Henri Konan Bédié : la stratégie du chaos pour seul programme ?

Nouveau rebondissement dans la campagne présidentielle ivoirienne. Les deux principaux opposants du Président sortant, Henri Konan Bédié (PDCI) et Pascal Affi N’Guessan (FPI) ont annoncé jeudi 15 octobre le “boycott actif” de la présidentielle du 31 octobre. Absence d’alliance électorale, appel à la désobéissance civile ou résurgence de déclarations racialistes, retour sur une campagne chaotique.

La désobéissance civile : seule alternative possible selon Henri Konan Bédié

Quatre candidats ont reçu l’autorisation de la Cour constitutionnelle pour se présenter à l’élection du 31 octobre prochain. Alassane Ouattara fera donc face à Henri Konan Bédié (PDCI), Pascal Affi N’Guessan (FPI), et Kouadio Konan Bertin (PDCI). Or, deux semaines avant la tenue du scrutin, les deux principaux opposants annoncent le “boycott actif” de ce dernier. Nouveau rebondissement pour l’opposition qui peine à s’accorder sur une stratégie commune de mobilisation. Pour Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guessan, la désobéissance civile apparaît comme la seule alternative à la candidature d’Alassane Ouattara. Tel un mot d’ordre, le leader du PDCI enjoint les Ivoiriens à ne pas se présenter aux bureaux de vote. Lors du grand meeting organisé samedi 10 octobre au stade Félix-Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié avait promis aux militants que “la dictature du RHDP sera(it) vaincue dans quelques jours ou quelques semaines”. Pour autant, rien n’avait été défini quant aux actions à mener pour faire barrage à Alassane Ouattara. “Face à la forfaiture, un seul mot d’ordre: la désobéissance civile”, avait déclaré le “Sphinx de Daoukro” en septembre dernier, sous un tonnerre d’applaudissements.

La position des leaders de l’opposition sur la tenue du scrutin n’est pas non plus unanime. En appelant à la désobéissance civile et au boycott de la présidentielle, Henri Konan Bédié et Pascal Affi N’Guessan retirent-ils leur candidature? Rien n’est moins sûr. Le départ soudain des deux opposants principaux de la course à la présidentielle laisserait Kouadio Konan Bertin seul face à Alassane Ouattara. Ne bénéficiant plus du soutien du PDCI (il a tourné le dos à Henri Konan Bédié en annonçant sa propre candidature), c’est à se demander s’il pourra représenter l’ensemble des opposants le jour-J. Le poulain d’Henri Konan Bédié dénonçait les actions violentes entreprises ces dernières semaines et les objectifs de campagne discutables de son ancien mentor. Selon lui, Henri Konan Bédié mène une “candidature de revanche avec pour objectif la pure et simple restauration d’un pouvoir perdu”. De quoi complexifier davantage l’opposition, déjà fragilisée par les procès et exils de certains de ses leaders (Laurent Gbagbo ou Guillaume Soro).

Alors que les Ivoiriens gardent en mémoire le souvenir des affrontements post-électoraux de 2010 qui avaient causé la mort de 3,000 personnes, la crainte de nouvelles violences est dans tous les esprits. Depuis l’appel à la désobéissance civile des deux principaux opposants politiques, une nouvelle escalade des tensions est observable dans l’ensemble du pays (pertes humaines, dégâts matériels, incendies, etc.). 

 

Une campagne aux accents racialistes

Doumbia Major, président du Congrès panafricain pour le renouveau, l’affirme : la résurgence des discours identitaires pourrait mener Henri Konan Bédié droit dans le mur. “Bédié va mal finir (...) car il a osé s’attaquer au genre humain. Aucun croyant et aucun humaniste n’osera apporter son aide, à quelqu’un qui a incité à la haine ethnique et xénophobe contre ses propres compatriotes et contre d’autres êtres humains, sur la base de leurs origines ou sur la base de caractéristiques culturelles”, a déclaré le leader du CPR. Un an plus tôt, c’est à Guillaume Soro, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé qu’il s'en prenait, en dénonçant leurs activités criminelles. Doumbia Major affirme en outre que le président du PDCI ne pourra en aucun cas bénéficier du soutien des organisations internationales (Union Africaine, Union Européenne, CEDEAO).

Selon lui, l’objectif de la prochaine élection présidentielle est d’éviter l’arrivée au pouvoir d’un “nazisme tropical”. A la mort de Félix Houphouët-Boigny en 1993, Henri Konan Bédié, alors président de l’Assemblée nationale, avait imposé sa conception de l’”ivoirité”, selon laquelle une personne a la nationalité ivoirienne dès lors que ses quatre grands-parents sont nés sur le territoire. Ce concept permettait alors d’exclure le Premier ministre de l’époque, Alassane Ouattara (présumé d’origine burkinabé), de la course présidentielle. Ainsi, lorsque le président du PDCI affirmeJe ferai don de ma personne. (...) Je reçois cette demande de candidature comme une mission de salut public”, on peut se demander si ce sens du sacrifice ne sert pas, une fois de plus, son destin personnel. 

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