Vous ne voulez pas de Valls ? Votez pour lui

En quelques jours, Hamon est devenu un candidat crédible à l’investiture des primaires du PS et pourrait représenter une surprise. A priori, cela permettrait d’ancrer le débat à gauche. Pourtant, dans un contexte de délitement du PS et de recomposition attendue du paysage politique, le meilleur moyen d’atteindre cet objectif est de voter pour Valls.

Les dernières enquêtes d’opinion laissent apparaître un paysage politique de plus en plus polarisé. A droite, Fillon, investi sur un discours très droitier, s’est fait déporter à droite par Marine Le Pen, laissant la place « sur sa gauche » à Macron qui a su tirer profit de l’éviction de Juppé – avec qui il partageait une partie de son électorat – pour occuper le centre.

A gauche, le PS s’apprête à encaisser un désastre historique qui pourrait annoncer une recomposition à l’automne prochain autour d’un grand parti du centre-centre-gauche coagulant l’appareil du PS et Macron. A l’autre bout, Mélenchon, dont le but affiché depuis de longues années est, à la manière de Corbyn, de devenir majoritaire à gauche, campe sur le flanc gauche autour de 13-15%, c’est-à-dire peu ou prou le score des forces de gauche concurrentes du PS depuis 1981.

A ce stade, le seul moyen pour le candidat de la France insoumise de percer ce plafond historique et de tutoyer les 20% est de saisir l’opportunité historique ouverte par le délitement du PS. Sous ce rapport, l’investiture de Valls aux primaires déporterait le PS au centre, fermant ainsi l’espace politique de Macron à gauche tout en offrant à Mélenchon un nouvel espace politique composé des électeurs déçus de Montebourg et Hamon.

Les enquêtes d’opinion, quelle que soit la saine et nécessaire prudence avec laquelle on doit les appréhender, indiquent en effet une chose claire : en cas de victoire de Montebourg ou Hamon, la moitié des électeurs de Valls se reporteront sur Macron, mais ceux de Hamon et de Montebourg n’iront pas vers Mélenchon… Ce dernier pourrait même voir une partie de son électorat se laisser à nouveau séduire par les sirènes du « vote utile » dans une version, il est vrai, rabougrie. Du reste, toute alliance entre Mélenchon et Hamon/ Montebourg releve du pur fantasme.

Par conséquent, si une victoire de Valls aux primaires laisse une chance, même infime, à Mélenchon de se qualifier en captant les électeurs déçus de Hamon et de Montebourg, une investiture de l’un des deux représentants de l’aile gauche du PS enfermerait l’ensemble de la gauche dans une souricière à 20-25%... Dans une telle configuration, enfin, Macron prendrait appui sur un centre élargi lui permettant d’envisager son passage au second tour.

Bref, les chances de Mélenchon d’accéder au second tour sont maigres mais deviendront inexistantes si Hamon – ou Montebourg – remporte l’investiture. Voter pour Hamon ou Montebourg, c’est voter pour Macron.

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