Le "moment" Zemmour, miroir de nos lâchetés et de nos faiblesses

Zemmour est le miroir de nos lâchetés et de nos faiblesses. Devenu le "bon client" de médias en mal d'audiences, il prospère sur un "consensus idéologique" cynique et intéressé, comme un épouvantail commode et caricatural. Chantre d'une "alt-right" à la française, il occupe l'espace médiatique en clone latin d'un Steve Bannon au service d'une guerre contre l'islam.

Le "moment" Zemmour, miroir de nos lâchetés et de nos défaites

Zemmour est un opiniâtre. Il ne lâche pas ses diatribes obsessionnelles et ses imprécations haineuses. Il est devenu le prêcheur apocalyptique préféré de l'extrême-droite, celui dont on loue désormais les anathèmes et les pamphlets vengeurs. Il s'inscrit dans cette mouvance d'une "alt-right" à la française, comme un clone latin d'un Steve Bannon au service d'une guerre contre l'islam. Contempteur d'une extrême-gauche qu'il voit partout, en complotistes infiltrés dans une magistrature alliée d'associations "droitdelhommistes" pour "racketter les dissidents et terroriser la majorité autrefois silencieuse et aujourd'hui tétanisée", il n'a de cesse de vitupérer contre ces "idiots utiles d'une guerre d'extermination de l'homme blanc hétérosexuel".

Zemmour est l'intellectuel dissident préféré des identitaires ("la question identitaire du peuple français les précède toutes (les autres questions), elle préexiste à toutes, même à celle de la souveraineté"), celui qui voue les optimistes aux gémonies en convoquant un Bernanos dénonçant "la fausse espérance des lâches et des imbéciles". Ses discours sont émaillés de références à Joseph de Maistre, Voltaire, Stendhal, Maxime Rodinson, Drieu la Rochelle, Renaud Camus, ou Lamartine. Pas de vociférations vulgaires et inutiles, peu d'attaques ad hominem, hormis celles dirigées contre les "dirigeants félons" qui trompent le peuple depuis cinquante ans, Macron, Hollande, Sarkozy, Chirac et Giscard, tous complices d'un envahissement migratoire prémisse au "grand remplacement".

Zemmour est un collapsologue habité par une mission divine. Celle qui l'exhorte à se dresser contre "le triptyque invasion, colonisation, occupation". Celle qui lui dicte une conception de l'écologie combattante, tournée vers "la préférence nationale" et la "restauration" d'une identité mise à mal par les "cosmopolites citoyens du monde" et "l'universalisme islamique".

Zemmour est devenu le "bon client" des médias en quête d'audience, comme le fut Le Pen aux "grandes heures" de la politique-spectacle et de la médiocrité cathodique. Il est devenu le "boutefeu" qui manquait aux cyniques des "partis de gouvernement" et aux néo-fascistes insurrectionnels en quête de leader charismatique. Il est aussi le miroir de nos lâchetés et de nos défaites, le visage de cette France laissée à l'abandon, offerte aux incendiaires populistes et aux réactionnaires de bénitiers. Il prospère sur la misère et la haine, comme une épidémie galopante et meurtrière.

C'est la raison pour laquelle il faut lui répondre, mot pour mot, argument contre argument, sans faiblesse et sans relâche. 

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