à Dieu, Jérusalem !

[Récit de voyage mi-fiction mi-réel du K de Kısmet] Joan n’a jamais accepté la mort de ses parents. Mais à qui pardonner, sinon Dieu ? Il part chercher des réponses sur les pas des figures bibliques en Israël, là où les mythes sont plus acceptables que la réalité.

« L’apparition d’une bactérie par l’effet du hasard n’est pas plus probable que l’assemblage spontané d’un Boeing 707 par une tornade soufflant sur un entrepôt de chiffonnier-ferrailleur, à partir des matériaux qui s’y trouvent. » Nature, Fred Hoyle

 

Moïse monta vers Dieu : et l’Éternel l’appela du haut de la montagne, en disant : Tu parleras ainsi à la maison de Jacob, et tu diras aux enfants d’Israël : vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte, et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi. Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi ; vous serez pour moi un royaume de sacrificateurs et une nation sainte. Voilà les paroles que tu diras aux enfants d’Israël. (Exode 19:3-6)[1]

 Mais si vous ne m’écoutez point et ne mettez point en pratique tous ces commandements, si vous méprisez mes lois, et si votre âme a en horreur mes ordonnances, en sorte que vous ne pratiquiez point tous mes commandements et que vous rompiez mon alliance, voici alors ce que je vous ferai. J’enverrai sur vous la terreur, la consomption et la fièvre, qui rendront vos yeux languissants et votre âme souffrante ; et vous sèmerez en vain vos semences : vos ennemis les dévoreront. (Lévitique 26:14-16)

« Bienvenue en Israël, Monsieur Baucis. »

 Les passagers de l’avion le suivent d’un regard chargé de reproche, l’air de dire tu ne pouvais pas être hébreu, comme tout le monde ?

 Est-ce donc l’accueil que l’on doit attendre en arrivant en nation sainte ? répond-t-il de façon tout aussi muette. Les enfants d’Israël n’auraient alors rien perdu de leur nature pécheresse ; ou bien a-t-il commis une erreur autre que celle d’être le seul étranger à bord ? Il rembobine une heure et se rejoue la scène à décrypter, quand ce policier le matraquait de ses questions.

« Prénom, nom, date de naissance ? »

 Il s’appelait Joan Baucis, comme cette brave vieille sans logis du poème d’Ovide. Il était né en février, pire mois de l’année pour la luminosité, avec comme circonstance aggravante son incapacité d’être sa propre chaleur. Pour cette raison, sûrement, il cherchait une autre lumière en lui et autour de lui. Longtemps il s’était pris pour une réincarnation, issue d’une lignée de chercheurs dans la logique géométrique parfaite et les raisonnements mathématiques incorruptibles. Depuis le drame de ses parents, il était devenu plus philosophe et se plaisait à penser que la liste des candidats à ses vies antérieures avait un peu changé : il y voyait désormais des gens comme Friedrich Nietzsche ou Giordano Bruno, avec un attrait particulier pour ce dernier en raison de son errance et son supplice ; il savait qu’il irait loin, lui aussi, sur les chemins de la vérité.

 Pour l’instant un agent de sécurité très curieux lui barrait le passage. Il aurait dû prendre le bus, trois heures c’était plus long mais il n’aurait pas eu autant de déboires. Ici, à l’aéroport local Sde Dov, il avait l’impression d’être malvenu.

— Vous parlez anglais ?
— Oui.
— Qu’allez-vous faire à Eilat ?
— Du tourisme.
— Vous possédez des armes ?
— Non.
— Passeport, s’il vous plaît.

Joan tendit son passeport. Le policier vérifia les noms, date de naissance, nationalité, photo, tout le document et fronça les sourcils :

— Monsieur Baucis, pourquoi n’est-il pas tamponné ?
— J’ai refusé le tampon d’Israël lors de mon arrivée à Tel Aviv.
— Pour quelle raison ?
— J’ai l’intention de visiter le Liban après, et peut-être Damas.
— Vous aimez les pays musulmans ?
— J’aime les vieilles pierres.
— Vous êtes musulman ?
— Non.
— Vous avez des amis musulmans ?
— Quelques-uns…
— Ils vous ont parlé d’Israël ?
— Que voulez-vous dire ?
— Je vous demande si vos amis vous ont déjà parlé d’Israël.
— Le monde entier en parle.
— Qu’est-ce qu’on vous a dit sur Israël ?
— Rien. Personne ne m’a parlé d’Israël.
— Vous avez des amis musulmans en Israël ?

Pénible, vraiment pénible. Joan lança des coups d’œil affligés autour de lui mais n’aperçut que des visages kafkaïens.

— Veuillez me suivre.

 L’homme qui tenait son passeport ne montrait aucun signe d’émotion. On aurait pu aisément le croire aussi dépourvu de cognition. Qu’est-ce qu’un humain sans humanité ? On l’entraîna à l’arrière du comptoir des enregistrements où un policier demanda :

— Vous êtes sûr de bien comprendre ce que l’on vous dit ?

 Joan répondit par l’affirmative. L’homme répéta alors sa toute première question. 

— Monsieur Baucis, je vous demande ce que vous êtes venu faire en Israël.

 Joan recula d’un pas, montrant sa Bible et levant les yeux au ciel.

— Je vous l’ai dit, je cherche Dieu.

 Échange de regards ; quelqu’un parla dans un talkie-walkie, ce qui eut comme conséquence de déclencher la procédure de sécurité. On emmena Joan dans un préfabriqué à l’extérieur du bâtiment principal, on vida son sac et on lui dit de se déshabiller. L’avion attendrait, on procèderait à l’enregistrement pour lui. On fouilla ses affaires, ses poches, on passa au scanneur son téléphone, son lecteur audio, son appareil photo. On promena le bâton de détection de traces d’explosif sur sa peau, le détecteur de métaux autour de son corps. On lui fit écarter un peu les jambes pour vérifier son entrecuisse. Finalement, on lui ordonna de se rhabiller et de refaire son sac. Le chef de la sécurité s’excusa vaguement, on l’avait pris pour un terroriste ; ça arrivait. Joan monta dans l’avion avec une heure de retard. L’hôtesse masqua son irritation d’un sourire :  « Bienvenue en Israël, Monsieur Baucis. »

 Voilà toute l’affaire : soit on lui reproche de chercher Dieu, soit de l’avoir dit avec si peu d’égards. Lui qui a toujours été du genre à défendre la science et l’histoire face à l’obscurantisme, pour une fois, il teste sa foi. Qu’est-ce qu’on dit quand on dit que l’on croit ou que l’on ne croit pas en Dieu, et est-ce que croire empêche de penser ? Et moi, qu’ai-je à penser du regard des gens pour qui il est plus facile de haïr que d’aimer ? se dit-il avant de se répéter une nouvelle fois d’arrêter de trop réfléchir. Une image de l’année précédente à Athènes lui revient : la place Syntagma remplie d’une foule d’Indignés, le Parlement encerclé par la police, les médias dans les tentes avec le peuple. Toute la magie de ce mouvement résidait dans le soutien inconditionnel de tous avec chacun, sans lequel aucune révolte ne serait possible. Des instants comme ceux-là créent du lien, de l’amour et du respect entre les humains. Enfin on pouvait dire : j’ai vécu quelque chose de grand, de puissant, quelque chose qui m’a fait vibrer.

 Il a été surpris de retrouver ce mouvement à Tel Aviv, dans le quartier de Neve Tzedek. Il se remémore la petite phrase de la conductrice du taxi : « enfin un peu de rébellion, c’est bien ; il n’y a pas assez de fous dans ce monde. Si les politiques et les financiers ont détruit le lien entre la nature et l’humanité avec l’aval de cette dernière, alors l’avenir appartient aux microbes » …et aux acariens, voulut-il ajouter. Tel Aviv est une ville très convoitée. Une cité nouvelle, blanche et bleue, jeune et enjouée. Il y a un petit côté Rio de Janeiro dans la mosaïque des trottoirs du bord de mer, dans la fête aussi. Dommage pour les gratte-ciel qui poussent comme des champignons. Trop c’est trop. Son coin préféré reste Jaffa, on y boit la meilleure limonade du monde : citron jaune moelleux et menthe verte piquante, de l’eau fraiche et un peu de miel. Jaffa invite à la flânerie le long de la berge. Joan mourait d’envie d’enfourcher un vélo et de pédaler pendant des heures. Pas raisonnable : il devait ménager sa jambe.

C’est lui qui est assis au-dessus du cercle de la Terre (Esaïe 40:22)

 L’horizon s’infléchit légèrement de part et d’autre du hublot, l’avion atterrit avant la nuit dans le minuscule aéroport d’Eilat. À l’aubergiste qui s’enquiert du déroulement de son voyage, Joan explique qu’il s’est fait arrêter à l’embarquement au prétexte qu’il était le seul passager avec un passeport grec. Elle répond en souriant qu’avec un passeport israélien, il lui arrive de drôles de choses dans tous les aéroports du monde. Il ne s’étend pas sur la question, son lit paraît plus prometteur.

 Des arabesques se dessinent sur le plafond, il ferme les yeux pour mieux les voir et la femme apparaît. Toujours la même, ectoplasmique, sur une plage sans contour. Elle hurle quelque chose, comme un non déchirant. Elle court dans sa direction mais il s’éloigne de plus en plus : elle ne le rattrape jamais. Quelque chose se referme sur lui. Fin de la scène. Il ne s’effraie plus, il fait ce cauchemar depuis des années sans le comprendre. Puis il somnole, essaye de ne pas se rendormir. Des pensées arrivent sous forme de questions : la vie, la mort, les épreuves ; à qui se présentent-elles, à quoi servent-elles ? Elles bouleversent les croyances et traditions ancrées dans chaque culture. Je ne saisis pas tous les mécanismes de la vie, j’ai besoin de me raccrocher à quelque chose… Qui se préoccupe de nous ? Ai-je choisi de naître sur cette terre, à cette époque et dans ce corps ? Non, non et non. Je pense à Dieu donc son idée et son absence existent. Quand je rêve, quand je me concentre, quand je me souviens, quand je suis méditatif comme maintenant, mon cerveau active des zones et émet des ondes. Certains y voient la preuve de ce que les Grecs appelaient le « fantôme dans la machine ». Qui fournit la pensée ?

 La science finit par tout expliquer sans Dieu. Sa présence compliquerait les choses : qui l’aurait créé ? Mais les humains, croyant être de simples machines dans un univers dénué de sens, perdent pied. Il suffirait que Darwin soit contredit… Par le passage de la matière inerte à la vie, la complexité irréductible, l’absence de fossiles transitoires et tout ce que l’on continue de chercher… Qui a conçu notre corps ? Ce métabolisme formidable, constitué de plusieurs dizaines de milliers de milliards de cellules, chaque cellule contenant des milliards de molécules se décomposant en atomes… atomes en outre inertes… Qui compte à cette échelle ? Et les molécules d’ADN ? On dit qu’un seul chromosome contient l’équivalent d’une bibliothèque de milliers de livres de millions de pages d’informations. Alors qui compile ?

 Joan se retourne, enfouit son visage dans l’oreiller et laisse ses pensées libres de s’empêtrer dans l’insoluble. Que nous cachent nos sens ? Le cerveau n’est pas fait pour nous donner une interprétation exacte de la réalité, il se focalise sur nos besoins et les conditions d’adaptation à notre environnement. Alors que sait-on de Dieu ? Partout à travers la planète, dans tous les mythes, on retrouve les mêmes thèmes que dans la Genèse : un paradis perdu, une dualité dieu-démon, les hommes qui mettent au défi la divinité créatrice, le déluge universel… Le Noé de la Bible se nomme Deucalion chez les Grecs, Yima chez les Perses, Ut-Napishtim à Sumer, Manu dans la tradition hindoue, Coxcoxtli chez les Aztèques, beaucoup ont le souvenir d’un « grand-père » ayant survécu à la grande inondation. La notion de réincarnation ou de résurrection, une vie éternelle ou dans l’au-delà, la croix comme symbole de régénération, en Égypte, chez les Indiens d’Amérique, en Asie… La mémoire collective selon Carl Jung, qu’une méditation ou une spiritualité profonde ferait ressurgir… L’émanation de l’esprit de Dieu ?

 Il sursaute : quelqu’un a frappé à sa porte : « Joan, vous m’entendez ? Le repas est prêt ! Nous vous attendons. »

 Un peu vertigineux, il se lève et rejoint ses hôtes autour d’une grande table ronde. On bavarde de choses et d’autres, on lui pose les questions rituelles. Que vient-il faire dans le coin ?

— Je voudrais me rendre sur les sites de Sodome et Gomorrhe.

 Surprise. Toujours la même, à chaque fois qu’il répond vraiment aux questions. La maitresse de maison lui parle avec précaution, comme pour ne pas le blesser :

— Ces endroits n’existent pas, vous savez… Les bus s’arrêtent à la station balnéaire Ein Bokek, à l’oasis Ein Gedi ou bien à la mer Morte.

 Joan le sait, il s’en fiche : il cherche Dieu, c’est tout ! Il a perdu un lien et a besoin de croire en quelque chose. Ici moins qu’ailleurs on comprend sa démarche. Quand Chateaubriand s’est lancé sur les traces de Sparte[2], lui a-t-on reproché son romantisme ? Sa famille a été décimée, il doit comprendre. Il a de bonnes bases et beaucoup d’imagination : il est prêt à tout endurer, même ses semblables.

 Place-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras, car l’amour est insatiable comme la mort, son ardeur inassouvie comme le séjour des morts ; ses traits sont des traits de feu, et ses flammes, des flammes de Yah. (Cantique des cantiques, 8:6)

 Ses parents se rendaient en Israël une ou deux fois par an pour leurs recherches, à Tibériade, Capharnaüm ou Saint-Jean-D’acre. Ils voyageaient dans le temps. Que disaient-ils déjà ? Du haut de l’église du mont des Béatitudes, on voyait le champ de bananes du kibboutz qui surplombait le lac. On se serait cru en Afrique…

 Joan agrippe son genou droit en serrant les dents. À quinze ans, il ignorait qu’il allait passer ses dernières vacances en famille. Ses parents avaient loué une maison à Nauplie, dans le Péloponnèse. Son père était un architecte de renom et sa mère une archéologue respectée. On les disait aussi brillants que passionnés. Ils se battaient avec l’appui de l’Unesco pour le retour en Grèce des frises du Parthénon et contre le trafic des vieilles pierres à Mycènes, Argos et Épidaure. L’incendie les avait surpris pendant la sieste. Joan n’a toujours pas compris comment le feu avait pu se propager si vite ; la fuite de gaz, le vent, la sécheresse. Ses parents dormaient toujours… La maison craquait sous les flammes. Pour échapper à l’enfer, il avait sauté du premier étage et son genou avait lâché sous le choc.

 Avant l’accident il voulait enseigner les langues. Pour l’éloigner des lieux du drame, ses tantes l’envoyèrent finir ses études à Paris où il logea chez un oncle professeur à la Sorbonne. Joan aima la France tant qu’il put. Quelques années plus tard il fut admis à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales avec un projet de revalorisation des cultures antiques par les langues. En dix ans il avait tout réussi sauf ses tentatives pour oublier le passé. Il rentra, torturé par les appels de son pays. Ma vieille Grèce ! Ma pauvre Grèce… Mon pays écartelé, dépouillé, ruiné, sans autre ressource que son éternelle beauté. Les Cyclades, Minos, les Météores, l’Érechthéion de l’Acropole d’Athènes… tout cela n’est-il pas le divin du divin ? Est-ce qu’il existait quelque part en ce monde une plus grande merveille géologique que Santorin ?

 Pas le courage de retourner à Nauplie, il s’était recueilli à Delphes. Un lieu de son enfance, du temps où ses parents partaient en week-end à Itéa. Face aux montagnes, dans le silence des colonnes du temple d’Apollon, il avait revu sa mère, son père, sa jeunesse dorée. Ses sens lui avaient ramené chaque détail de ce bonheur révolu, laissant libre court à son envie de pleurer. L’air s’était chargé d’une présence invisible et de vapeur tiède. Ému, il s’adressa aux pierres autour de lui, s’arrêtant sur une belle endormie : « Toi, la statue, pourquoi as-tu l’air si triste ? Comme j’aimerais être à ta place ! Ta rigidité te protège des injustices de ce monde… Dis-moi, Pythie, oracle de Delphes, voici ce que je veux savoir : était-ce un crime ? A-t-on tué mes parents parce qu’ils gênaient certaines personnes ? Sans enquête, je reste dans l’ignorance. Les caisses de l’État sont plus vides qu’une amphore percée… Alors ? Tu ne dis rien ? »

 Il convoqua pour le présent cette phrase qu’il avait lue à Paris, dans la bibliothèque de l’E.H.E.S.S. : « Nul ne peut ni ne doit entraver la marche des destins. Il est insensé d’attendre d’Apollon les moyens d’éviter l’inévitable.[3] » Il faut bien le reconnaître, les dieux sont des impuissants, et les hommes leurs misérables copies !

Il suspend la Terre sur le néant (Job 26:7)

 Un éboulement l’invite à revenir à la réalité : Delphes disparaît et laisse la place à Israël. Juché sur une falaise, il se penche au-dessus du vide et évalue la hauteur, hésite. Il lui restera toujours cette solution… mais pas pour l’heure. Si Dieu manque au décor, la vie l’appelle encore ; mais où ? Il regarde au loin, seul face aux montagnes rougissantes de Jordanie. En bas, il y a la mer, Coral Beach, poissons et coraux. Tout cela est déjà en train de mourir. Son genou le lance, il a soif et le tracé du chemin de randonnée s’est effacé ; il s’est un peu perdu sur le mont Har Tsefahot. Tant pis, il reste là-haut jusqu’à ce que la lune ronde et rose monte au firmament. Partir, toujours partir… Le silence règne en maître absolu. Dieu le protège en attendant de s’expliquer, sinon pourquoi l’aurait-il sauvé des flammes ?

 Ils savent que les globes célestes qui nous illuminent ne changent point leur voie ; que chacun d’eux se lève et se couche régulièrement, dans le temps qui lui est propre, sans jamais transgresser les ordres qu’il a reçus. Ils regardent la Terre et soudain ils connaissent tout ce qu’il s’y passe depuis le commencement, et jusqu’à la fin. (Hénoch 3:2)

 Dans le bus de la route 90 une jeune fille est assise deux rangées de sièges devant lui, de l’autre côté de l’allée centrale. Il peut contempler son profil à loisir sans être vu. Selon une légende grecque, au début des temps les humains étaient hermaphrodites, à la fois mâle et femelle. Au vu de leur dépravation sexuelle, les dieux décidèrent de les séparer en deux sexes distincts et opposés. Depuis, chaque humain est condamné à se mettre en quête de sa moitié perdue pour redevenir complet.

 Le chauffeur pile à un arrêt et crie « Massada ». Joan se redresse mais n’a pas le temps de se lever : le bus a déjà repris sa course folle dans le désert du Néguev. Il se retourne, rechigne à s’adresser à son voisin qui porte une arme à la ceinture. Finalement il demande au chauffeur le nom du prochain arrêt en précisant qu’il veut descendre dès que possible. Le type grogne Ein Gedi vingt kilomètres plus loin. Joan attrape son sac et saute du bus qui repart à fond de train. De prime abord, il ne voit rien d’autre que la route qui perce le désert et un chien de prairie qui traverse en trottinant. Là-bas, on distingue un panneau qui semble être la devanture d’un kibboutz ou d’une auberge ; une femme et un homme viennent d’en sortir. Joan les suit jusqu’à la « mer de sel ».

 Le grand lac plein de brume brille au pied des falaises de Jordanie. C’est ici que des touristes se tartinent de boue et flottent sur l’eau, mais plus aucun véhicule ne circule et personne ne va à Massada. D’après le Lonely Planet, c’est un site où s’était retranché un groupe de rebelles juifs avant de céder aux envahisseurs romains en l’an 73. Une version plus romanesque relate qu’ils ont préféré se suicider plutôt que de se rendre. Le gardien des douches crie que c’est Shabbat, personne ne travaille ; puis il enlève son uniforme et va se baigner. Un taxi interpelle Joan en train d’errer sur le parking : un Russe qui se fiche de Shabbat. Pour se joindre au couple qu’il emmène à Massada ça fera vingt-cinq shekels. Joan accepte et échange quelques mots avec ses clients, une femme métisse et un homme avec un fort accent russe aussi, qui lui apprend qu’il y a une bonne auberge sur place pour visiter le fort tôt le lendemain.

Car mille ans sont à tes yeux comme le jour d’hier qui passe, comme une veille dans la nuit. (Psaumes 90:4)

 Hors de question de prendre le téléphérique, il s’est levé à cinq heures du matin pour commencer l’ascension du fort de Massada dans l’obscurité. Les ruines sont en bel état, sublimées par le désert d’or qui s’illumine peu à peu. À l’auberge il a rencontré un compagnon de route : Itamar d’Haïfa. Ils discutent, perchés sur leur monticule.

 « Tu cherches Sodome et Gomorrhe ? Si tu veux parler des deux villes de la Torah (ou de votre Pentateuque) détruites par le grand incendie, tu te trompes de pays mon vieux ! Ici, c’est Israël, aux dernières nouvelles. Tu peux toujours faire un tour du côté de Bab edh-Dhra ou de Numeira au sud-est de la mer Morte mais c’est en Jordanie. Une bande d’archéologues allumés prétend que ce sont les ruines des cités de la plaine. Remarque, j’aime bien cette idée même si tu perdras ton temps, il n’y a rien là-bas. Les Arabes ne t’y emmèneront que pour te soutirer de l’argent. Si tu veux vraiment savoir ce que Yahvé voulait détruire, retourne à Tel Aviv ; sinon, viens avec moi voir Jérusalem ! Jérusalem est le trésor de la terre promise, la ville sainte. Quoi de mieux pour entendre Dieu ? »

 Joan s’est assis sur la corniche et regarde le lac dans le soleil levant. Il ne montre pas combien il est touché par tant de beauté et calme ses émotions à chaque expiration, jusqu’à se sentir assez relaxé pour renouer avec les mots. Sodome-Bab edh-Dhra est peut-être en face de lui, encore fumante des flammes de l’Enfer…

« Hou ! Regarde ça ! », crie Itamar.

Traversant l’aube flamboyante, une étoile filante se dirige vers le Nord. Itamar se met à chantonner l’histoire des rois mages en Galilée.

*

 Joan ressasse, rêveur, les noms des panneaux que le bus dépasse. Traverser le Jourdain pour atteindre Jéricho… et Qumrân ! C’est là qu’ont été retrouvés les manuscrits de la mer Morte grâce aux vagabondages d’une chèvre. Joan s’interroge à haute voix sur leur datation ; il a noté qu’Itamar est toujours d’humeur prolixe.

 « Tu connais cette histoire ? Les manuscrits sont datés du troisième siècle avant et du premier siècle après Jésus-Christ. J’ai été surpris d’apprendre qu’ils ont été authentifiés la même année que la proclamation de l’État d’Israël ! En 1948 les Juifs ont renoué avec leur terre et leurs écrits ancestraux. À mes yeux ce n’est pas un hasard. Il y a des mystères que seule la foi dissipe… Ce qui m’envoie sur une autre piste : dans la Bible, les serviteurs de Dieu sont appelés des brebis et les infidèles des chèvres. Tu sais peut-être que la majorité, pas tous, mais la majorité des Juifs voient les Palestiniens comme des chèvres car ils n’écoutent pas les prophéties. Cette petite chèvre qui a découvert les manuscrits n’a pas écouté son berger ! Mais le fait qu’une chèvre de Palestine contribue à la découverte d’un patrimoine important du passé juif est un symbole : il est temps de reconsidérer l’autre. Dans la Bible, il y a plein d’exemple où Dieu utilise des animaux pour aider l’homme… Rebecca devint la femme d’Isaac, car la femme qui aurait du cœur donnerait à boire à ses chameaux. Genèse 24:42-49 ».

 Joan ne répond pas. Il lui semble qu’avant la création d’Israël, c’étaient les Juifs qu’on appelait Palestiniens, et que c’est même pour cette raison que les Arabes refusaient cette dénomination. Mais l’histoire des chèvres lui plait, il la garde. Le bus arrive à Jérusalem, quartier juif. À l’auberge « Chez Joël » ils croisent des Européens et des Américains, des bénévoles en mission, des touristes, des étudiants en vacances. Il y a aussi de la musique, de l’alcool et des buffets, partout les gens sont déguisés. Itamar ne sort pas, préférant se reposer. Joan se greffe à un groupe de routards qui déambulent dans les rues, où des Juifs orthodoxes sont endormis à même le bitume. On lui explique que c’est Pourim : les seuls jours de l’année où ils ont le droit de boire de l’alcool. Les Arabes c’est pas mieux, ils boivent l’arak comme du lait ! Profitons, il parait que c’est pas tous les jours carnaval ici.

— Pardon, je vous connais ? demande Joan à son interlocutrice, qui continue de causer avec un grand naturel.

 Il reconnaît en fait la fille dont il observait le profil l’avant-veille. Elle confirme, amusée, qu’elle a bien vu un jeune fou sauter du bus pour ne pas retarder le chauffeur avant Shabbat !

— Alors, avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?
— Je cherche Dieu, si tant est qu’il existe.
— Bien sûr que Dieu existe ! dit la fille. Il suffit d’écouter le Requiem de Mozart pour s’en persuader… vous ne trouvez pas ?
— Ha ! Vous avez raison, c’est une assez bonne preuve. Ouf ! L’univers a donc un sens.
— Vous êtes trop drôle… et d’assez bonne compagnie. Je peux vous offrir un verre ?
— Avec plaisir. Merci de votre diligence, Rebecca !
— Ayda, à vrai dire. Ayda d’Istanbul. Tout le plaisir est pour moi… Ange Raphaël !

 Ayda voyage seule et trouve trop cool qu’il ait vécu en France, elle rêve de visiter le Louvre. Rien de plus simple, dit Joan, ajoutant qu’il l’y emmènerait volontiers lors de son prochain voyage à Paris. Ils sont rejoints par des fêtards de l’auberge qui les entrainent dans une boîte de nuit. Le DJ passe un morceau en français : Alors on danse, et tout le monde se trémousse.

 Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la Terre. L’Éternel a donné, l’Éternel a ôté ; que le nom de l’Éternel soit béni ! (Job 1:21)

Celui qui souffre a droit à la compassion de son ami, même quand il abandonnerait la crainte du Tout-Puissant. (Job 6:14)

Ne sais-tu pas que depuis que l’homme a été placé sur la Terre, le triomphe des méchants a été court, et la joie de l’impie momentanée ? (Job 20:4-5)

 Le lendemain Ayda, Itamar et Joan pénètrent dans la vieille ville par la porte de Jaffa. Tous trois retracent le chemin de Croix de la Via Dolorosa, entrent sur les lieux de la crucifixion du Christ au Saint-Sépulcre, visitent les tombes de David, de Marie, font une pause dans le quartier arménien pour grignoter quelques carottes au cumin avec du houmous, des fallafels et des piments doux. Puis ils visitent les fouilles des niveaux romains et ottomans ainsi que du mur occidental. Après être remontés sur l’esplanade des mosquées, ils sont arrêtés à l’entrée du Dôme du Rocher : une sentinelle leur intime l’ordre de déclarer leur profession de foi. Ils restent plantés devant sans comprendre. L’homme leur répète de dire en arabe qu’Allah est le seul dieu et Mahomet son prophète. Joan rétorque que le Dôme abrite le rocher du sacrifice du fils d’Abraham, c’est donc aussi un lieu hébraïque et chrétien. Ayda a envie d’ajouter que ce sont les Turcs ottomans qui l’ont recouvert d’or mais préfère se taire. La sentinelle leur interdit d’entrer. Peu après, un marchand les aborde dans la rue : 

 « Je vous ai entendu répondre, vous avez parfaitement raison. On tolère depuis la deuxième intifada que les Arabes gardent le Mont du Temple ; voyez le résultat. Vous savez comment s’appelle celle-ci ? La mosquée Al-Aqsa. Et vous savez pourquoi ? Parce que leur prophète Mahomet s’est élevé en songe au-dessus d’une mosquée lointaine – Al-Aqsa en arabe. Quand l’empire musulman s’est étendu sur Jérusalem (Aelia Capitolina, comme l’avait renommée l’empereur Hadrien), voilà ce que les Arabes ont collé au Dôme du Rocher… qui n’est autre que l’emplacement du Temple de Salomon ! Ils prétendent que c’est ici que Mahomet a fait son ascension. En plus d’être des usurpateurs, ils ont bétonné la Porte Dorée par où le Messie doit revenir à Sion. Palaestina, dérivé du mot philistin, vient de l’hébreu peleshet qui signifie envahisseurs. Vous n’ignorez pas que les Philistins furent les ennemis légendaires des Hébreux dans le Tanakh ? C’est ainsi que les Romains, par provocation, avaient rebaptisé la région après avoir jeté les Juifs dehors. En gros, ils ne sont personne et personne ne veut d’eux. »

 Joan le regarde, interloqué. Ces peuples n’existent plus depuis longtemps ! Qui envahit qui ? Il se décide à répondre qu’il cherche Dieu pour comprendre l’homme et que si Dieu existe, il est le père de tous les hommes et pas seulement du peuple élu. L’autre sourit et déclame : « Dieu est partout, Dieu est tout. Dieu est dans chaque chose, Dieu est chaque chose. Dieu EST, c’est tout. Passez me voir à ma boutique, près de la synagogue ! » Sur ce, il prend la main de Joan pour y déposer un objet et s’éclipse. C’est une bague qui en tournant sur elle-même révèle une inscription en hébreu : « Que mon bras se dessèche si jamais je m’oublie de toi, Jérusalem ». C’est ainsi que parlaient les Juifs exilés à Babylone par Nabuchodonosor pour conserver intacte l’attente du retour, selon Itamar, qui pour une fois n’avait rien trouvé d’autre à redire.

 Si je t’oublie, Jérusalem, que ma droite m’oublie ! (Psaumes 137:5)

 Il y a eu des représailles dans la Bande de Gaza, après des tirs de roquette. Itamar et Ayda discutent de la condition des Arabes en Israël qui n’ont pas les mêmes droits à la justice ou à la propriété que les Juifs, ceux de Cisjordanie étant encore moins bien lotis. Itamar estime qu’il n’est pas naturel pour une ancienne victime de reconnaître son statut de bourreau, puis comment accepter de négocier avec des peuples qui n’ont eu de cesse de leur déclarer la guerre ? Du reste, les Turcs n’ont toujours pas reconnu le génocide arménien malgré la pression de l’opinion internationale. Ayda grimace. C’est vrai que les relations ne sont pas au beau fixe avec l’Arménie… ni avec la Grèce et Israël d’ailleurs. Pourtant elle ne peut s’empêcher de penser que les Ottomans ont réalisé du beau travail à Jérusalem. Joan présume qu’on ne peut régler un problème sans connaître toutes ses données. Au final tous tombent d’accord sur les torts du gouvernement israélien et que l’on n’y peut rien changer. Joan fait une proposition :

— Et si on s’en rendait compte par nous-mêmes ? Au lieu d’aller à Bethléem demain, pourquoi ne pas prendre un bus jusqu’à Hébron en Cisjordanie, dont la vieille ville a été colonisée illégalement ? Sortons des sentiers battus, allons chercher ces données !

Itamar refuse, il ne veut pas encourager les colons et boycotte les territoires occupés. Ayda se laisse convaincre surtout par l’idée de se retrouver seule avec Joan ; autant dire en tête-à-tête avec un ange.

— Jusqu’ici personne n’a pu régler ce problème et toi tu crois qu’on va y comprendre quelque chose ? Tu n’as pas peur ? demande Ayda.
— Ma foi, dit Joan, tu vois bien que notre amitié ne dépend pas de celle de nos peuples. Disons qu’il s’agit d’y cerner les deux côtés des choses… pour ouvrir le débat en le dépassant. Tu n’as jamais l’impression de participer à quelque chose de plus grand que toi ?
— Je te fais confiance pour ce genre d’expérience, répond-t-elle, et je te le prouve, car comme Moïse je m’attèlerai à tes commandements !

Voilà quelqu’un qui force l’inclination, tout de même, pense Joan en se tournant vers Ayda, laquelle n’y voit qu’un hochement de tête.

— J’aimerais bien vivre dans ton monde, ça a l’air plus sympa que le vrai.

*

 Un bus part de Damascus Gate et parcoure les trente kilomètres qui les séparent d’Hébron en franchissant le mur. La ville est pauvre et bruyante. À la descente du bus un adolescent vient les voir et leur assène une sentence incompréhensible.

— On ne comprend pas très bien l’hébreu, dit Joan.
— On parle arabe ici ! rétorque le petit en anglais. Qui êtes-vous ?
— De simples touristes venus visiter la ville.

 Le garçon tend la main à Joan mais pas à Ayda, esquissant un geste d’excuse.

— C’est bon j’ai l’habitude, souffle-t-elle à Joan.
— Alors vous êtes des étrangers, c’est ça ? Bienvenue à Hébron les gars ! C’est important que vous soyez là. Si tout le monde pouvait faire comme vous ! Vous voulez savoir ce que les Juifs fabriquent ici ? Suivez-moi !

 Le garçon se faufile dans des ruelles, bientôt suivi par d’autres. Ayda et Joan sont escortés jusqu’à la vieille ville. Partout des enfants les suivent du regard. Des filets pendent au-dessus de leur tête, protégeant les habitants des objets jetés par les colons des étages supérieurs. Ils s’arrêtent devant des maisons en enfilade dont les portes et les fenêtres sont scellées. « Pour que les Arabes ne reviennent pas après avoir été expulsés de chez eux. Nous n’avons aucun droit ici, je n’ai même pas de nationalité ! » Une mélodie s’élève d’un violon, mélopée triste et envoutante qui s’échappe d’une fenêtre et flotte au-dessus du vacarme. Un chant l’accompagne, tout aussi poignant. « C’est Oday ! Un élève de Ramzi Abu Redwan : il chante contre l’occupation. »

 On les emmène jusqu’à un checkpoint. Derrière c’est la mosquée d’Abraham. « Dans la Bible, c’est la grotte de Makpelah où sont enterrés Ibrahim, Isaac et Jacob. Pour les Juifs, c’est le tombeau des Patriarches. Il y a une partie mosquée et une partie synagogue avec des entrées séparées. Pour y accéder on doit passer un contrôle. » 

 Joan remercie son jeune guide et s’approche de la mosquée. Les Arabes marchent d’un côté de la route et les Juifs de l’autre. On prête un genre de djellaba à Ayda qui doit couvrir ses cheveux pour entrer. Tous deux contemplent les tombeaux dans un silence de mort. Ici gît Abraham, père des juifs, des chrétiens et des musulmans.

 C’est alors qu’un cri retentit dans le lieu de culte.

— Taxi ! Taxi ! Ha, ha, ha ! Qui donc est ici ? Privet, moy dorogoy, glapit une voix en russe.

 Il s’agit du couple avec qui Joan a discuté dans un taxi, sur la route de Massada. L’homme a l’air un peu saoul, ce que la femme confirme d’un petit geste gêné néanmoins sans colère.

— Veronica… Mikhaïl… Je ne me trompe pas ? Ça alors ! Vous allez bien ?
— Da, da, très bien ! Et vous-mêmes ? Mademoiselle… fait l’homme en s’inclinant devant Ayda, qui roule de grands yeux ronds et jette des regards affolés autour d’elle.

 Puis, levant d’un geste inattendu sa main qui vient de dégainer un disque de Dieu sait où, Mikhaïl l’abat dans celle de Joan :

— Cadeau ! En souvenir ! L’album d’Alexeï… Allez-vous l’écouter, chers amis ?

C’est vrai qu’ils avaient parlé musique dans cette portion de désert, d’un groupe que Joan connaissait. Araal ! Il avait en face de lui les parents du leader de la formation.

— Oh ! Bien volontiers, c’est très aimable à vous, dit Joan en glissant le disque dans le sac à main d’Ayda.
— Comment ? demande Ayda abasourdie. Qui est-ce ?
— Ma parole, allez-vous enfin vous taire ? Dehors, ou je vous fais évacuer ! tempête soudain l’un des gardiens du temple, l’air hostile, en leur montrant la porte d’une main tremblante d’indignation.

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, Joan avait instantanément oublié qu’ils se trouvaient dans la mosquée d’Abraham.

— Seigneur ! Que votre volonté soit faite ! glousse Mikhaïl que Veronica pousse vers la sortie.

 Pour éviter que le courroux des gardes devienne un incident diplomatique, les deux couples échangent embrassades et coordonnées en coup de vent et conviennent de se retrouver plus tard, à Jérusalem.

*

 Pendant tout le trajet retour, Joan s’interroge sur les origines du bon Abraham : a-t-il vraiment existé, et si oui, pourquoi était-il croyant ? À quel moment de l’écriture de la Bible établit-on qu’il est originaire d’Ur, en Mésopotamie ? Il voudrait en débattre mais Ayda observe le paysage d’un oeil sombre. Une fois rendus à l’auberge, elle se visse au bar et raconte leur journée à Itamar : un désastre, selon elle. Tout le monde déteste tout le monde dans ce pays.

 Deux hommes accoudés au comptoir et emportés dans une discussion s’interrompent pour trinquer. L’un d’eux se tourne vers Joan :

— Alors les jeunes, que vous a apporté Jérusalem aujourd’hui ?

 C’est Joël Baruch, le gérant de l’auberge. Il leur apprend que les vraies sépultures d’Hébron sont enfermées dans les sous-sols de la synagogue. Ayda n’en croit rien et glisse vers l’objet de son amertume : Dieu a peut-être créé le bien et le mal mais le mal prend toujours le dessus.

Mes enfants, la seule chose qu’il faut croire c’est que Dieu est amour et que l’amour donne la vie, allègue Joël. Ayda fait une moue sceptique. Il s’explique : le mal n’existe pas de lui-même, il est l’absence de Dieu. Le mal est comme l’obscurité ou le froid, des mots que l’homme a inventés pour décrire l’absence de lumière ou de chaleur. En réalité, le mal est le résultat de ce qui arrive quand l’homme n’a pas d’amour dans son cœur.

 Itamar intervient : selon lui la lumière et les ténèbres renvoient au bien et au mal que l’homme engendre. L’homme qui procure la paix, l’amour, la joie et le bonheur aux autres est lui-même une lumière qui réchauffe le cœur. Tandis que celui qui apporte tuerie, disputes et divisions est fait de ténèbres et génère tristesse, déception et peur ; c’est un agent du mal.

 Joël n’est pas d’accord, car selon lui ce n’est pas dans sa nature ; or la nature de l’homme est inscrite dans ses origines. Il commande donc une bière et se lance dans un discours qui invoque pêle-mêle linguistique, chimie et symboles en rappelant que Dieu a créé le premier homme qui se nomme Adam, que le nom Adam vient de l’hébreu adama qui signifie terre car Adam a été fabriqué à partir des éléments du sol, que ces éléments de notre corps se retrouvent sous forme chimique dans la nature et que la vie sur Terre est la conséquence de poussières d’étoile, les étoiles ayant enfanté les atomes. Or les atomes sont présents dans toute matière. Que penser de la proximité du mot atome avec le mot hébreu adom ? Adom signifie rouge et rappelle la couleur argileuse de la terre. Dam, c’est le sang. En hébreu, on retrouve souvent la racine d’un mot dans le symbole auquel il renvoie. Mais Itamar s’impatiente et reprend la parole :

— À partir d’Adam sera créée Ève : la première femme. Ève vient du mot H’wwa et signifie vivre. D’une manière symbolique, peut-on dire que la vie est sortie de la terre grâce au sang rouge ?
— Le sang renferme la vie qui se développe sur la terre. Adam en voyant Ève lui dit : « Tu es la chair de ma chair et les os de mes os. » On pourrait aussi en conclure qu’Adam était un être androgyne, à la fois mâle et femelle.

 Itamar en reste bouche bée.

— La divinité ne condamne pas, au contraire elle cherche une complémentarité à l’homme : « Il n’est pas bon que l’homme reste seul, je vais lui faire une compagne. » Cette compagne est à ses côtés pour l’aider. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle est aussi une partie de lui-même.
— Il est elle et elle est lui ! clame Itamar d’un cri joyeux.
— C’est pourquoi il est écrit : « L’homme s’attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair. » Le véritable amour est celui qui ne nourrit pas son intérêt.

 Joan et Ayda se regardent : cette discussion vaut bien une autre bière. Après avoir réglé cette commodité Joël continue sa démonstration, cette fois sur le concept de pluralité de la création. On dit que l’amour constitue « la colonne vertébrale » de la vie ; l’homme et la femme, aux yeux de Dieu, constituent une seule chair. Lorsqu’ils s’unissent, cela donne les enfants. Joël établit un lien entre cette idée et la prière la plus importante du judaïsme : Chema Israël, Elohim Eloénou Ehad (Écoute Israël, l’Éternel ton Dieu est un) ; Dieu est appelé Elohim, qui se traduit en réalité par dieux au pluriel. El signifie Dieu, comme dans Israël qui veut dire « combat de Dieu ».

— El était aussi le nom du dieu antique en akkadien ou en sumérien, il y a certainement une raison à ce que ce mot désigne le Dieu créateur, ajoute Joan.
— Le singulier du mot Elohim est Eloha, nous voyons donc bien que nous avons affaire à un dieu à multiples facettes ou dimensions, un peu comme la Trinité pour les chrétiens. On ne peut le représenter parce qu’il est impossible d’atteindre la complexité de sa nature. Cette pluralité donne naissance à la vie : « Dieu est un » dit la prière, Dieu bien que multiple est une uni…
— Pour en revenir à Adam, le coupe Itamar, la Bible dit que Dieu a soufflé dans ses narines pour lui donner une âme.
— Avant d’être connu de Dieu, Abraham se nommait Abram. Il a reçu une lettre supplémentaire à son nom qui est le .
— Le souffle, lâche Joan.
— Oui, le souffle de vie. Cette lettre se retrouve dans le nom de Dieu Yod-Hé-Vav-Hé. En hébreu les voyelles ne s’écrivent pas toujours ; on ne connaît donc pas la prononciation exacte du tétragramme, certains supposent Yahvé ou Yéhouvah. On le retrouve aussi dans la forme contractée Yah, comme dans le mot Halleluyah, « Dieu soit loué ». Le nom de Dieu a en fait pour origine le verbe être à la forme causative : « Je suis ce qui est », comme il est écrit dans le livre de l’Exode lorsque Dieu révèle son nom à Moïse. Dieu est la raison pour laquelle nous vivons !

 Itamar trouve que tout se clarifie avec l’alcool, d’autant plus que Joël est intarissable sur le sujet. Ayda donne un discret coup de coude à Joan : ça y est, elle en a marre.

— Si vous n’êtes pas convaincus, je vous invite à vous renseigner sur la gématrie, l’autre science mystique hébraïque. Dans le passé les lettres servaient à compter, comme chez les Latins. Pour les lettres hébraïques, l’aleph donne 1, le beth 2, le guimel 3 etc. Analysons la conversion en chiffres des mots sang, père et mère. Le sang, dalèt-mèm soit 4+40, a comme valeur numérique 44. Le père composé d’aleph-beth soit 1+2, a pour valeur 3. La mère, aleph-mèm, 1+40, égale 41. Père et mère donnent 44.
— Et qu’est-ce qu’ils ont ? Des enfants ! s’exclame Itamar qui commence à être ivre.
— Qui en hébreu se dit Yéled. Yod (10), lamed (30) et dalet (4). Si j’additionne j’obtiens aussi 44.
— Bon. Et alors ? demande Joan, pas le moins du monde convaincu par cette entourloupe chiffrée.
— Cher Joan, pour toi qui aimes les parallèles : les anciens Égyptiens considéraient que le 4 symbolisait la puissance créatrice. Le nom de Dieu comporte quatre lettres : Yod-Hé-Vav-Hé. L’homme et la femme combinés ne se limitent pas à se reproduire, ils détiennent le pouvoir de Dieu.  De quoi parle-t-on quand on dit Dieu ? Certains y voient un vieux barbu, d’autres un modèle mathématique multidimensionnel ou encore une conscience… Il y a très peu d’agnostiques, on balance toujours d’un côté ou d’un autre. À défaut, Dieu est en chacun de nous un chemin personnel dans lequel tu pourras constater que l’amour engendre la vie et son absence la mort. Le néant enferme le souffle de vie tandis que l’union ou l’unité le libère…

*

 Joan et Ayda accompagnent Itamar à la gare centrale où il doit prendre un car pour rentrer à Haïfa. Ils s’embrassent et promettent de s’écrire pour se donner des nouvelles de Dieu dès qu’elles tombent. À l’arrêt de bus, Ayda pose sa tête sur l’épaule de Joan qui branche son lecteur audio, lance l’album d’Araal et lui tend une oreillette. Elle raconte que tout cela est fou, car elle avait vu ce groupe en concert à Berlin : plus qu’un show, une réaction chimique !

 Trois jeunes femmes en service militaire approchent d’eux, pleines de gaité, bavardant comme si elles n’étaient pas chargées de mitraillettes. Réalisant qu’il a oublié de prendre les horaires pour Tel Aviv, Joan fait d’un geste de la main signe à Ayda de l’attendre pendant qu’il retourne à la gare. Il traverse la route, ouvre la grande porte vitrée, bondit sur les escalators et ressent une déflagration ; des gens se mettent à courir, flottant autour de lui. Il attend la suite, incertain au milieu de son ascension. On crie, on s’alarme. Qu’est-ce qui arrive, est-ce qu’un bus vient de s’encastrer dans un mur ? Il tourne sur lui-même, interroge la première personne qu’il attrape. « Vous les touristes ! Vous ne voyez jamais rien ! Voilà pourquoi Israël est toujours critiqué à l’étranger ! C’est une bombe, une bombe à l’arrêt de bus, encore un coup des Arabes. Reste pas là, tire-toi ! »

 Bombe à l’arrêt de bus… Demi-tour, vite ! À mesure que Joan redescend l’escalator, ses pensées et ses genoux s’embrouillent ; tout se déroule au ralenti, sans conscience et pourtant de manière frontale. Il dévale dans une foule compacte ramassée à l’entrée de la gare. « Poussez-vous ! » Il se rend compte qu’il a crié en grec et que le son l’a presque étranglé. Sa langue se paralyse et sa jambe se dérobe ; il manque plusieurs fois de s’affaler dans la cohue. De l’autre côté de la route, l’arrêt de bus est soufflé. Le cœur de Joan explose à son tour. « Ayda ! »

 Non, c’est impossible ; où est-elle ? Il voit au moins dix corps à terre, dont ceux des filles armées qu’il n’ose regarder. Il va la trouver, elle se tiendra là, elle se sera levée. « Ayda ! » Un militaire s’interpose et lui ordonne de laisser les secours travailler. Joan ferme les yeux pour éviter ce qu’il vient de voir. En les rouvrant il reconnait le sac en cuir jaune déchiqueté sur le bitume, son baladeur qui dépasse et le corps d’Ayda déjà dans l’ambulance. Les sons se mélangent, et parmi eux sa voix, car Joan crie, à qui veut l’entendre, que cette brune était ici, avec un jean et un débardeur blanc, elle était assise là et qu’ils étaient ensemble, donc qu’on lui dise comment elle va, de l’aide, attendez, son sac… Le baladeur est là, qui glisse entre ses mains paniquées. Joan voit qu’il fonctionne toujours, le lecteur s’est juste mis en pause quand les écouteurs ont été arrachés.

 Qu’ai-je à faire de la multitude de vos sacrifices ? dit l’Éternel. Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux. Je ne prends point plaisir au sang des taureaux, des brebis et des boucs. Quand vous venez vous présenter devant moi, qui vous demande de souiller mes parvis ? Cessez d’apporter de vaines offrandes : j’ai en horreur l’encens, les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées ; je ne puis voir le crime s’associer aux solennités. Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes. Elles me sont à charge, je suis las de les supporter. (Esaï 1:11-14)

 Rouge, le sang est rouge et il est retourné à la terre. Des jeunes courent sur la jetée de Tel Aviv, surplombant le rivage que la Méditerranée frappe avec férocité. Tant que l’homme méconnaîtra son créateur… Joan se sent englouti. Il s’affale sur un banc, inondé de larmes et tente de calmer les palpitations de son cœur. Souffle prolongé de tristesse…

 À Dieu, Jérusalem !

 Adieu Ayda.

 « Oui, elle est morte sur le coup, vous comprenez ? C’était la personne la plus proche de la poubelle piégée. Monsieur, vous entendez ? Je suis désolé. Allez, courage ! » Comprendre comme peut comprendre un cerveau normal, entendre ce que peut entendre un bon entendant, en tout cas, celui qui a connu Ayda sans savoir si elle aurait aimé recevoir un peu plus de lui, peut-être juste un mot tendre, sans avoir osé rien lui dire parce qu’il pensait avoir la vie devant eux.

Adieu Itamar.

« J’ai eu vent de la catastrophe, dites-moi vite que vous allez bien, mes amis ».

 Joan attend son taxi pour l’aéroport. On a beau lui avoir prouvé par A plus B que Dieu est amour, si c’est ça, Dieu a déserté ce pays ; il lui faut continuer sa quête ailleurs. Paris, il veut revoir son oncle à Paris, et visiter le Louvre avec lui. Ensuite, Istanbul… peut-être. Connaître mieux le pays d’Ayda, sans préjugés, avec amour. Pulsar, quasar, nova, file petite étoile, au firmament de tes envies. Nos trajectoires sont faites pour se croiser, encore…

 Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Une génération s’en va, une autre vient, et la Terre subsiste toujours. (L’Ecclésiaste 1:2-4)

 Le petit écran lui propose un choix de divertissements, avec une section opéras. Peu après, une hôtesse de l’air lui demande s’il souhaite boire quelque chose. Ses yeux attentifs, la douceur de sa voix et la boisson chaude le revigorent un peu. Joan joue avec sa bague dans l’avion : il n’oubliera pas Jérusalem.

 Que ce soit lors des luttes intestines de l’empire musulman ou de l’arrivée des Croisés chrétiens, les hommes ont toujours été des barbares sanguinaires à la conquête du pouvoir. Tout au long du récit de l’Ancien Testament, ils sont mauvais et punis par leur dieu. Sitôt qu’ils reçoivent une correction, ils fomentent une nouvelle félonie. S’agit-il de révolte contre une autorité tyrannique ? Les punitions sont spectaculaires : la perte du paradis originel, le déluge, la destruction de la tour de Babel, de Sodome et Gomorrhe, les plaies d’Égypte, la traversée du désert, l’infanticide du premier fils de David, la séparation d’Israël et de Judée, la destruction des temples et les exils… Les Hébreux puis les Juifs n’ont jamais écouté les messages de leurs prophètes ; Dieu a dû beaucoup souffrir. C’est peut-être la raison de la diaspora causée par les Romains et la fin du peuple élu ? Mais qu’est-ce qui explique l’holocauste par les nazis, est-ce l’absence de Dieu dont parlait Joël Baruch ? L’absence totale, absolue, d’amour…

 Joan feuillette sa Bible pour retrouver la trace de l’arche d’alliance qu’il a suivie jusqu’à la destruction du Temple de Salomon. Son voisin, un rasta vagabond qui parcourt le monde pour trouver quelqu’un à qui parler, engage justement la conversation. Une nouvelle histoire : parmi les dirigeants qui allèrent écouter l’enseignement de Salomon, on compte la reine Makéda de Saba, dont on situe le royaume en Éthiopie. La reine et Salomon tombèrent éperdument amoureux l’un de l’autre. Dans le Cantique des Cantiques, la reine de Saba a un enfant avec Salomon que les prêtres refuseront de mettre sur le trône après sa mort. Ensuite, les Hébreux se désunissent et finissent en exil. La reine de Saba retourne dans son pays avec son fils Ménélik qui devint roi d’Éthiopie. Ce n’est qu’au dix-neuvième siècle que l’on redécouvrira les Falashas, cette communauté judéo-africaine héritière de l’union royale. Pour en finir avec les légendes, conclut-il, on dit qu’ils sont partis avec l’arche d’alliance et qu’elle se trouve toujours à Aksoum. Si tu suis la piste de Jah, tu peux faire un tour là-bas…

 Alors que Joan pèse le pour et le contre, son écran lui affiche un signe : c’est Aida, esclave éthiopienne et femme fatale amoureuse d’un officier égyptien dans l’opéra de Verdi. Lui, il est vivant, libre et capable d’aimer.

 Parce que tu n’as pas demandé richesses et honneurs mais seulement ce qui bénéficiera à tout le peuple, je te donnerai non seulement un cœur de compréhension comme à personne avant ou après toi… mais aussi des richesses et des honneurs comme aucun autre roi dans tes jours. (I Rois 3:7-13)

 L’avion atterrit à seize heures, un lundi d’avril en l’an 2012 du calendrier chrétien, sous un ciel chagrin. Le téléphone de Joan vibre pour lui notifier l’arrivée d’un email d’Itamar : « Incroyable mais vrai, pour toi qui veux te rendre au pays de notre chère Ayda… » Il doit se connecter pour lire la suite. Impatient, il se lance dans la quête du wifi de l’aéroport.

 Incroyable mais vrai, pour toi qui veux te rendre au pays de notre chère Ayda : on a retrouvé l’Arche de Noé… Une expédition sino-turque a procédé à des fouilles à quatre mille mètres d’altitude sur le mont Ararat, destination finale du vaisseau selon la Bible. Yeung Wing-Cheung et son équipe ont découvert des éléments en bois de structure de bateau datant de quatre mille huit cent ans dans une région où l’on n’a jamais trouvé de trace de présence humaine… Premier mystère : comment se fait-il que l’on découvre les restes d’un bateau à cette altitude ? Second mystère : comme par hasard, c’est à cet endroit du globe qu’un texte comme la Genèse relatant des histoires vieilles de six mille ans situe le naufrage d’une embarcation… Cette découverte complète celle de l’archéologue amateur Ron Wyatt qui avait trouvé une ancre de pierre vieille de cinq mille ans sur le mont Ararat… Quand le mythe devient réalité !

 Presque diverti par ce rebondissement, Joan ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire. Ron Wyatt, cet aventurier, un archéologue ? Il pianote : « Tu es sûr que tu ne confonds pas avec l’expédition Greenpeace ? » Il attend la confirmation de l’envoi puis attrape son sac sur le tapis roulant, prend le RER B jusqu’à Châtelet-les-Halles et remonte vers le dixième arrondissement jusqu’à la « petite Turquie ». Son téléphone vibre – nouvel email d’Itamar : « Greenpeace a effectivement reconstruit une arche, mais les bois sur la montagne ont été datés au carbone 14… Veuillez vous connecter pour lire la suite. »

Décidément, les croyants n’ont pas d’humour.

 

[1] Les citations en italique sont issues de la Bible.
[2] Itinéraire de Paris à Jérusalem, Chateaubriand
[3] Histoire de la divination dans l’Antiquité, Bouché-Leclercq

à visiter : http://alt-arch.org/en/ - l'association Emek Shaveh s'efforce d'établir un lien entre l'archéologie et le conflit israélo-palestinien. (Télérama n°3294 du 27/02/13 p.26)

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