revenir aux fondamentaux ela formation

11ème CONFERENCE REGIONALE

CGT LORRAINE

10 et 11 juin 2015 – VERDUN

 

 

 

 

Revenir aux fondamentaux de la formation professionnelle initiale et continue

 

 

 

La formation professionnelle apparaît comme une activité définitivement liée aux « performances de l’entreprise »  dont le MEDEF - aujourd’hui -  devient le publiciste et l’ordonnateur au détriment de l’intérêt de ceux qui en sont les acteurs principaux : les salariés, les sans emplois, les jeunes à la recherche d’une première qualification professionnelle. L’Etat, les Régions compétentes en matière de formation professionnelle et d’apprentissage se sont rangés derrière les exigences patronales en faisant de la formation professionnelle une activité économique intégrée au « marché de l’emploi » visant à une  mise en concurrence permanente des « offres de formation » et a un véritable système de gestion du chômage en individualisant à l’extrême les itinéraires et les parcours de ceux qui pourraient bénéficier d’une formation. Allant jusqu’à réintroduire une sorte de « livret ouvrier » où chacun se voit attester une démarche formatrice servant de sésame pour un emploi dont la quantité et la qualité n’ont rien à voir avec la réalité d’une situation économique et sociale désastreuse pour des millions de personnes dans notre pays. Plus de cinq millions de personnes à la recherche d’un emploi, d’autres millions de personnes, un enfant sur cinq, vivent sous le seuil de pauvreté. Cela ne fait pas des millions de cas individuels qu’il convient de régler cas par cas mais un problème de société ! Sauf à raisonner comme les chantres du néo-libéralisme dont Madame Thatcher c’était inspirée pour déclarer que « la société n’existait pas » ! Cette logique implacable visant à subordonner toute transformation sociale aux seules règles de l’économie du marché, elle-même mise sous la tutelle de la rentabilité financière, creuse d’avantage les inégalités et soumet les peuples et les Etats aux pressions idéologiques et financières d’un modèle transformant toutes les activités humaines en marchandises dès quelles peuvent générer un profit.

C’est le cas de la formation dont l’objet et le sens ne vise pas à donner à la fois socialement et individuellement des bases ou des outils permettant d’apprendre, créer, construire, réfléchir, débattre, connaître, critiquer, aimer ou ne pas aimer, argumenter, découvrir, prendre soin, entretenir, préserver, projeter… ! La formation professionnelle doit être immédiatement rentable, fondée sur la compétition et liée à la tâche plus qu’au métier, sélective dans un ordre entrepreneurial inamovible où la finalité se mesure, s’évalue et se gère sur les seuls critères de la rentabilité. La formation professionnelle initiale et continue devient une sorte de « technologie sociale », complexe gérée par le haut dans des instances et des institutions comptabilisant des coûts, des heures, des entrées et des sorties, des parcours et des dispositifs laissant peu de places à la véritable « ressource humaine » générée par l’activité humaine dont le travail, payé ou gratuit, nécessite des savoirs, de l’expérience, un environnement et des relations permettant simplement de vivre et de maîtriser, avec toutes les limites qu’imposent l’histoire et la nature, un monde en constante mutation.

Choisir une formation aux jeunes sortant de l’enseignement, validé un dispositif, organiser un dispositif de formation visant à une qualification, trouver des lieux de stages et des intervenants, accompagner des apprenants dans leurs démarches, gérer et justifier son activité s’imposent à tous ceux qui occupent une place dans cette sphère occupée désormais par des spécialistes préservant leurs positions pour éviter toute remise en cause de l’appareil qu’ils sont les seuls à maîtriser. Il est désormais inconvenant de s’interroger la formation elle-même, sa finalité et ce qu’elle génère pour les femmes et les hommes qui en sont les acteurs et non les instruments.

 

Le préambule de notre Constitution, reprenant celui de la Constitution de 1946, dit :

« La nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir d’Etat ».

Inspiré par le Conseil National de la Résistance ayant publié pendant l’occupation sa charte fondatrice intitulée « les jours heureux » le préambule de la Constitution fait entrer pour la première fois dans l’histoire de notre République la dimension d’une citoyenneté économique et sociale.

 

 

Cet engagement est toujours fragile et remis en question par ceux qui voit dans cette République indivisible, laïque, démocratique et sociale  un obstacle au libéralisme déchaîné qui d’après eux pourraient être la seule solution prometteuse pour une France entreprenante, débarrassée de toute contingence sociale et culturelle.

Il ne faut pas céder à cette tentation qui se cache derrière une sorte de rationalisme, une technicité et de l’expertise comparative ne visant qu’à troubler ceux qui souhaitent et cherchent une autre issue au modèle de société qu’ils veulent nous imposer. A chacun d’entre nous isolé dans une commission, une instance, une administration ou un employeur voulant imposer sa logique de rentabilité pour agréer ou refuser une formation initiale ou continue de poser trois questions :        

 

  1. Cette formation qu’elle qu’en soit sa pédagogie et son contenu technique ou scientifique, s’inscrit-elle dans un projet d’émancipation individuel et collectif pour ceux qui y sont engagés ? Emanciper c’est rendre autonome, capable de juger et d’agir, c’est être libéré des préjugés. Rendre la personne en formation responsable de sa démarche, l’apprenant est acteur il est plus qu’un client ou un stagiaire, il s’inscrit dans les principes de la citoyenneté sociale, économique et politique –sans distinction d’origine, de religion, de croyance-.
  2. Cette formation doit être qualifiante elle est fondée sur l’apprentissage, le perfectionnement, l’acquisition de savoirs techniques et scientifiques, de connaissances et de maîtrises développant des capacités d’expressions, d’analyses et d’argumentations plaçant la personne et son groupe dans un environnement social, économique, historique, géographique. La qualification appartient à celle ou celui qui se forme. Un maçon au plus haut niveau de ses compétences est un maçon, qu’il travaille pour lui-même, chez Bouygues ou dans une commune.
  3. Cette formation doit être promotionnelle en permettant une amélioration du statut qu’il occupait avant de l’entreprendre ou de changer soit d’activité ou d’employeur pour utiliser ces nouvelles qualifications lui assurant un meilleur salaire en  améliorant  les conditions individuelles et collectives du travail.

 

Ces trois conditions sont une manière de réinterroger notre manière de faire et de penser la formation, elles ne règlent pas les problèmes concrets qui se posent directement dans des instances de gestion de la formation, mais elles peuvent – peut être – nous rappeler pourquoi nous sommes présents, en tant que représentants des salariés, dans ces instances.

 

A Lorry le 10 juin 2015

Raymond Bayer

 

 

 

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