PUIS-JE VOUS DIRE, Monsieur le JUGE ?

« Non mais c’est pas bientôt fini ? C’est un jeu ou quoi ? » « Le procureur est bien le maillon faible des garants de la liberté individuelle » (Syndicat de la magistrature)

Puis-je vous dire, Monsieur le Juge ?

 Vous m’aviez probablement oublié, mais il y a bien des années, lorsque vous exerciez au Tribunal d’Instance,  j’avais pu apprécier le sérieux avec lequel vous tenez à bien comprendre une affaire, même apparemment simple,  afin de la juger équitablement. Je n’ai eu qu’à m’en féliciter bien que n’ayant pas obtenu satisfaction sur tout.

 Nous nous sommes retrouvés récemment à deux reprises au Tribunal correctionnel à quelques semaines d’intervalle.

La première fois, relatant mon passé, je ne vais pas vous tenir rigueur d’avoir cité une condamnation alors que l’effacement de celle-ci était effectif depuis…quatre jours.

Vous m’avez relaxé pour cette  affaire, malgré la charge du Procureur, pour absence de pièces justificatives de l’accusation. C’est pour moi ahurissant.

Comment le Parquet peut-il décider de poursuivre sur la seule affirmation de la prétendue victime ? En vertu du statut de médecin de celle-ci ?

 Tout récemment, comparaissant pour refus de prise d’empreintes digitales suite à la plainte d’une voisine que je ne connais pour ainsi dire pas, vous m’avez indiqué que j’avais refusé de répondre aux questions des gendarmes mais que c’était mon droit. Ce n’est pas exact vu que j’ai déclaré n’avoir rien à dire, mais vous avez un rapport.

 Or, n’ayant rien à déclarer, j’ai quitté librement la brigade, et c’était un droit qui m’avait bien été énoncé.

Donc j’ai le droit, mais ah non je n’ai pas le droit ! Je vous ai fait remarquer que m’obliger à la prise d’empreintes aurait été de la rétention à défaut de mise en examen. Vous m’avez condamné, disant que la plainte se composait quand même, malgré le classement sans suite le jour même du procureur, de plusieurs pages (des "Misérables"?) bon ce n’est pas bien grave j’ai fait immédiatement appel.

 Ce qui est plus étonnant c’est que vous avez déclaré que « Nous ne sommes pas responsables des lacunes de la Loi » Mais moi non plus, Monsieur le Juge, moi non plus !

Le fondement de votre décision ne viendrait-il pas plutôt de ce qui aurait pu me valoir un outrage, lorsque j’ai demandé à la procureure « Non mais c’est pas bientôt fini ? C’est un jeu ou quoi ? » ce qui vous a fait sursauter et je le comprends. Un droit pourrait-il donc être quelquefois un gauche ?

En attendant, arrêt de la Cour d’appel aidant, le médecin précité pourrait se retrouver aux Assises. Et moi pouvoir mourir en Romain, c’est-à-dire debout !

 Comprenez que je ne vous en veux pas, Monsieur le Juge, ce qui n’est pas le cas des procureurs de la République. C’est qu’on ne peut pas être aimé de tout le monde, pas vrai ?

 « Le procureur est bien le maillon faible des garants de la liberté individuelle » (Syndicat de la magistrature)

Guilain LANTIN

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