Tester & Traiter. Réponse à une nième attaque portée contre la "méthode" dite Raoult

J + 31 (il y a quelques temps, donc) : Esprit critique et impartial es-tu là ? Pourquoi n'utilise-t-on pas tous les laboratoires de recherche pour mesurer les charges virales par RT-qPCR? Ne serait-ce que sur 1 plateforme : 1384 échantillons /jour avec une sensibilité allant de 3 à 100 fois mieux qu'en hôpital avec expertises et compétences disponibles.

"Primum non nocere, deinde curare"

Droit de réponse

Nous avons reçu un courriel du Président d'un Café des sciences, un scientifique Directeur de recherche, qui parle donc en son nom et au nom du Café des sciences.

Nous avons reçu ce courriel :

"Bonjour,

Je suis consterné par l'affaire de la chloroquine, qui montre un mépris incroyable par rapport à la démarche rationnelle, de la part de Didier Raoult et de ses suiveurs.

Ce personnage croit que son expertise le dispense de la procédure des essais cliniques en double aveugle, qui seraient selon lui imposés par le lobby de l'industrie pharmaceutique!

Résultat : il ne démontre RIEN Et il sème la confusion dans le public (mais pas chez ses confrères).

Je vous suggère d'écouter a ce sujet la chronique de ce matin de Nicolas Martin sur France culture qui fait réaliser en 4 minutes le danger public de cette posture:

https://www.franceculture.fr/emissions/radiographies-du-coronavirus-la-chronique/hydroxychloroquine-primum-non-nocere

Cordialement

J"

 

Notre réponse

Bonjour J.,

Moi aussi je suis consterné par l'affaire de la chloroquine (HCQ), qui montre un mépris incroyable de la démarche rationnelle du Pr. Raoult et de nombreux de ses collègues médecins, qui soignent des patients malades.

Car, ce qu'oublie de signaler N. Martin dans sa chronique, c'est la seconde partie de la maxime d'Hyppocrate "primum non nocere, deinde curare" rôle premier du médecin que celui de soigner (avec le consentement du malade etc.).

Ce rôle premier du médecin, le praticien, consiste donc à pratiquer la médecine et à mettre en oeuvre une praxis pour soigner, sans nuire bien évidemment, fondée sur l'expérience bien sûr et sur l'empirisme face à son patient.

N. Martin ajoute toutefois en fin de chronique que le traitement suivi en milieu hospitalier est probablement sans risque. Ouf, nous voilà rassurés, la possible torsade de pointe pourra être anticipée.

Il oublie cependant de signaler toutes les précautions avancées par les utilisateurs de la HCQ dans des protocoles détaillés, et surtout dans un contexte précis de son utilisation : début d'infection, ECG, kaliémie etc. et surtout en association avec l'azythromycine (cf le 1er article sur 24 patients où la chute de charge virale est spectaculaire et cf le dernier pre-print de l'IHU de Marseille

https://www.mediterranee-infection.com/early-treatment-of-1061-covid-19-patients-with-hydroxychloroquine-and-azithromycin-marseille-france/).

D'autres praticiens, qui connaissent très bien leurs patients, mettent en place leur praxis, qui semble fonctionner (cf communication du Dr. Sabine Paliard-Franco)

et

https://www.estrepublicain.fr/sante/2020/04/11/un-medecin-mosellan-constate-l-efficacite-d-un-protocole-a-base-d-azithromycine

Quelle meilleure démonstration finalement que de voir les patients, soit sortir de l'hopital rapidement, soit de ne pas y aller, car leur charge virale a été réduite voire annihilée en amont d'un développement sévère de la pathologie.

La question scientifique du mécanisme in vivo l'HCQ et l'azythro n'est pas primordiale face à la pandémie et à l'afflux de patient.

Le soin compte, sans nuisance.

Il est important, dans le chronique de Mr Martin, de constater que pour critiquer le traitement à l'HCQ, N. Martin base son raisonnement sur une pratique moderne de la médecine dictée par un rationalisme fondé sur la preuve scientifique (evidence based medecine ou EBM), dont les dérives sont dénoncées depuis plusieurs années par des éditeurs de revues médicales prestigieuses (cf Richard Horton The Lancet, 2015 par ex.), et contre lesquelles des ONG tentent d'agir (cf Transparency International, 2016).

Bien qu'une méthode rigoureuse ou considérée comme telle soit appliquée, les résultats de nombreuses études sont controversés, car soit non reproductibles, soit avec des effets dérisoires, soit biaisés car intéressés

https://www.nature.com/news/biotech-giant-publishes-failures-to-confirm-high-profile-science-1.19269

https://blogs.bmj.com/bmj/2013/09/09/richard-smith-time-for-science-to-be-about-truth-rather-than-careers/

https://blogs.bmj.com/bmj/2014/01/31/richard-smith-medical-research-still-a-scandal/

Pourtant, là est un sujet essentiel de discussion, sur l'intérêt ou non de ces études et leur lien avec la mise sur le marché de médicaments utiles (cf le guide des Pr. Debré et Pr. Even ISBN: 9782749121413).

On peut même aller au-delà et s'interroger sur la qualité de la recherche scientifique dans son ensemble. C'est un vrai débat.

Et je te renvoie à la question posée par JPA Ioannidis en 2005

https://journals.plos.org/plosmedicine/article?id=10.1371/journal.pmed.0020124

Ce qui est grave aussi dans la chronique de N. Martin c'est que les seules références avancées sont issues des directeurs des agences régionales ou nationales du médicament et de la pharmacologie et de leurs préconisations , dont nous avons vu l'efficacité depuis le mois de janvier 2020, voire fin décembre quand l'alerte du docteur Chinois a été lancée.

Mais pas de contre point de praticiens. C'est dommage.

Je t'invite à écouter (in extenso si possible) l'entrevue du Pr. Perronne donnée au journal Nexus le 09/04 (diffusée 4 jours avant la chronique de Mr Martin), qui décrit, au-delà des aberrations de la gestion de la crise actuelle (études randomisées, protocole Discovery, etc.), l'état de dysfonctionnement du système de santé français (agences, méthodologistes vs praticiens etc.) et du processus décisionnel :

https://www.nexus.fr/actualite/entretien/perronne-hydroxychloroquine/#.Xpk1sYU3Fiw.twitter

J'y ajoute un article récent publié le 30/03 dans MedRxiv , d'une étude in silico par docking sur l'interférence de protéines du SARS-Cov2 sur le métabolisme de l'hème, pouvant expliquer l'état de détresse respiratoire de certains patients. Les interactions moléculaires avec la chloroquine y sont décrites également.

Ainsi que la publication récente du remdésivir de Gilead, dans NEJM bien que non randomisée, multicentrée, sans placebo, sans mesure de charge virale, avec 13% de mortalité, mais financée par Gilead. A comparer avec les 0,5% de mortalité de l'IHU de marseillais.

Je crois que les médecins et personnels soignants peuvent eux seuls témoigner et rendre compte du bien-être des patients et du gain ou non d'un traitement, surtout en cas de crise, à l'inverse des responsables d'agences, éloignés de la praxis, qui enlèvent aux médecins la capacité de décider de ce qui est bénéfique pour le patient.

A mon avis les questions (liste non exhaustive) à se poser relèvent de :

  • - la mise en oeuvre rapide d'une thérapeutique efficace ou faut-il attendre l'étude randomisée menée par les EPST + les big pharma?

  • - combien de résultats positifs faut-il pour admettre la réussite d'un traitement? 12 pour la pénicilline contre la pneumonie au milieu du siècle dernier ...

  • - pourquoi c'est la méthode qui guide la médecine et non l'inverse? Avec comme corollaire "qui décide de la méthode"?

  • - qui sème la confusion dans l'esprit du citoyen : le médecin qui pratique et soigne, ou le gouvernement qui décrète, puis contre-décrète, puis re-décrète le protocole HCQ + azythro mais dans les pires conditions à savoir pour des patients en soins intensifs? Conditions proscrites par les prescripteurs de l'HCQ

  • - pourquoi le protocole Discovery propose l'HCQ seule, non associée à l'azythro?

  • - pourquoi les préconisations des rapports antérieurs à COVID19 n'ont pas été suivies? (destockage de masques etc.)

  • - pourquoi a-t-on supprimé des lits d'hôpitaux et des personnels soignants, et pourquoi gère-t-on les patients comme du stock matériel?

  • - pourquoi les recherches sur les SARS-Cov et les Cov n'ont pas été financées quand les virologues des EPST le demandaient depuis 2005? les épisodes de SRAS de 2003 (SARS-Cov1), puis 2012 (MERS-Cov), puis 2013 (SARS-Cov1 version fuite de laboratoire) n'ont pas été des alertes suffisantes?

  • - pourquoi n'a-t-on pas dépisté? pour attendre les tests sérologiques qui aujourd'hui s'avèrent nuls? Ce qui n'empêche pas d'acheter les machines fermées de Roche par ex à 300k€ pièce.

  • - pourquoi n'utilise-t-on pas les laboratoires vétérinaires départementaux pour mesurer les charges virales par RT-qPCR? Ils savent faire (cf vache folle et grippe aviaire), et avaient des fournisseurs de kits, dont malheureusement les stocks ont été vendus notamment à l'Allemagne qui a détecté massivement. En plus ils travaillent avec des machines ouvertes acceptant toutes les chimies.

  • - pourquoi n'utilise-t-on pas tous les laboratoires de recherche pour mesurer les charges virales par RT-qPCR? Ne serait-ce que sur ma plateforme je peux traiter 1384 échantillons /jour avec une sensibilité allant de 3 à 100 fois mieux qu'en hôpital. On a donc une force de frappe conséquente sur tout le territoire, en réunissant toutes les plateformes, leurs expertises et compétences.

  • etc.

Bref tout un ensemble de questions, dont j'aurais aimé que N. Martin nous parle en 5 minutes, notamment les questions scientifiques et méthodologiques qui semblent être de son ressort, ainsi qu'une bibliographie plus conséquente. Je n'écoute plus sa chronique, car en général cela consiste en l'exégèse d'un article, point final, ce qui s'éloigne de la méthode scientifique où l'idéal voudrait que l'on embrasse l'état de l'art sur une question donnée.

Désolé pour ce mail un peu long, mais il me semblait nécessaire de te communiquer ces informations si tu ne les avais pas déjà

Amicalement

B"

Et Co

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.