quand la question sociale devient une question de societe

Le mouvement des gilets jaunes peut aboutir à un élan de citoyenneté,

QUAND LA « QUESTION SOCIALE »

(re)DEVIENT UNE QUESTION DE SOCIETE

 

 

Une des grandes interrogations contenues dans le mouvement des « gilets jaunes » se trouve dans le soutien massif qu’il rencontre auprès de l’ensemble de la population. Le « peuple » en se rendant visible et déterminé pour exprimer sa colère, fait trembler le pays. Le « populaire » n’est plus réduit à des débats théoriques et des figures de mode people, classé dans des catégories qui incluent ou excluent au gré des évènements qualifiés de sociaux.

Ce soutien populaire n’est pas nouveau. C’est une forme de délégation, accentuée par ce qu’on nomme les « réseaux sociaux ». Ce mouvement, ces paroles et les postures ne sont pas portées par des représentants syndicaux, politiques ou associatifs Les « gilets jaunes » se présentent ou sont représentés comme des gens ordinaires n’adhérant ou ne participant à aucune organisation ou activité sociale ou politique. « Bizarre mon cher cousin, vous avez dit bizarre » !

 Quelques milliers de manifestants deviennent les acteurs-porte-parole de millions de personnes scotchées devant leurs écrans.

Les lycéens du  « Contrat Première Embauche », les cheminots de 1995 et les participants aux manifestations des « plans-retraites » s’en souviennent avec un peu d’aigreur. Ils avaient le soutien de l’opinion ! Par des retraits flexibles des pouvoirs, ils ont payé plus tard leur audace revendicative. Quel va être le retour de bâton pour ce moment présent?

Il ne faut pas se faire d’illusions sur les forces réelles et leurs profondes divisions sous l’apparence d’un mouvement uni par la colère. La puissance de la réaction de ceux qui détiennent les clés de l’opinion et des ressources économiques et financières se fera sentir dans quelques temps. Ils possèdent les outils, les cadres et les appareils pour siffler le fin de la récréation en conservant leurs moyens d’ancrage dans les réseaux du pouvoir économique, financier et répressif dont ils délèguent la responsabilité politique à ceux qui leur font allégeance pour bénéficier à leur tour  des bienfaits du « système ». Pas question d’entrer dans la théorie du complot, ce n’est pas de cela dont il s’agit ; la lucidité sur la réalité du pouvoir  économique et social suffit quand on regarde la tragique réalité de l’impuissance, de la division et des fausses espérances du bien être individuel réservé à une minorité. Cela conduit à la frustration et à la protestation sans construction d’une alternative démocratique, sociale et laïque comme l’exprime l’article premier de notre Constitution.

L’économie et la finance ne se décident pas à Bercy ou à l’Elysée, les institutions politiques obéissent à des injonctions venant de très loin et de très haut visant à réduire le monde à une entreprise composée d’actionnaires, de producteurs et de consommateurs agissant sous l’œil pas toujours attentifs mais toujours cupide – ce sont les crises - de leurs banques et de leurs propriétaires. Cela fonctionne, quitte à détruire les emplois, à expulser les migrants fuyant les guerres et la misère et à reléguer les populations pauvres à la résidence forcée « dans les angles tranchants des cités exilées au large du business » ! Tous ceux qui n’ont pas la chance d’être au bon endroit au bon moment doivent de résoudre à accepter le monde tel qu’il est.

Marine LE PEN peut être l’alternative momentanée, des techno-politiciens peuvent assurer la suite en s’appuyant sur les appareils répressifs.  Peut être qu’un milliardaire, un militaire ou un ancien secrétaire général d’un syndicat de la police,  pourraient remettre de l’ordre dans tout ce bordel ?  On ne sait pas mais tout est possible car en face, c'est-à-dire là où la parole d’un peuple mythique socialement mais réel politiquement n’est plus porté par des partis, des organisations sociales et culturelles c’est le vide et la panique. Dépassés et relégués à un rôle de figuration le million d’élus, de secrétaires généraux et de présidents, de délégués de toutes sortes, de conseillers et d’experts de toute nature se voient assignés au rôle de spectateurs et de commentateurs d’un mouvement que personne ne voyait venir mais dont tout le monde justifie après coup l’existence.

Alors chacun tente de s’accrocher aux wagons par des déclarations allant de la compréhension condescendante à la rupture immédiate par une dissolution de l’assemblée nationale et de nouvelles élections. L’Italie à quelques longueurs d’avance. D’autres enfin voient dans l’état d’urgence ou la mobilisation de l’armée le moyen de rétablir l’ordre sans pour autant s’interroger sur les conséquences d’une telle proposition. Ils font de la lutte contre l’injustice un délit comme au bon vieux temps de l’écrasement des révoltes paysannes et ouvrières. L’Etat et la justice ont suffisamment de moyens pour mettre un terme aux dérives et aux excès provoqués par la colère ou organisés par des groupes connus dont le but est de détruire et de provoquer pour semer le chaos dont ils espèrent tirer profit. 

Ce désordre, cette chienlit comme disait un célèbre général fait penser à cette période d’incertitude durant le beau mois de mai en 1968 quand de Gaulle est allé voir Massu pour lui demander conseil et s’assurer du soutien des militaires pour rétablir l’ordre. En dehors des images de voitures qui brulent à Paris, des gaz lacrymogènes et des pavés lancés, de quelques barricades, très précaires novembre 2018 est tout le contraire de mai 68.

Le mouvement de mai démarre à Paris, il sera suivi dans quelques grandes villes et rien ne se passait ailleurs sauf au moment des grèves dans les villes industrielles marquées par une tradition des luttes ouvrières. Les casseurs et les pilleurs de magasins ne profitaient pas des manifestations pour exercer leurs sinistres activités et la police n’hésitait pas à foncer dans le tas en usant de la matraque. La classe ouvrière existait encore, encadrée par un syndicalisme qui ne craignait pas d’afficher un projet de société : autogestionnaire se référant à la social-démocratie pour les uns, étatique et socialiste, sous l’autorité d’un Parti Communiste pour les autres. L’habilité du pouvoir en place et surtout la crainte du PCF de voir s’installer un pouvoir qui ne lui semblait pas à l’ordre du jour compte tenu de la politique étrangère du gaullisme se traduisait par une « gestion  sociale »  du mouvement aboutissant au constat de Grenelle qui renvoyait les négociations dans les branches professionnelles.

Le mouvement étudiant éclaté en de multiples chapelles manquait  sa jonction avec les salariés et tout rentra dans l’ordre après une grande manifestation de la droite et l’extrême droite sur les Champs Elysée, le retour de l’essence dans les stations services et l’augmentation de 30% du SMIC permit le retour de bouchons pour les départs en vacances. Après la dissolution de l’assemblée nationale la droite remporte très largement les élections législatives et la vie continue ! Sauf pour quelques milliers de « soixante-huitards » qui se retrouvent perdus sur le carreau de l’espoir révolutionnaire. Ils avaient rêvé leur vie précaire et misérable en espérance de solidarité et du bonheur du peuple ; certains d’entre eux, encore en forme, sont peut être sur un barrage, le gilet jaune autour du torse.

Marc Bloch écrivait que l’histoire est « la science du changement », dommage que lui et son compagnon Lucien Febvre fondateurs des « Annales » ne puissent nous éclairer sur ces cinquante années de mutation et de transformation sociale et culturelle.

Entre les révolutionnaires d’hier comme Alain Finkielkraut et Daniel Cohn-Bendit dans les défilés et les réunions enfumées et les « gilets jaunes » d’aujourd’hui sur les ronds points de supermarchés et les péages d’autoroutes comme Kevin et Alice, un gouffre sans fond semble s’être creusé. Ils ne lisent pas leurs bouquins et se fichent de leurs commentaires audio-visuels. Leurs colères  ne sont pas théoriques, analytiques ou  métaphysiques. Elles s’expriment par une profonde frustration, un ressentiment où le « y-en-à-marre,  le ras-le-bol et le on n’en n’a plein le cul » généralisé se rapportant à tout ce qui touche à une vie quotidienne de plus en plus difficile à gérer et à supporter. Ce sont les Jacquou, les Croquants de la « province » et des larges périphéries, ceux qui ont dû aller chercher loin leur terrain à bâtir ou le lotissement pour s’installer comme on les encourageait à le faire dans leur pavillon, leur « résidence » où tout déplacement doit se faire en voiture.

Les (re)sentiments s’expriment et de nouvelles solidarités naissent entre des gens qui partagent du temps et du mauvais temps à bloquer, filtrer, briser, dénoncer et quelquefois chanter pour attirer l’attention et faire entendre leurs voix, leurs doléances, en criant leur volonté d’être gouverné autrement. Ils ne se reconnaissent dans aucun schéma établi par les spécialistes invités sur les plateaux TV, ils sont de toutes les opinions et contestent leur propre représentation par des personnes autoproclamées où séduites par l’idée de passer à la télé. Ils n’ont pas eu peur d’aller dans les beaux quartiers de Paris dont certains découvraient pour la première fois le luxe et la splendeur. On connait la suite de ce rassemblement que l’on ne peut appeler manifestation.

Le gouvernement cède sur les taxes et l’augmentation de l’énergie, il cherche des interlocuteurs, convoque les partis et invite les syndicats à la discussion. Il souhaite des débats dans ce qu’il appelle les territoires sans programme et projet d’organisation. Des maires « ruraux » ouvrent des cahiers de doléances. Des appels à la radicalité pour une prochaine manifestation se multiplient sur internet, les commentateurs professionnels annoncent le pire pour les jours à venir. C’est toujours l’impasse car plus rien n’est pensé et proposé en terme de projets, de solutions possibles et de propositions concrètes pour s’attaquer aux questions qui finalement unissent ce mouvement : l’injustice, les inégalités et l’impossible espoir de vivre dignement de son travail parce qu’il est sous-payé ou inexistant !

La situation est étonnante, les lycéens engagent le bras de fer avec le pouvoir avec le soutien dans les deux sens des gilets jaunes, Les agriculteurs préparent une manifestation et la CGT en appelle à une autre le 15 décembre, la marche pour le climat est maintenue et les policiers n’en peuvent plus d’être sollicités. Les commerçants voient leurs chiffres d’affaire baisser et la grande fête de la consommation de la fin de l’année est compromise, le patronat très silencieux est invité à verser une prime détaxée aux salariés et ceux qui ont les moyens ont déjà réservé leurs séjours au soleil ou à la montagne qui attend la neige. Encore une raison d’exprimer son mécontentement pour les professionnels des loisirs hivernaux après les agriculteurs victimes de la sécheresse ! Mais que fait donc Macron ?

Pourquoi ce pouvoir avec des gens si bien éduqués et brillants qui le dirigent et l’encadrent est-il incapable d’apporter des réponses positives et concrètes à ceux qui n’en peuvent plus, à tort ou à raison, d’être déconsidérés ? Des décennies de « ils n’ont qu’à payer » ! En attendant,, les bénéficiaires des cadeaux fiscaux hésitent à mettre leur argent, à condition qu’il rapporte encore plus, dans des activités économiques qui pour la plupart ne se gèrent plus à l’échelle d’un pays. C’est la fumeuse théorie libérale du ruissèlement. La richesse des quelques uns permet de réduire la pauvreté du plus grand nombre. Peut être qu’avec des mots plus compliqués cette formule du XIXème siècle est toujours enseignée dans nos grandes écoles ?   Le « en même temps » ne fonctionne pas lorsqu’un premier ministre annonce la suppression de la hausse des taxes et la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique. L’idée d’utiliser les taxes existantes pour les répartir différemment, en faisant avec ce que l’on a,  en mettant en place une fiscalité plus juste,  pour faire de la transition écologique un véritable enjeu de société doit être possible. Pour cela une autre répartition de la contribution de chacun doit être mise en place.

Pourquoi l’écologie et ceux qui s’en réclament sont-ils devenus les ennemis de toute une catégorie de la population ? Les pouvoirs en place on fait du citoyen un consommateur qui par son comportement irresponsable serait à l’origine des dérèglements climatiques et des pollutions. Cette vision paresseuse et insupportable trace une ligne de fracture entre les populations urbaines et bien nanties de toutes sortes d’avantages et ceux qui s’estiment insultés par les donneurs de leçons sur le bien vivre. C’est « Lidl» contre « la Vie Claire » alors que la chaîne allemande à bas salaires pour ses employés et à bas prix pour ses clients à ses rayons bio comme toutes les grandes surfaces, l’entre-soi et plus fort que tout donnant à la « lutte des classes » une toute nouvelle dimension.

Et, « si » la TVA n’était pas la même pour les produits bio et les autres produits et, « si » les agriculteurs, les maraîchers et les éleveurs se mettant au bio et à l’agriculture plus raisonnées comme ils disent, se trouvaient vraiment soutenus financièrement et aidés techniquement et, « si » les mesures sur l’emploi, les retraites et les services publics  devaient conduire à la prospérité et à l’emploi plutôt qu’à l’accentuation des inégalités ? Encore des « si » qui ne font pas un programme mais qui interrogent comme les promesses des discours.

L’impatience vient de l’accumulation des attentes et des postures politiques qui restent figées dans une légitimité institutionnelle se moquant de la source et des circonstances qui sont à  l’origine de ce qu’on nomme une crise, alors qu’il s’agit finalement de l’ordre des choses imposées par la mécanique implacable de qu’il faut bien appeler le « système ». Cette délégation de pouvoir temporaire plus ou moins limité que l’on appelle la démocratie ne saurait être considérée comme une parenthèse et une technique de gestion sociale n’aboutissant à rien d’autres qu’une sorte de mi-temps permettant de rester au pouvoir pour les uns et survivre pour les autres. C’est elle qui est en danger et qui est la solution.

Les « gilets jaunes » bousculent  la politique en dehors des principes et des règles établies, sans attendre les prochaines échéances électorales dont ils désespèrent depuis longtemps. Cela bien entendu offre un terreau pour les professionnels de la manipulation et de la provocation des « masses » pour apparaître ensuite comme des recours pour imposer « l’ordre nouveau », Quelques bataillons bien entraînés peuvent parfaitement déstabiliser une foule en colère. Nous n’en sommes pas encore là, mais certains y pensent.

Le président de la République a réussit à cristalliser contre sa propre personne toutes les colères – on parle de haine – en raison d’un silence que l’on prend pour du mépris et d’une arrogance héritée par un esprit de caste qui habite tous ceux qui s’estiment au-dessus de la mêlée en raison de leur pédigrée bien rempli. Ce ne sont pas  les « catégories sociales et professionnelles supérieures (les CSP+) qui vont descendre dans les rues ou devant les grands magasins chics pour crier « Macron tiens bon, ne baisse pas ton pantalon ! ».

Gouverner un pays sous la contrainte des règles imposées par un modèle global entièrement soumis à la puissance du capitalisme à la fois destructeur et créateur de la richesse du monde n’est pas chose facile, il faut bien l’admettre. C’est le défi imposé à la communauté des femmes et des hommes peuplant la planète dont l’existence est menacée par l’avidité de quelques uns au détriment du bien être de tous.

Gouverner d’en haut, sur des cartes et en lisant des rapports fait perdre le sens de la réalité des choses. N’entendre que ses obligés, ses employés et ses courtisans conduit au désastre si les contre pouvoirs de l’information libre et plurielle n’existent pas. Les représentants des citoyens, des salariés et les multiples représentants élus des différentes instances de la vie économique, sociale, éducative et culturelle ne peuvent rester silencieux en courbant le dos dans l’attente de la fin de l’orage.

Que faire ? Comme disait « l’autre » qui n’a pas vraiment réussit dans son aventure même si son histoire ne peut être réduite à un échec quand on sait comment un immense pays fractionné entre une élite urbaine bien éduquée et on monde rural quasiment féodal a pu devenir une grande nation moderne et cultivée. L’histoire n’a rien à voir avec la prédiction mais elle aide à savoir et à comprendre pour que ses « leçons » permettent de nous affronter au présent et à penser l’avenir. La protestation des « gilets jaunes » n’est pas une Jacquerie – il y a longtemps sue les paysans sans terre et les petits cultivateurs ont disparu -. Ce n’est pas non plus un mai 68 répétitif ou à l’envers - les acteurs ce sont rangés dans leurs placards dorés et les figurants calculent pour payer le prix de leur placement en EHPAD -. Ce n’est pas un mouvement social au sens où l’on désigne ainsi les grèves, les manifestations organisées par les organisations syndicales, - elles ont leurs propres crises à gérer dans leurs directions et se trouvent affaiblies par la perte de leurs adhérents, le chômage massif et les coups que le patronnât avec le gouvernement ne cessent de leur porter-. Ce n’est pas un défilé de protestation ou d’affirmation pour une cause, un projet contesté –on est loin des ZAD, de la violence faite aux femmes-! Ce n’est pas non plus l’émeute dans un quartier que le politiquement correct appelle « sensible » qui attend peut être son heure pour apporter son huile sur le bûcher des illusions perdues. Mais c’est peut être tout cela « en même temps ».

Alors, Monsieur Le Président, Mesdames et Messieurs les ministres et les parlementaires il va falloir « aller au charbon » en s’engageant concrètement. Des forums, des états généraux, des colloques, des assises, ces consultations et ces débats qui arrivent plus d’un mois après le déclenchement du mouvement et les violences des rassemblements de Paris avec la grande mise en scène sécuritaire obligent à des résultats pour donner aux « gilets jaunes » réels et virtuels des réponses concrètes. Pour cela il ne faut pas faire de cette protestation une fièvre sociale que l’on soigne à coup de mesures et de cadeaux ponctuels dont chacun sait qu’ils seront récupérés d’une manière ou d’une autre un peu plus tard. La « crise » est sociétale, c'est-à-dire politique au sens que le gouvernement d’une nation ne peut se faire sans entendre, comprendre et soutenir son peuple.

Les bas salaires, le chômage, l’habitat insalubre et de relégation ne sont pas des problèmes « sociaux » mais des problèmes de société, tout comme l’éducation, le droit à la santé et à la culture. Connaître le préambule de notre Constitution, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et le préambule conservé de la Constitution de 1946  représente la première des conditions d’une responsabilité citoyenne

Oh le naïf, le tendre benêt qui joue à l’analyste sans titre académique, médiatique et croit au père Noël en distribuant des bonbons sous la forme de déclarations dont personne ne connait le contenu et dont on accepte l’absence comme une promesse de plus qui n’a jamais été tenue. Il persiste et signe avec son expérience d’un long engagement syndical, social et culturel. Fort des poings fermés dans ses poches pendant les discours patriotiques, à 15 ans alors apprenti, aux obsèques de son cousin, simple cheminot, mort à 22 ans en Algérie, des coups de matraques évitées de justesse dans les manifs, de l’occupation du hall d’une banque pour recevoir sa paye avec ses camarades abasourdis de perdre leur emploi, de grèves protestataires pour contester des gestions aberrantes, de mandat syndical sans statut permanent pour représenter des travailleurs et leurs familles perdant l’espoir d’une vie meilleure pour leurs enfants en voyant la destruction de leurs mines, leurs usines sans autre alternative que celle de faire 60 km et passer une frontière pour trouver du travail.

Ces textes qui fondent notre République sont le résultat des luttes pour la dignité, ils fondent notre citoyenneté française et républicaine : la révolution de 1789 et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen ; la résistance et la lutte contre l’oppression et le racisme du préambule de la Constitution de 1946 annonçant « les jours heureux ».

Les « gilets jaunes » doivent continuer leur lutte en faisant l’effort ultime d’être des citoyens intransigeant sur les valeurs de la République. Quitte pour cela à se donner les moyens du débat et de la représentation. Peut être que le mouvement des « gilets jaunes » renversera cette logique monarchique du pouvoir en donnant réellement aux corps intermédiaires et aux représentants de la nation et des collectivités des capacités décisionnelles pour intervenir dans la vie publique et dans les entreprises, Ils ne peuvent rester de simples observateurs que l’on consulte de temps à autre sans aucun pouvoir de décision. La question de la démocratie comme celle de la citoyenneté qui en est la source ne se pose pas en termes de cadeaux ou de mesures sociales visant à faire du « nous » un troupeau obéissant et silencieux. Le salaire, la retraite, le fruit du travail quotidien de l’agriculteur et de l’entrepreneur forment la première des richesses avec laquelle s’organise la protection sociale, l’éducation, l’aménagement du territoire… Rien n’est évident lorsqu’il faudra choisir et décider et la seule colère ne suffit pas pour aboutir aux transformations indispensables,. Il ne s’agit pas de se taire et de rentrer chez soi en attendant que d’autres décident ce qui est bien pour le peuple et même la planète.

Le président de la République, à condition qu’il ne refasse pas le coup du « je vous ai compris », peut de son piédestal institutionnel répondre à cette angoisse collective en s’interrogeant lui-même sur le « gouvernement » du pays.  Non pas sur les femmes et les hommes, qui ne sont, paraît-il ni de droite, ni de gauche, mais sur ce qu’ils incarnent et produisent dans les décisions qu’ils sont chargés d’appliquer. Peut être peuvent-ils tous, se rendre compte que « le bonheur du peuple » ne se réalise pas sans lui !

Il faut que toutes les forces qui fabriquent, étudient, enseignent, éduquent, créent, soignent, protègent, entretiennent et construisent se mettent en mouvement une nouvelle fois pour donner une vrai chance aux générations futures de vivre dans la liberté, l’égalité et la fraternité.

 

Raymond Bayer

7 décembre 2018,  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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