Leur rêves sans entraves se sont heurtés à nos lois

Nous sommes la sixième puissance économique mondiale, et allons peut être même, ô joie suprême supplanter le Royaume Uni pour rafler la cinquième place. En 2016, nous avons eu 85 244 demandes d'asile. Loin des 722 300 demandes de l'Allemagne, vous en conviendrez...

2017, France, Paris.

Nous sommes la sixième puissance économique mondiale, et allons peut être même, ô joie suprême supplanter le Royaume Uni pour rafler la cinquième place. En 2016, nous avons eu 85 244 demandes d'asile. Loin des 722 300 demandes de l'Allemagne, vous en conviendrez...

Je ne sais pas si il faut rappeler que la plupart des personnes qui quittent leur pays vont dans les pays limitrophes, car contrairement aux idées reçues l'unique but de leur vie n'est pas de venir se heurter à notre forteresse Europe, mais de sauver leur peau, et de rentrer une fois la crise passée... Car comme vous et moi, ils ont eu une enfance quelque part, des attaches, et un endroit où ils se sentent chez eux mieux que partout ailleurs dans le monde … ce qu'on oublie quand on réduit les gens à des chiffres et à des flux migratoires.

Depuis le début de la guerre au Soudan du Sud il y a un an environ, plus de un million de personnes ont fui en Ouganda. Est ce que les politiques ont réagit comme nous, en disant qu'on ne peut accueillir toute la misère du monde et en essayant à tout prix de réduire les flux ? Non, les migrants y sont prit en charge, ont le droit de travailler, et ont même droit à un lopin de terre pour pouvoir se construire une maison, mais aussi cultiver, afin de participer à l'économie locale.

Tout ça pour dire qu'une autre vision de la migration est possible...

Alors quand aujourd'hui je vois des migrants qui viennent du Soudan, de l’Érythrée, de Somalie, d'Afghanistan qui se retrouvent à dormir sous nos ponts, les mots me manquent...

A Paris, comme la volonté politique actuelle est que les campements ne se reconstituent surtout pas, les migrants doivent se cacher de plus en plus loin pour dormir car ceux qui sont visibles se font réveiller deux à trois fois par nuit par les forces de l'ordre, afin de les empêcher de s'installer.

Alors Mesdames, Messieurs les politiques dans vos beaux costumes et avec vos idées étriquées, voici un scoop : ce n'est pas parce que vous poussez les gens à bout qu'ils cesseront de venir.

Si vous aviez la moindre idée de l'horreur qu'ils ont ont endurés pour arriver ici vous vous en douteriez.

PERSONNE ne part sans raison, personne. On ne quitte pas une dictature comme l’Érythrée pour venir prendre une douche à Calais. On la quitte parce qu'on peut y être enrôlé à vie dans l'armée, et y mourir sans même avoir vécu... On ne quitte pas l'Afghanistan, où la moitié du pays est aux mains des talibans pour venir profiter de la sécurité sociale en France, ni les bombes syriennes pour venir mendier aux portes de Paris. On part parce qu'on a le magnifique espoir de reconstruire une vie ailleurs, ou parfois quand on est trop cassé, au moins pour offrir cette chance à nos enfants.

Pourquoi parce que nous sommes nés du bons coté de la barrière, nous serions les seules à avoir droit à espérer à une vie meilleure ?

Nous, on ne quitte pas un pays en guerre, on a le droit de rêver, de se déplacer, de faire nos études dans d'autres capitales européennes, d'aller tenter notre chance à Londres si on trouve que dans notre secteur il n'y a pas assez de challenge en France... mais les autres ça serait bien qu'ils restent dans leur merde. Parce qu'ils sont pas nés au bon endroit, ils n'ont pas le droit d’espérer, désolé.

Alors un matin où je me suis réveillée trop pleine des histoires entendue la veille, trop triste de cette situation qui ne change pas et pleine de rage pour ses gens venus se reconstruire et que je vois se dégrader à petit feu j'ai écris ça...

 

Je côtoie des épaves

Qui se sont échouées là

Leur rêves sans entraves

Se sont heurtés à nos lois

 

On ne te protégera pas

Toi qui vient du bruit de la guerre

Qui t'es senti passer de vie à trépas

Tous les matins de la terre

 

Personne ne pansera tes blessures,

Se demandera comment tu peux survivre,

Quand la mort à cette allure,

A décidé de te suivre

 

Nous on est né du bon coté,

Alors on a le droit d'aspirer

A une vie meilleure,

Nos espoirs sont en fleurs …

 

Mais on attend de toi

De la résignation

Que tu ne viennes surtout pas

Sans invitation ...

 

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