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Le Club de Mediapart lun. 25 juil. 2016 25/7/2016 Dernière édition

Les primaires de la gauche: les dessous d'une campagne compliquée

II ne faut surtout pas que les primaires soient conçues comme «une sorte de supercongrès socialiste ou radical», explique, à juste titre, Jean-Pierre Mignard.

II ne faut surtout pas que les primaires soient conçues comme «une sorte de supercongrès socialiste ou radical», explique, à juste titre, Jean-Pierre Mignard.

Cet avocat (de Mediapart entre autres), membre du conseil national du PS (motion Ségolène Royal-Gérard Collomb) a été désigné, avec Rémy Pautrat, haut fonctionnaire, et Catherine Barbaroux, présidente de l’ADIE, membre de la Haute Autorité des Primaires citoyennes, laquelle est chargée de suivre la régularité et le bon fonctionnement du scrutin des 9 et 16 octobre prochains. La direction nationale du PS, alors sous l’autorité de Martine Aubry, a su confier cette lourde responsabilité à des personnalités peu suspectes de complaisance envers la majorité issue du congrès de 2008.

La Haute Autorité a déjà eu, entre autres mérites, celui de déclarer officiellement close la liste des candidats aux primaires, en dépit de certaines demandes d’exception en faveur du cas DSK. Il ne peut y avoir d’arrangement avec les règlements adoptés. D’autres décisions ont été adoptées, destinées à assurer l’égalité de traitements entre les candidats, en particulier ceux qui se sont déclarés au sein du Parti socialistes. Ces recommandations, qui ont valeur de référence, sont publiées et consultables sur le site officiel www.lesprimairescitoyennes.fr.

Ceci dit, il n’est pas sûr que les craintes de J.-P. Mignard soient fondées. J’ai distribué des tracts en faveur des primaires dans des marchés en juillet-août. J’ai été surpris de constater l’intérêt qu’elles suscitent déjà. S’il est un obstacle à surmonter, c’est celui de l’information sur l’implantation des bureaux de vote. Il n’est pas négligeable. Dans les cantons ruraux, il faudra parfois se déplacer « hors de chez soi ». C’est dire que l’électorat urbain risque de peser plus.

Pour beaucoup d’électeurs de gauche, la primaire, c’est un pré-vote, que certains considèrent comme aussi important que le scrutin d’avril prochain, voire moralement quasi obligatoire. Les électeurs de gauche ont parfois déjà choisi définitivement leur candidat-e. D’autres attendent de voir et comparer, veulent demander l'avis d'un élu qu'ils connaissent. Les craintes d’une manipulation de la droite ou l’extrême droite n’apparaissent plus guère. Une ombre cependant : les marchés des quartiers populaires se montrent moins réceptifs que les autres. On y sent même l’influence du Front national.

Les primaires ne seront donc pas un « supercongrès socialiste ou radical », mais une authentique campagne électorale, avec tous les ingrédients habituels. Tout dépendra de la mobilisation « militante », étant entendu que les militants ne seront pas seulement les adhérents du PS mais tous les bénévoles qui voudront soutenir un des candidats. Ce seront ces bénévoles qui feront – peut-être – la différence. Il faut donc bien comprendre que pour élargir la participation au vote des primaires, ce qui sera décisif, c’est la mobilisation que sera capable de susciter chaque candidat-e autour de ses perspectives et de ses priorités. M. Aubry et S. Royal l’ont bien compris, l’une en doublant chaque responsable politique de sa campagne par une personnalité de la société civile ; S. Royal en relançant Désir d’avenir. A. Montebourg se fie pour sa part à Internet d'une manière très professionnelle.

L’analyse des parrainages ou soutiens des candidats permet déjà de comprendre ce qui traversera, au moins implicitement, les campagnes de chacun d’eux – d’elles.

LES PARRAINAGES ET LES SOUTIENS

Il existe une différence de taille pour un candidat. Jean-Michel Baylet est présenté par le Comité directeur du Parti radical de gauche et n’a pas besoin des parrainages réclamés des candidats socialistes. Sa candidature a un sens essentiellement politique. Par delà un accord entre le PRG et le PS pour les sénatoriales, elle signifie que le PRG ne trouve plus de crédibilité à un accord entre radicaux de gauche et radicaux de droite (Borloo). Il s’engage à participer à une majorité présidentielle avec le PS et ses alliés. Il croit déjà à la possibilité d’une majorité de gauche au Sénat. Peut-être même est-il prêt à présenter un candidat pour la présidence de la Haute assemblée… Le souvenir de Gaston Monnerville, non sans raison, reste vivace chez eux.

Pour tous les socialistes une validation de candidature était acquise par des parrainages, avec un seuil minimum dans au moins une des quatre catégories d’élus : 1) Parlementaires socialistes ; 2) Maires socialistes de villes de plus de 10 000 habitants ; 3) Membres titulaires du Conseil National ; 4) Conseillers régionaux et généraux. Il est précisé que parrainage ne signifie pas nécessairement soutien (implicitement, c’est la reconnaissance de la valeur du candidat pour l’élection présidentielle), mais en règle générale le parrainage équivaut à un soutien.

Seuls, Martine Aubry et François Hollande ont atteint le seuil requis dans les quatre catégories, ce qui manifeste le nombre et la variété de leurs parrainages. Leur publication a été faite à la suite d’un tirage au sort limité au nombre minimum requis dans une des catégories. Les autres n’ont acquis ce minimum que dans une seule catégorie. A. Montebourg et S. Royal dans celle des conseillers généraux et régionaux ; M. Valls dans celle des maires des villes de plus de 10 000 habitants.

Ce sont donc des élus qui présentent des candidats comme pour l’élection officielle. Ces élus joueront un rôle important dans la campagne des primaires. La répartition des parrainages aide à caractériser les candidatures. Celle de M. Valls apparaît ainsi comme une candidature urbaine, sans doute liée, dans son cas, à des populations socialement très hétérogènes, plutôt résignées au mal être, voire touchées par la désespérance – mais capables de coups de colère, – en quête de travail à n’importe quel prix.

Elle se différencie de celles d’A. Montebourg et S. Royal, nettement plus ouvertes sur la ruralité au sens large du terme. Leurs parrainages viennent des collectivités territoriales, traditionnelles comme les départements (socle électoral du Sénat avec les communes de petite taille) ou de création plus récente comme les Régions, dont les élus passent facilement d'une assemblée à l'autre. Ce sont des assemblées où, comme dans les municipalités de toute taille, l’on acquiert parfois tôt de premiers mandats.

En un sens, l’opposition entre ces deux types de candidatures se retrouve entre celles de F. Hollande et M. Aubry qui recouvrent un large spectre.

F. Hollande a conquis sa légitimité politique en Corrèze dans cet ensemble Massif central qui a donné à la Ve République trois présidents : Pompidou, Giscard d’Estaing, Jacques Chirac. En une vingtaine d’années, il a supplanté le chiraquisme en Corrèze à partir d’une carrière politique parisienne et d’un mandat de député, parcours analogue à celui de l’ancien « jeune loup » J. Chirac. A une différence près : Chirac est entré jeune au gouvernement et c’est à partir de son expérience gouvernementale qu’il a construit un parti pour réaliser son ambition présidentielle. F. Hollande n’a participé à aucun gouvernement ; c’est L. Jospin qui l’a choisi pour prendre la tête du PS ; mais il a su progresser en pratiquant une politique habile de cumul de mandats : député-maire puis député-président de conseil général.

Martine Aubry n’a pas exactement le même parcours. Elle a acquis sa légitimité d’abord à cause de l’intérêt passionné qu’elle a porté aux questions du travail qui sont au centre de sa réflexion économico-politique (et même de sa politique culturelle). Ses compétences l’ont conduite au gouvernement et l’ont fait remarquer de Pierre Mauroy. Elle a acquis la maîtrise de la gestion gouvernementale et sait tout de la gestion d’une grande métropole comme Lille à laquelle elle a donné, de façon définitive, sa vocation économico-culturelle internationale. D’une certaine manière, M. Aubry présente une dimension politique plus urbaine, voire plus moderne, et F. Hollande une dimension plus rurale, voire plus traditionnelle.

Un examen plus précis des soutiens de l’une ou de l’autre, même s’il reste sommaire, permet peut-être de le vérifier. Un plus grand nombre de sénateurs soutient F. Hollande. Une majorité de députés socialistes soutient M. Aubry. C’est la conséquence de discussions serrées entre le PS et le groupe socialiste du Sénat. J’en retiens deux. La première, sur la loi Hadopi. Alors que les sénateurs socialistes avaient voté en première lecture le projet de loi, M. Aubry, interpellée par Christian Paul, s’aperçoit que le PS s’aliène la jeunesse avec ce projet de type répressif. Le groupe de l’Assemblée nationale fait des propositions de taxe sur Internet pour financer les droits d’auteur que le libre téléchargement ampute. Le groupe du Sénat doit s’incliner.

Deuxième exemple. C’est du Sénat que vient la plus forte résistance à la remise en cause du cumul des mandats. M. Aubry refuse de revenir sur les décisions actées. Elle doit accepter un compromis pour sauvegarder l’un des points essentiels de sa volonté rénovatrice : la fin du cumul des mandats sera acquise seulement en septembre 2012. Les candidats aux sénatoriales devront signer un engagement dans ce sens pour voir leur candidature validée.

L’analyse des soutiens locaux de F. Hollande fait apparaître bien des élus en état de cumuler un mandat de parlementaire et de président d’exécutif local. Et aussi des parlementaires arrivant à la fin de leur troisième mandat de député sans espoir de devenir sénateur : ils tombent sous le coup des récentes règles de la rénovation du PS.

Un exemple saisissant est celui du Puy-de-Dôme. Des élus en fin de 3e mandat (théoriquement non renouvelables selon les nouvelles normes du PS), traditionnels soutiens de L. Fabius, lui-même soutien affirmé de M. Aubry, se sont ralliés à F. Hollande. Le maire de Clermont-Ferrand, 75 ans, lui aussi ancien « fabiusien », déjà battu pour le renouvellement de son mandat sénatorial, montre son dépit en soutenant F. Hollande alors que son challenger plus heureux apporte son soutien à M. Aubry. Son fils, à peine quarante ans, déjà candidat suppléant aux législatives de 2007, ne le suit pas. Il sait que le cumul des mandats écarte sa génération de l’accès à des responsabilités nationales. Il a ouvert un blog en faveur d’Aubry. Il est amusant de constater comment ces vieux routiers de la politique vantent la mise en valeur de la jeunesse par F. Hollande, tout en refusant de céder leur siège à plus jeunes qu’eux.

En Indre-et-Loire, la nouvelle présidente du conseil général, députée en fin de mandat, s’est, elle aussi, rassurée de son éventuel cumul après les prochaines législatives en ralliant le camp Hollande avec Moscovici. F. Hollande a, en effet, promis que le PS ne contraindrait les parlementaires à aucune obligation non légale, c’est-à-dire imposée par le seul PS aux seuls socialistes. La régularisation en cas de loi votée pourrait se faire… au prochain renouvellement des députés et sénateurs …à partir de 2017 !

F. Hollande, pour trouver son créneau porteur, a choisi en toute conscience de s’appuyer sur un état d’esprit politique traditionnellement défendu par une majorité de sénateurs – chacun jugera selon sa sensibilité. L’éventuelle désignation de F. Hollande comme candidat risque donc de représenter un retour en arrière par rapport aux propositions de M. Aubry – et de la grande majorité des socialistes – en ce qui concerne la réforme du système politique.

PRIMAIRES : QUELLE CAMPAGNE ELECTORALE ?

Chacun comprend donc que la campagne sera menée en partie par des élus dont l’avenir personnel se jouera avec la désignation du 16 octobre. Ils ne sont pas des novices en la matière et sont souvent capables de faire de gros scores. Des soutiens de M. Aubry, peu convaincus par la nécessité des mesures pourtant officiellement adoptées par le PS, affichent une attitude de « réserve impartiale » et ne mouilleront sans doute pas la chemise. D’autres élus, fidèles à leur habitude, attendront de voir quel est le résultat le plus prévisible pour faire un appel de dernière heure et venir au secours de la victoire probable.Le drame des élus qui souhaitent être califes à leur tour, c'est qu'il doivent choisir entre le soutien à leur mentor local et le soutien à une politique favorable au déblocage des responsabilités électives. Entre savoir se taire et savoir parler, difficile de trouver le bon chemin...

Pour toutes ces raisons, la candidature Hollande est loin d’être celle d’un challenger. La désignation des candidats aux législatives se fera en décembre, et la question du cumul des mandats, celle du nombre de mandats successifs, se poseront en d’autres termes selon le ou la candidate désigné-e. L’esprit de rénovation voulu par M. Aubry, mais aussi Montebourg, S. Royal, sera ou bien vivifié ou bien se dissipera. Il en sortira un PS décidé à poursuivre sa transformation en dépit des résistances ou un PS prisonnier de ses défauts comme le fut la SFIO il y a 40-50 ans. Les primaires vont engager plus qu’on ne le pense l’avenir du PS en tant que parti.

Face à cette offensive de socialistes qui pensent l’avenir avec les schémas du passé, invoquant parfois l’ « exception française », voire la spécificité d’une « culture française » (qui ne remonte pas au-delà de la IVe République pour l’essentiel), la campagne des primaires sera assumée – ou non, ou peu – par des bénévoles plus soucieux de l’avenir de la France, de leurs compatriotes que du leur.

Evidemment, pour les intéresser, ces bénévoles, il faut développer une politique qui soit à la hauteur des fonctions de président-e de la République. Dans le contexte de crise économique, monétaire aiguë qui prévaut depuis 2008, ce n’est pas le plus simple. Car il ne peut être question d’en rester à un historique de la situation et à la mise en évidence des causes de la crise. On peut se satisfaire d’un « non ! », demander de nouveaux traités (pourquoi pas ? mais en attendant, il convient toujours de respecter ceux qui existent), voire souhaiter la sortie de l’Union européenne. Mais rien n’est résolu.

La question pour les socialistes est de faire apparaître que les vraies solutions passent par le rééquilibrage sensible des efforts demandés et la réorientation social-écologique de la politique économique. Les salariés ne peuvent sans dommage pour l’économie même se soumettre à une austérité qui réduit le pouvoir d’achat, l’emploi. Maîtriser la dette, réparer les dégâts des politiques menées en Europe notamment depuis 2004, ne peut se faire qu’en frayant de nouvelles pistes, y compris de conception écologique, pour faire reculer les dogmes du néolibéralisme – auxquels la social-démocratie, sous une forme ou une autre, a donné sa caution dans les 30 dernières années, Tony Blair et G. Schroeder en tête. Même le SPD a tiré les leçons de cet échec majeur dans un travail, encore à prolonger, avec les équipes du PS français.

Il est clair que certains – dont Hollande – restent dans la continuité d’une vision social-libérale remise au goût du jour. L’essentiel, c’est la dette et la fiscalité. F. Hollande occupe depuis le début le terrain de F. Bayrou en 2007. Il ne faut rien promettre qu’on ne puisse tenir. Annoncer une augmentation du budget national de la culture alors que les collectivités locales peinent à suivre aujourd’hui, c’est se montrer sous le profil d’un horrible menteur (d’une horrible menteuse). Oser le dire en Avignon qui fut l’un des berceaux de la lutte des intermittents du spectacle semble en phase avec les comportements de certaines collectivités territoriales pour lesquelles la culture est toujours la première sacrifiée sur l’autel de l’austérité. C’est cet esprit-là que F. Hollande a caressé.

Tout ne sera pas possible. Les électeurs de gauche en sont tout à fait conscients. « Vous croyez que vous pourrez changer un peu quelque chose pour nous ? » ai-je entendu ces dernières semaines. Il faut donner de son temps pour convaincre que ce quelque chose est possible et qu’il ne sera pas futile. F. Hollande a donné à comprendre aux intermittents du spectacle qu'il ne fallait pas se faire des idées. Les petits salaires, tous ceux qui sont au SMIC, ont vite transposé le :message, hélas !

« Nul n’ignore la situation réelle de la France et la dureté de la crise. Nous aurons des efforts à réaliser, mais je m’y engage, ils seront justement répartis. On ne peut pas demander toujours plus à ceux qui ont peu et donner à ceux qui ont déjà tout. Tout ne sera évidemment pas possible tout de suite, mais nous reprendrons ensemble le chemin du progrès. » (Martine Aubry)

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