Pour un nouveau souffle républicain

Tribune. S’il est un enseignement qu’il nous faut tirer du second tour des élections municipales, en juin dernier, c’est bien un raz-de-marée de l’abstention, qui, emportant sur son passage toute légitimité aux maires nouvellement élus ou réélus, doit nous interroger sur la République que nous voulons pour demain.

Certes, les conditions sanitaires ont particulièrement impacté la participation lors de ce scrutin, et la crise que nous traversons prend une part importante dans ce rejet massif des urnes par les citoyens. Néanmoins, cette élection met en relief les failles importantes de notre système politique. Comment ce pays qui prétend être une démocratie peut porter dignement son nom lorsque les édiles de ses plus grandes villes sont pour certains élus avec moins de 15% des voix des électeurs inscrits ? Pour pallier à la grande crise démocratique qui touche notre pays depuis plusieurs années déjà et qui ne fait qu’empirer, il est urgent, aujourd’hui, d’abréger les souffrances d’une Cinquième République à bout de souffle et de faire émerger un système qui pourra à nouveau recréer un lien entre les français et leurs élus.

Un monde politique rejeté

Aujourd’hui, le monde politique et le monde dans lequel vivent les français sont opposés. D’abord, comme en témoigne un sondage publié récemment1, les français n’ont plus confiance dans les institutions. En effet, ils ne sont que 31% à faire confiance à la Chambre basse, 33% à Chambre haute et au Parlement européen, et seulement 30% à l’institution présidentielle. Enfin, seuls 35% des français trouvent que de la démocratie française fonctionne bien.

Il est donc urgent de réformer en profondeur le système politique et démocratique français, à commencer par les institutions qui engrangent le taux de rejet le plus élevé, au premier rang desquelles l’Assemblée Nationale.

Un système plus démocratique

Si le scrutin uninominal majoritaire a permis l’émergence de majorités stables dans le pays, il n’en reste pas moins un système particulièrement antidémocratique. D’ailleurs, la France est le seul pays de l’Union Européenne à n’insérer aucune dose de proportionnelle, même mineure, au cours de ses élections législatives. Et les résultats sont là : à peine 49% de participation lors des dernières élections législatives. Un taux historiquement bas en France, et particulièrement faible en comparaison des autres pays européens, comme par exemple de l’Espagne (66%), ou encore de l’Allemagne (76%).

Aussi, conformément au souhait exprimé par une large majorité de français dans les sondages d’opinion, il semble aujourd’hui important de mettre en place une proportionnelle intégrale, qui pourra fonctionner par départements (comme lors des élections de 1986), de façon à assurer une représentation de chacun des territoires de France tout en respectant le choix exprimé par les électeurs dans les urnes.

Mais cette réforme du mode d’élection de l’Assemblée Nationale n’aura vraiment d’effet que si la Chambre-basse retrouve des pouvoirs bien plus importants que ceux qu’elle a aujourd’hui. Cela passe par une déprésidentialisation du régime qui aboutirait en un Parlement souverain, à même de prendre des décisions par la voix du gouvernement, qui lui sera acquis.

Du côté des autres chambres, de nombreuses réformes s’imposent également : par exemple, la suppression du Sénat, approuvée par 60% des français, qui, en plus d’une institution coûteuse, n’a pas de réelle légitimité citoyenne puisqu’elle est élue par des élus eux-mêmes.

Enfin, si l’on peut comprendre la suppression des circonscriptions inter-régionales lors du vote pour les élections européennes, il devient urgent de supprimer cette barre anti-démocratique fixant à 5% de voix exprimées nécessaire pour qu’une liste puisse obtenir des élus, laquelle a privé 3,8 millions d’électeurs de représentation lors des dernières élections.

Pour une participation citoyenne

Mais toutes les réformes démocratiques présentées ici ne pourront se faire sans l’appui des premières personne concernées : les citoyens. En effet, un élu n’est légitime que lorsqu’il a l’appui de ses électeurs. S’il les perd, il doit alors quitter son poste. C’est pourquoi je propose ici que chaque élu, de quelque échelon que ce soit, dépose chaque année un bilan de mandat et que celui-ci fasse l’objet d’un vote. S’il s’avère que le vote traduit une validation de son action par les citoyens, alors l’élu sera automatiquement reconduit. Sans cela, il sera destitué et une nouvelle élection sera organisée. Cette mesure de démocratie doit permettre la réappropriation du pouvoir par les citoyens, qui la demandent d’ailleurs : en effet, 67% des français se disent favorables à la mise en place du référendum révocatoire.

La mise en place de ce référendum doit concorder avec la mise en place d’une série d’autres mesures de démocratie, telles que la mise en place du RIC (Référendum d’Initiative Citoyenne), de façon à ce que la population puisse elle aussi décider pour elle-même.

Nous vivons aujourd’hui dans une démocratie qui a perdu son sens, et qui, de soubresaut en soubresaut, tente de se sauver alors que cela n’est plus possible. Il est urgent, aujourd’hui, de mettre en place de nouvelles pratiques démocratiques (ce qui implique un changement de Constitution), qui doivent bien évidemment toutes être validées par référendum avant application. C’est ce à quoi j’appelle, en tant que  futur citoyen de la République, pour que le monde d’après ne soit pas un monde d’avant en pire mais une véritable société démocratique et solidaire.

 

 

 

 

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