Mais que fait la police ?

Un contexte politique et social qui s'ajoute à toutes les peurs nous oblige comme toujours à revenir à quelques fondaentaux

Mais que fait la POLICE-1 ?

Ouvrir son journal devient une épreuve à la lecture des faits divers : accidents, incendies, crimes et délits de toutes sortes. Ils remplissent les pages de drames familiaux, de déviances, de violences et de haines. Sans compter les arnaques, les escroqueries et cette misère sociale faite de licenciements, de chômage de longue durée et de vie « sous le seuil de pauvreté ». Pas un jour sans qu’une femme ne soit violentée, assassinée par un conjoint, ex ou actuel !

Dans ce même journal j’ai pu lire que dans un quartier 40% des habitants vivaient sous cette barre de la pauvreté et 40% des jeunes de cette cité n’avaient pas d’emplois.

Quelques pages plus loin des enfants construisent des nichoirs, ils sont photographiés avec leurs enseignants habillés dans de belles chasubles blanches et jaunes pour nettoyer les abords de leur village et l’on voit des bénévoles solidaires, des entrepreneurs entreprenants et des artistes et des sportifs heureux de reprendre leurs activités. Les contrastes de la vie en société sont ainsi faits. Ajoutons à cela une pandémie catastrophique, des menaces et des angoisses liées à un état du monde chaotique où se mêlent les attentats, le réchauffement climatiqueEt, vous aurez de quoi faire de la peur, de toutes les craintes et du retour des préjugés à la recherche de coupables, les ingrédients de la confrontation polémique politique qui ouvre une période électorale favorisant toutes les surenchères médiatiques et réveillant de son demi-sommeil une extrême droite avide de revanche. Elle se met en scène et offre ses services pour l’éternel « ordre nouveau » sous des bannières sortie de la naphtaline des placards de Drumont, Gobineau et Pétain.

Mais que fait la POLICE -2 ?

La police ou les polices ? Difficile de se retrouver dans ces différents corps et services chargés d’assurer la sécurité, l’ordre et la protection des personnes et des biens pour assurer une paix civile dans le cadre des lois. Elles-mêmes inspirées des principes inscrits dans notre Constitution, héritière de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dont son article 2 dit : « le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sureté, et la résistance à l’oppression ». Ainsi dans notre Etat/Nation, la France, la sureté que l’on peut traduire par sécurité est un droit naturel et imprescriptible ! Assujetti à la règle fondamentale de la séparation des pouvoirs entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, comme étant la condition essentielle à la définition d’un Etat Démocratique.

Tout cela peut paraître fort ennuyeux et ressembler à une leçon primaire de droit constitutionnel. On sait qu’il ne suffit pas d’inscrire sur du marbre notre devise républicaine ; liberté – égalité – fraternité, pour que tout ce qui fonde notre République devienne une réalité. C’est entre autres, une des raisons de la création et de la nécessité permanente de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen. Elle agit au nom de ces principes, pour dénoncer ceux qui les bafouent, informer ceux qui les ignorent et défendre tous ceux qui sont victimes de l’arbitraire et de la violence d’où qu’ils viennent pour assurer à chacun et à tous l’égalité en dignité et en droit de chaque être humain (déclaration universelle des droits de l’homme de 1948). Et, si c’était cela la « résistance à l’oppression ?

Mais que fait la POLICE -3 ?

Elle manifeste devant l’Assemblée Nationale ! Avec ses nombreux syndicats en concurrence et son ministre de tutelle qui n’hésite pas à « mouiller sa chemise » en étant présent à la manif ! D’autres personnalités politiques qui d’habitude s’opposent dans l’hémicycle d’où sortent nos lois écoutaient les orateurs et semblaient approuver cette protestation mettant en cause le « laxisme » de la Justice !  Allez comprendre quelque chose à tout cela, comme s’il n’y avait qu’une seule question : sommes-nous pour ou contre la police ?

On peut toujours imaginer un monde raisonnable et parfait sans qu’il soit nécessaire de se protéger et de punir.  D’autres ne voient le monde que comme un déchaînement permanent d’agressions et de violences en regardant chaque voisin ou inconnu avec méfiance comme un ennemi potentiel.  Ce manichéisme habite les sociétés et la réalité complexe et contradictoire de la vie ne nous met à l’abri de rien si nous refusons ou si nous ne pouvons être les acteurs de notre « vivre ensemble ». La police agit dans le cadre de la loi et sous les ordres d’un pouvoir exécutif qui doit lui assurer les moyens d’assurer ses missions grâce à la « contribution commune indispensable ; elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés (article 13 de la D.D.H C) ». Des organisations syndicales de policiers qui manifestent peut aussi apparaître comme un bon signe de la santé démocratique d’un pays. Mais attention à une trop grande naïveté où les craintes légitimes, les moyens insuffisant et la protestation justifiée peuvent se transformer en instrument de combats contre cette démocratie attaquée de toutes parts Les policiers sont des citoyens comme les autres, ils vivent comme chacun d’entre nous cette crise politique profonde qui traverse notre pays. Il faut entendre ce qu’ils ont à dire, ils doivent également écouter ce qui doit se dire au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

 

Raymond BAYER

 

 

 

 

 

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