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Billet de blog 2 nov. 2021

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POUR UNE NOUVELLE ORTHODOXIE DE GAUCHE

QUI N'EST PAS DE GAUCHE À GAUCHE ET À DROITE ?

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D'Emmanuel Macron fustigeant la colonisation en "crime contre l'humanité" jusqu'à Pascal Praud… invitant de manière récurrente un Laurent Joffrin vibrant d'indignation en passant par l'ineffable Jean-Luc Mélenchon "révolutionnaire mitterrandien" tardif… il faut s'interroger : Qui, dans le maelstrom politico-médiatique, n'est pas de gauche à gauche… et à droite ?... 

Par pure humanité et parce qu'eux-mêmes l'ignorent il ne parait pas indispensable d'évoquer l'ancrage politique de la bien nommée mouvance écologique. 

C'est donc en tentant de demeurer dans le 50/50 gauche/droite qui a prévalu, durant des décennies, dans notre beau pays, qu'il peut paraître intéressant d'interroger la mutation radicale de cet équilibre dynamique. 

Indiscutablement c'est en 2017, sur fond de "macronisme pragmatique", que la tectonique des plaques politiques a fonctionné à plein sans que l'on puisse clairement déterminer si le continent de gauche à recouvert celui de droite ou inversement, ni qui a digérer qui. Quoi qu'il en soit, le paysage a changé. 

Anniversaire extraordinaire… 2021… 1981… 40 ans. 40 années de maturation pour l'insupportable oxymore mitterrandien : "le libéralisme de gauche", 40 années pour qu'enfin les masques de l'entre soi tombent… d'accord… 

40 années pour que la social démocratie "à la française" vive ouvertement "le libéralisme de gauche" comme "idéologie" partagée, reconnue et adoubée par la gauche et la droite, unies. Unies et, surtout, décomplexées. 

1981… le climax de la gauche, au singulier… Brièvement… tout le monde y croit… même la droite apeurée… 

Rendons sans plus attendre hommage au génie politique de l'artisan de la "victoire"… à l'habileté d'un Mitterrand qui, à travers un "programme commun" a su convoquer son adversaire le plus radical, idéologiquement parlant, et l'intégrer au sens fort du mot… contre le plat de lentilles de quelques ministères. 

1984… la fin de l'illusion d'un changement radical d'organisation sociale, la démission des ministres communistes est le véritable marqueur de l'impossibilité, alors prétendument conjoncturelle, d'une alternative véritablement de gauche. 

Depuis… un ballet sur fond de démocratie discursive assorti de péripéties sans intérêt, on joue à se faire peur en alternant pour demeurer dans l'illusion d'un combat opposant des convictions alors qu'il n'est qu'un spectacle de mime agitant des sensibilités qui, toutes, n'ont qu'un ennemi officiel, déclaré, en un mot commode, un épouvantail ressorti à chaque rituel : l'extrême droite fascisante. 

Ces sensibilités ne pouvaient, au final, que converger dans le sens, le bon sens, de 'l'intérêt général" de l'entre-soi du grand patronat et de la haute administration, de la fusion public/privé.

Restait à construire un prophète au "libéralisme de gauche" concordataire…

Mi-chèvre socialiste, mi-chou patronal… un artifice putativement apolitique, présentable et en capacité d'incarner l'intenable oxymore : "le libéralisme de gauche", devait suffire. 

Depuis… la gauche au singulier est devenue plurielle, atomisée en sensibilités, défaite, elle erre à la recherche du temps passé et révolu, d'une impossible autant qu'impensable union faute d'une quelconque conviction partagée. 

Pourquoi ?...  

Évolution "naturelle", distorsion culturelle, absence d'intérêt, satisfaction globale… quelles peuvent bien être les causes de cette dilution de la gauche au singulier qui triomphait en 1981 ?… 

Le bruyant retrait communiste de 1984 n'y est certes pas étranger mais la compréhension trop tardive de la manœuvre mitterrandienne n'explique pas tout. Le choix du PC de demeurer institutionnel, quoi qu'il en coûte, n'est quant à lui pas sans conséquences.

D'avant-garde révolutionnaire à parti croupion, les "choix" d'appareil ont été payés… cash. L'hémorragie a été d'autant plus grande que l'hémophilie était patente : aucune évolution n'a été anticipée, ni même perçue, le PC a vécu drapé dans un immobilisme outragé en ignorant son environnement, figé alors même que la planète basculait économiquement, socialement et politiquement vers un avenir pour le moins idéologiquement marqué très à gauche…

Outre son immobilisme idéologique le moins que l'on puisse reprocher au PC : la Chine n'a pas fait choc.

Le résultat de la "ringardisation" du PC obstinément encore accroché à un prolétariat disparu : une montée en puissance du "gauchisme" post-soixantehuitard. Le "riche" se substitut au "patron", les conséquences aux causes. C'est la faillite idéologique du PC qui ouvre le champ aux "sisyphes" illuminés emmenés, comble de l'ironie historique, par un "révolutionnaire" mitterrandien… fort heureusement atteint d'une patho(s)logie définitivement invalidante… qui ne trompe personne, pas même lui-même qui préférera le suicide électoral à une possible, quoique improbable, gouvernance. 

Une fois la sensibilité socialiste la moins répugnante, celle qui entendait résister aux sirènes du pragmatisme trop bien compris, dénombrée, témoignant ainsi, chiffre en mains, de la nature profondément et très majoritairement collaborationniste de la "nébuleuse" socialiste les jeux étaient faits et la messe dite. 

Le dénominateur commun à cette faillite générale de la gauche au singulier ET de la gauche plurielle : l'absence de conviction et d'actualisation idéologique. 

Une orthodoxie de gauche consiste avant toute chose à percevoir le champ dans lequel la gauche doit se déployer. Il n'est pas question de refaire le monde. Il n'est pas question de faire la révolution au sens de 1789, un mouvement populaire pour asseoir le pouvoir d'une classe sociale. Il n'est pas question d'être "romantique" et de fomenter un "grand soir". 

Les temps changent, le monde aussi… pour être atteint, l'objectif doit être circonscrit. 

La gauche ne doit s'intéresser qu'aux moyens d'inventer le reste... pas au reste lui-même : le reste appartient aux peuples, c'est à eux de le définir, constitutionnellement. 

Rien à voir avec la sébile, tout à obtenir des crocs, la conviction orthodoxe, exclusive et dogmatique : la gauche doit porter le juste droit du peuple à, majoritairement, vivre et exister comme il l'entend, pas comme l'organisation économique et sociale, aujourd'hui comme hier aux intérêts exclusifs d'un entre soi public/privé, lui impose de vivre et d'exister. 

En à peine 20 ans, depuis le début de ce siècle, la classe dominante, mixte fusionné de haute administration et de grand patronat, démontre son incapacité à "gérer"… aucune politique libérale de gauche ou de droite n'est en capacité de répondre à l'état de l'évolution du "nouveau" monde économique ni d'en endiguer les conséquences. 

Il n'est pas inutile de rappeler, à gros traits, parce qu'elle demeure farouchement niée, la chronologie de cette évolution :

1/ 2001... entrée de la Chine à l'OMC.

2/ Mutation du capitalisme occidental d'industriel à marchand, la recherche de marges commerciales maximales succède à la réalisation de profits classiques : la distribution obligée de la rémunération du facteur travail n'est plus nécessaire dans les "entreprises sans usines" (et sans salariés) revendiquées par nos pseudo industriels. Le consommariat succède au prolétariat.

3/ Apparition, entretien et développement d'une précarisation de l'emploi et d'un lupem entreprenariat introduisant une illusion de solution dans une réalité de biais statistique de l'évaluation de l'état du facteur "travail" occidental.

4/ "Work in progress"... l'avenir de l'occident est tracé : le consumérisme subventionné sur un marché vassalisé. 

5/ Le "revenu universel" n'est pas une option mais une impérieuse nécessité : il est devenu indispensable de garantir la solvabilité du marché occidental de manière pérenne, le butoir du crédit hors sol monétarisé est enfoncé depuis longtemps... il n'y a pas de contrepartie économique valide au volume du crédit ni aux monnaies occidentales : béquilles et faux-nez "financiers" ne suffisent plus.

6/ Aucune gestion par le contrôle des dépenses publiques ne peut être opérationnelle l'occident est "over", en faillite. Il s'agit de trouver des recettes... la taxation générale des profits est une idiotie : les profits ont disparu… il faut taxer les marges, a minima d'un montant correspondant à la privation de la rémunération du facteur travail désormais servie en Asie, en Chine principalement, à travers les coûts d'achat, et plus en occident.

7/ Ainsi acquise, la redistribution de la subvention du consommariat, de la demande occidentale, doit être garantie constitutionnellement, elle conditionne la survie du système capitaliste lui-même et garanti un possible avenir à l'occident.

8/ Le problème n'est pas "le riche", c'est "le patron"... ce n'est pas une sébile que les peuples occidentaux doivent brandir mais des crocs qu'ils doivent découvrir. Il ne s'agit pas de niveler des inégalités sociales mais d'exiger une limite à l'appropriation capitaliste.

9/ La situation économique et sociale est de la pleine et unique responsabilité du capitalisme occidental, devenu pur prédateur illimité, de l'Asie en amont, des restes d'épargne des consommateurs en occident, en aval. L'Asie, la Chine principalement, si elle a permis la mutation capitaliste occidentale, ne l'a nullement imposée.

10/ Les politiques "libérales" sont dans l'incapacité de répondre à la question du siècle : Pourquoi et comment emploi, croissance, innovation et tissu industriel demeureraient-ils en occident quand l'usine est en Chine ?

Comment et pourquoi l'occident a assassiné Keynes...

L'alternative organisationnelle de la société, en occident, n'est pas, n'est plus, un choix... Dictée, elle est purement marxiste : 

Pourquoi il faut actualiser Marx ?

Parce que c'est le moment... historique.

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