent au salaire minimum, Pierre Gattaz rejoint la théorie néo-classique selon laquelle le SMIC, en créant un prix plancher, empêcherait la confrontation entre l'offre et la demande sur le marché du travail d'aboutir à un prix d'équilibre satisfaisant. Ainsi, le SMIC crée un fossé entre l'offre (offre de travail provenant des travailleurs) qui devient supérieur à la demande (provenant des entreprises), ce qui aboutit à une pénurie institutionnelle, appelée plus vulgairement chômage. La théorie néo-classique n'est pas fausse, ni erronée. Cependant, elle signifie aussi qu'en période de fort chômage, l'équilibre entre l'offre et la demande de travail pourrait aboutir à un prix d'équilibre (sur ce marché le salaire) très faible. Alors, sommes nous prêt à travailler pour 5 euros de l'heure ? De plus, il est évident que moins de chômage signifie plus de consommation et de production, et donc un retour de la croissance. Mais si le chômage est réduit par deux et qu'il en est de même pour le salaire minimum, qu'en est-il alors réellement de l'effet sur la consommation et donc la croissance ? Il est légitime de se poser la question.

En ce qui concerne le remise en cause du repos dominical et des jours fériés, une étude du Crédoc* parue en novembre 2008 et portant sur les effets de l'ouverture des commerces le dimanche, stipulait que« l'essentiel des ventes réalisées le dimanche correspondent au transfert de ventes initialement réalisées les autres jours de la semaine », dénonçant ainsi un effet quasi inexistant sur l'emploi et la consommation. Ainsi, un supermarché emploierait par exemple désormais des employés le dimanche, mais réduirait ses effectifs les autres jours de la semaine pour pallier à la baisse de consommation, liée au fait que certains clients repousseraient par exemple leur jour de courses hebdomadaires du mardi au dimanche. Un impact donc quasi-nul sur l'emploi et la consommation lié à ce simple transfert de ventes. Il est légitime de penser que l'effet serait le même pour les jours fériés. 

En attendant d'en savoir plus, on commence à comprendre pourquoi le patronat a repoussé la date de sa conférence et ainsi partiellement évité de relancer un nouveau pavé dans la marre du gouvernement. Car question libéralisme, Manuel Valls a beau clamer « j'aime l'entreprise », le premier ministre est battu à plat de couture, tout comme Emmanuel Macron et ses sorties hasardeuses.

 

*Étude reprise par le journaliste Laurent Jeanneau dans son article « Faut-il libéraliser le travail du dimanche ? » (Alternatives économiques numéro 329, novembre 2013).

 

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