SAMU de Strasbourg. Jeter l'hôpital en pâture …

La diffusion grand public de la bande enregistrée du SAMU de Strasbourg jette un peu plus le discrédit sur l'hôpital public et ses structures d'urgences. Certes, une erreur grave semble avoir été commise par l'assistante de régulation médicale ayant réceptionné l'appel de Naomi, la malheureuse patiente décédée. Cet événement mérite cependant d'être analysé à l'aulne de la dégradation des conditions de gestion de la permanence des soins et de la situation explosive dans l'ensemble des hôpitaux. En vingt ans le nombre de passages annuels aux urgences est passé de 7 à 18 millions/an. Les équipes d'assistants de régulation et de médecins des centres 15 sont submergés d'appels dont beaucoup relèvent de la médecine de ville. Un centre d'appel du 15 traite en moyenne 1000 dossiers par jour dont seulement 3% génèrent l'envoi d'une équipe médicale de réanimation. En 2015, M. Jean-Yves Grall (actuel Directeur de l'Agence Régionale de Santé Auvergne Rhône-Alpes) soulignait, dans un rapport consacré aux urgences, "un affaissement de la permanence des soins ambulatoire (= "de ville") … et une déresponsabilisation de facto de la médecine libérale". Il notait aussi "le cercle vicieux de démotivation" des personnels hospitaliers soumis à "une gestion industrielle de situations intriquées dont le rapport avec l’urgence est le plus souvent très ténu". Comment s'étonner que des accidents aient lieu dans de telles conditions ? La Direction Générale de l'Offre de Soins (DGOS) prévoit de faire encore 6,2 Milliards d'Euros d'économie dans les hôpitaux les 4 prochaines années, dont 1,2 Milliards sur les dépense de personnels, ce qui correspond à 30 000 postes en moins dans les hôpitaux. Comment imaginer une meilleure écoute du patient dans ces conditions ?

Par ailleurs, comment cet enregistrement du SAMU de Strasbourg a-t-il pu fuiter dans la presse ? Un tel enregistrement fait partie du dossier médical confidentiel du patient. L'affaire remonte au mois de décembre

Le 26 mars une centaine de soignants et médecins de Strasbourg (dont nombre de professeurs et chefs de services) manifestaient devant l'Agence Régionale de Santé et déclaraient vouloir porter plainte "pour mise en danger de la vie d'autrui, maltraitance du personnel et favoritisme pour les cliniques privées". Le Pr Christian Marescaux (Neurochirurgien à Strasbourg) est poursuivi par les Hôpitaux universitaires de Strasbourg suites aux révélations faites dans le livre dont il est co-auteur (avec le Pr. P. Halimi) : "Hôpitaux en détresse, patients en danger" (Editions Flammarion). Enfin les réalisateurs du site "Passeurs d'alerte" semblent s'intéresser de près au CHU de Strasbourg pour le 2ème opus de leur web-série "Hôpital : la fin de l'omerta" dont le premier épisode était consacré au CHU de Grenoble ( https://youtu.be/f03nViMbzZY ).

Le battage médiatique autour du drame de Naomi aurait-il pour but de jeter le CHU de Strasbourg en pâture aux médias pour le discréditer et avec lui l'ensemble de l'hôpital public ?

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.