Maroc: Scandale d’un intermédiaire entre justiciables et juges

Au Maroc, une vidéo montrant un intermédiaire entre juges et familles de détenus en pleine négociation fait scandale dans les réseaux sociaux. Filmé à son insu, le mis en cause propose aux filles d’une justiciable la réduction de sa peine moyennant une somme d’argent assez conséquente. Celles-ci essaient d’obtenir sa libération immédiate.

 

Le semsar de Casablanca agissant entre juges et justiciables © Rachid Barbouch


   La scène se déroule dans un véhicule où l’intermédiaire propose ses services aux filles d’une détenue pour intercéder auprès du président d’un tribunal de Casablanca afin de réduire la peine qu’elle encourt.

   «  Au lieu de 8 mois de prison ferme, je pourrais faire en sorte que la détenue ne soit condamnée qu’à deux mois de prison au vu des charges sérieuses qui pèsent sur elle », explique l’intermédiaire qui ne doute pas un seul moment qu’il est filmé par une caméra cachée. 

    En échange de ses « services », le mis en cause exige de ses interlocutrices une somme qui se monte à l’équivalent de 3 500 euros environ. Une fille qui apparaît dans l’enregistrement vidéo enrobée d’un niqab appelle sa maman en direct pour discuter du prix proposé.

   Une scène surréaliste qui rend compte d’une pratique assez courante dans les tribunaux marocains où les peines encourues par des justiciables sont parfois revues à la baisse ou éludée moyennant certaines sommes d’argent dépendant de la gravité de chaque affaire.

   Dans cette vidéo, l’intermédiaire dit connaître du monde dans le tribunal qui pourrait changer le cours du procès dont la tenue serait imminente :

   «  Le verdict tombera dans deux heures ou trois heures. C’est à vous de voir » , dit-il à ses interlocutrices. «  Il n’appartient qu’à vous de décider. Touria ( le prénom de la détenue) a déjà passé 20 jours en prison. Elle n’aura à purger que les quarante jours restants si vous êtes partantes pour un arrangement ».

   L’intermédiaire qui semble connaître les éléments du dossier de la détenue parvient à discuter directement avec celle-ci au téléphone.

    Prenant connaissance de l’existence de cette vidéo sur les réseaux sociaux, le parquet de Casablanca a ordonné l’arrestation du suspect déjà connu pour des faits d’escroquerie.

     Ledit « semsar », comme on dit dans la langue vernaculaire marocaine, en fuite, est activement recherché par la police judiciaire marocaine.

  

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