1er Mai : l'imposture de Sarkozy

Cliver à tout prix, telle semble être la démarche choisie par le président sortant. Sa dernière initiative en date, l’organisation d’un rassemblement au Champ de Mars  le 1er mai pour célébrer le « vrai travail ». Le locataire actuel de l’Elysée est toujours fâché avec l’Histoire qu’il interprète selon son intérêt du moment et les circonstances. Nous avons eu la « relecture » de la lettre de Guy Moquet, les diatribes contre le programme du Conseil National de la Résistance que ses proches encourageaient à détricoter. Aujourd’hui, c’est au 1er Mai qu’il s’attaque… Une date symbolique pour le monde du travail (salariés en activité, retraités ou chômeurs). Pour mémoire, c’est à Chicago qu’eurent lieu les premières grèves et manifestations le  1er Mai 1886 (et les jours suivants…) avec pour mot d’ordre la journée de 8 heures . La répression fut aveugle et sanglante... Comme l’a reconnu Paul Lafargue (gendre de Karl Marx et auteur d’un ouvrage célèbre : « Le droit à la paresse») : « Par leur grève immense, ce sont les Etats Unis qui ont inauguré la série des manifestations du 1er Mai »*. Le mouvement fait tâche d’huile. En France, en 1889, l’idée d’une journée international du travail prend corps dans le mouvement ouvrier (associations de travailleurs et partis ouvriers…), avec toujours  comme axe central de revendication la journée de 8 heures : « parce que la journée de 8 huit heures, c’est avec huit heures de sommeil, huit heures de loisirs, c'est-à-dire de vie, de liberté et d’action pour la classe ouvrière » peut on lire dans l’appel à une Manifestation Internationale du 1er mai par le congrès international ouvrier socialiste de Paris. C’est ainsi que  le 1er  Mai 1890 eurent lieu les premières manifestations dans toute la France sur la base  des revendications de la classe ouvrière. Dès lors, chaque année à l’initiative des syndicats ouvriers, le 1er Mai devint un rendez vous revendicatif en France comme ailleurs en Europe et outre Atlantique au grand dam de la bourgeoisie et des classes possédantes lesquelles trouvèrent leur revanche  pendant l’intermède Pétain. Après avoir interdit toutes les organisations de la classe ouvrière (syndicats et parti), puis instauré un système corporatiste à la botte ou acquis au pouvoir, Pétain  s’attaqua au  1er Mai pour en faire  « une Fête du Travail » tenant à la fois du 1er mai hitlérien et du 1er mai phalangiste, symbole de  « paix sociale   à l’aube d’une ère nouvelle… » Pour cette Fête du Travail » new look ,dans la  terminologie pétainiste, c’est fini ce « symbole de  division et de haine » et « d’idéologie malsaine de la lutte des classes » et place à « celui d’union et d’amitié » !  Mieux encore : dans une France reconstruite, le 1er Mai n’exprimera plus « la plainte des prolétaires »  mais « le triomphe du travail dans l’ordre, la joie et la liberté ». Bref, « Arbeit macht frei » ! « L’histoire nous mord la nuque », pourrait-on dire en entendant aujourd’hui le président sortant voulant célébrer « le vrai travail » lors d’un rassemblement qu’il souhaite le 1er mai. Chassez le naturel, il revient au galop. Pour draguer l’électorat de Marine Le Pen, il n’hésite pas à reprendre les fondamentaux du Front National (puisés à la source frelatée du pétainisme et de   l’extrême droite) l lequel de son côté  fête Jeanne d’Arc le 1er mai… depuis 1988. C’est donc face à cette double provocation, celle d’un sortant aux abois et celle des nostalgiques d’une triste période de notre histoire qu’il faut répondre par un 1er  mai de luttes et de solidarités à l’initiative des syndicats ouvriers  et soutenu par les partis de gauche.

Raymond Défossé

*relire  l’ouvrage de Maurice Dommanget « Histoire du Premier Mai » m’a été bien utile !

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