L'inhumanité en actes Elisa, Anisa et leurs parents enfin libérés, pourquoi ?

Fin de l'enfermement de deux enfants albanaises et de leurs parents, à l'issue de 15 jours de rétention. Le ministère de l'intérieur a plié, soucieux de préserver une apparence d'image. Un dénouement heureux pour la famille, victime comme la majorité des demandeurs d'asile d'une politique migratoire violente.

A quelques jours de présenter son Plan Migrants et de se rendre en Albanie, le ministre de l'intérieur Gérard Collomb toilette son image, et découvre au bout de deux semaines interminables « les risques sanitaires que soulève [le] maintien en rétention » d'un jeune enfant. Il était temps.

Il ne fait aucun que doute les nombreux appels, mails et fax adressés au Préfet du Doubs et au Ministère, l'investigation tenace menée par une journaliste et ses collègues sur les irrégularités qui ont conduit à la rétention de la famille, ont facilité cette découverte.

La famille albanaise, arrivée à Besançon courant juillet s'était enregistrée comme demandeuse d'asile et avait logiquement obtenu un rendez-vous le 28 septembre pour l'étude de sa demande. La police de Besançon ne s'arrête pas à ces points de détails. Aussi a-t-elle été arrêtée le 11 août, au mépris de ce qui constitue les droits des demandeur d'asile : un hébergement et la possibilité de faire valoir les motifs de sa demande.

Arrestation

Ils sont donc arrêtés, frappés d'une OQTF (obligation de quitter le territoire français), et selon la réglementation, informés de leurs droits, grâce « au truchement d'un interprète » (dans le texte !) Le procès verbal mentionne que la famille souhaite exercer ses droits mais également qu'elle ne demande aucune aide, ni interprète, ni médecin, ni conseil. Mystère de la traduction.

Rétention

Embarquement en véhicule de police et quelques heures plus tard, c'est l'arrivée au Centre de rétention du Mesnil-Amelot, au bout des pistes de Roissy, l'enfermement dans le secteur « famille », la compagnie des autres retenus. Une chance pour eux, un jeune kosovar parle albanais, et français parfaitement, il se fera leur interprète, retenu malheureux que son intégration exemplaire dans la société champenoise ne parviendra pas à empêcher d'être expulsé d'un jour à l'autre.

Les audiences se succèdent, valident sans problème l'OQTF et la rétention des enfants. Une demande d'asile est déposée tandis que l'information commence à circuler dans les réseaux militants et que la mobilisation monte en puissance.

Première visite au CRA, les mains vides. Un fonctionnaire appelé le matin au téléphone, précise : ni livres, ni jouets, ni coloriages. A l'entrée du centre, première fouille complète, face à un policier l'arme au flanc, même réponse : RIEN ! A la troisième fois, la réponse est différente, finalement, il y aurait eu erreur, et des feutres sont apportés aux enfants pendant le parloir.

Le sol est sale, la poubelle déborde de déchets alimentaires consommés sur place, c'est la règle.

Les petites, à cran, tournent en rond dans la pièce minuscule. La mère s'efforce de ne pas pleurer devant elles. Le père explique, le jeune kosovar traduit. Désespoir, l'angoisse qui empêche de dormir et parfois de respirer. Dix jours d'enfermement déjà.

Mobilisation

Le 21 août, annulation du vol prévu ce jour-là, pour permettre à la demande d’asile de la famille d’être entendue par l’OFPRA, justifie le ministère.

Les parents préparent leur entretien. Sur leur convocation est noté : «  vous présenter pour un entretien avec un représentant de l'Office. PREFECTURE DE MELUN » . En réalité, l'entretien avec l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) habilité à traiter une demande d'asile, se déroule au Centre de rétention, « en visioconférence, dans un local spécialement aménagé à cet effet, selon des modalités techniques garantissant la confidentialité de la transmission fidèle des propos ». Mais ça, c'est écrit en petit. Et pas de tiers pour confirmer si la confidentialité a été respectée (on entend tout d'une pièce à l'autre). La famille attend beaucoup de cette démarche, mais plus pressant est de parvenir à faire plier le Ministère. La veille, avant même que leur entretien ait eu lieu, et encore moins la réponse, les parents ont appris qu'un vol était prévu pour eux le 30 août. C'est dire...

Appels, fax, mails arrivent chez la Conseillère d'Immigration, régulièrement en réunion, quelques appels, le dernier communiqué de presse avec photos des fillettes, parviennent au cabinet du Ministre. Le choc des images, le poids des mots.

 

Libération

Le 25, tout se précipite. RESF reçoit un appel du jeune kosovar : Ils vont être libérés ! Ils ont vu le médecin. On s'informe. C'est impossible, d'autant qu'on apprend en même temps que la demande d'asile a été rejetée. Appel des militants de Besançon, qui viennent d'apprendre d'une journaliste la libération de la famille. Appel de la mère, un seul mot, en français « LIBERE » . Nouvel appel à la Cimade du centre pour vérifier. Confirmation. Mais … ils sont déjà dehors. Ballet des appels, on ne sait plus qui parle à qui, un policier ? Ah ? Vous venez les chercher ? Mais ils ne sont plus là. On obtient qu'ils les mettent à l'abri quelque part, ce sera l'abribus du village du Mesnil Amelot . Dehors, c'est le déluge .

Plus d'une heure plus tard, ils sont bien là, ils attendent, sous l'abri bus du village noyé sous la pluie, totalement désert, les petites crottées de boue, leurs effets entassés dans 3 sacs en plastique.

Embrassades, quelques larmes, eux n'en finissent plus de remercier.

Plus tard, ils prendront le train, retrouveront les militants qui leur ont trouvé un hébergement pour le week-end. Pour qu'ils se posent enfin, une ou deux nuits.

 

Et la politique dans tout ça ?

Le courage dont devraient faire preuve le Président et le Ministre serait d'interdire définitivement et par une loi tout enfermement de mineurs en rétention, et de se mettre, enfin ! en conformité avec les principes des textes internationaux parmi lesquels la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) et la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). Ni à droite, ni à gauche, puisque c'est ainsi qu'ils se définissent, personne de bon sens ne prétend qu'un enfant doit être privé de liberté pour des raisons administratives. C'est au point que les enfants ne sont pas « inscrits » au Centre de rétention. Ils n'y ont pas d'existence juridique. Juste le droit de subir pareille maltraitance.

Changer la société comme le souhaitent ces nouveaux gouvernants, c'est montrer l'exemple du courage et de l'audace dans ce domaine aussi. Il y a des progrès à faire !

Armelle Gardien

RESF 92

 

 

 

 

 

 

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