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Billet de blog 20 oct. 2017

Lettre à Mon député

C’est un bien curieux exercice que j’entreprends en vous écrivant, j’ai peu de poids, une seule voix mais je vous l’ai remise. Aussi, je voudrais m’exprimer, comme beaucoup des citoyens de votre circonscription surement, par votre intermédiaire auprès des personnels politiques, auprès des patronats, auprès de toutes ces personnes qui me jugent à priori coupable. Parce que oui, je suis chômeuse.

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Récidiviste en plus. Pourtant, j’ai évolué dans mon parcours, j’ai fait des formations, j’ai multiplié les expériences… ce que je n’aurai jamais dû faire. Cela ni M. Gattaz, ni M. Macron, ni M. Philippe n’en parlent, mais un parcours original effraie. C’est un frein pour l’embauche. « Pas assez d’expérience dans tel domaine », comme si toutes vos expériences passées ne représentaient rien, « pas assez d’application dans tel secteur », comme si vous n’étiez pas capable d’aller chercher les informations et d’adapter votre savoir. Je me sens coupable, comme la majorité des gens que je croise à Pôle Emploi, coupable d’avoir raté mon parcours et de ne pas avoir d’emploi, de courir après des contacts que je n’ai pas dans ma famille pour trouver un poste. Coupable d’envoyer un courrier par jour et de ne pas trouver les « mots clés » pour rassurer mon lecteur ou son logiciel de recrutement. Coupable d’avoir voulu faire autrement dans ma vie professionnelle. Coupable de ne plus porter le système mais que ce soit le système qui me porte une fois encore. Mais quand j’entends des élus, des représentants de patronat, un gouvernement m’expliquer que je suis suspectée de creuser les déficits et de me la couler douce au chômage, j’explose. Est-ce qu’on entend ces gens-là sur le renforcement des contrôles dans les entreprises concernant le travail au noir ? Est-ce qu’on entend ces gens-là sur l’intensification des contrôles concernant le détournement des directives sur les travailleurs détachés qui deviennent les boucs émissaires de leurs employeurs ? Est-ce qu’on entend le Président de la République, de ma République, remettre également en cause les évasions fiscales et multiplier par 5 le nombre de contrôleurs des impôts à Bercy ? Pourtant il remet en cause si facilement la bonne fois du chômeur à 1000 € par mois (oui parce qu’on est quand même nombreux dans cette catégorie à vivre à la limite du seuil de pauvreté). La bonne foi se mesure à l’aune du poids économiques ? Quoi, moi je me prends dans la tête tous les jours des refus et encore pire, des non-réponses, parce que je ne suis pas le mouton à 5 pattes, je compte le moindre des centimes que je dépense, parce que je ne sais pas quand ma position va évoluer. Je ne peux faire de projet, je ne peux pas bouger de chez moi, parce qu’avec 1000 euros par mois, non on ne part pas en vacances ! Et en plus il faudrait que j’accepte une pression supplémentaire pour sentir que décidément je suis la lie de la société. Et bien non, je ne suis peut-être pas grand-chose, je ne suis peut-être qu’humaine, je ne changerais peut-être la vie de personne, mais je n’en ai pas moins de dignité, je n’ai pas à avoir plus honte de mon parcours qu’un autre, j’ai relevé des défis que d’autres n’auraient pas imaginé, j’ai plusieurs vies professionnelles, j’ai plusieurs expériences à l’étranger, mais je refuse de servir de tête de turc pour masquer leurs visions passéistes et leurs échecs ! J’assume ma part, je suis en sursis, mais qu’ils ne viennent plus essuyer leur mépris et leur ignorance sur moi !

Cette révolte, je l’exprime simplement, elle m’étreint, m’étouffe presque. Moi j’ai une chance, si je suis vraiment en bout de droit, je peux au moins repartir en expatriation. Ce qui repoussera d’autant mon intégration dans mon propre pays, je sais que si celle-ci n’intervient pas avant mes 45 ans, je ne pourrais plus prétendre travailler ici. Pour d’autres, ces discoureurs n’ont juste pas l’imagination pour leur donner une chance. S’il vous plait, ajoutez ma voix à celles d’autres pour défendre notre dignité, notre place dans la société.

Salutations distinguées

Quitterie Breton

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