Tout ce qui compte de vie

Agathe dort dans sa toile, les pattes tombantes comme du faufil abandonné. La douche passe tout près, la serviette frôle la toile, la creuse d'une large vague, détache un pan des amarres.
Agathe dort toujours. Elle n'a pas bronché. Au point que j'ai douté de sa présence vivante. Pouvant la croire morte. Douté même de sa présence. La très fine, presque invisible matérialité de son corps m'a échappé. Alors qu'elle n'avait pas bougé, comme si la tempête n'existait pas.
A d'autres moments elle est extraordinairement réactive, ce corps en un sursaut svelte se projette à l'écart, électrisé, aux aguets.
En quoi utiles ces métaphores, que cherchent-elles à décrire, à éclairer, à construire en espace entre elle et moi ?
Moins désespérant que répéter les paroles de Letetra Widman — arrachées au supplice. Tendues vers le supplice d'un frère. Celui de père. Celui d’enfants. De mère. Tous ces fils coupés arrachés distendus jusqu'à rupture, jusqu'au ravage. Vies stoppées dans le carnage des armes.
Ma quête de sens du travail, mon tâtonnement dans un espace de traces, dans cet espace incisé par le réel du carnage. Le monstrueux tant redouté.

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