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Billet de blog 16 oct. 2021

Je n’ai pas choisi Sandrine Rousseau pour l’éco-féminisme ni pour la radicalité

J’ai suivi avec attention les primaires des écologistes que j’ai trouvées très intéressantes. Surtout j’ai été convaincu par le discours de Sandrine Rousseau. J’ai donc voté pour elle aux deux tours sans hésitation. Mais ce n’est pas pour les étiquettes avec lesquelles est décrite sa proposition dans les médias depuis sa percée inattendue.

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J’attendais depuis longtemps une proposition politique qui dise enfin la vérité sur ce que représenterait une réelle responsabilité écologique en explicitant des modalités de mise en œuvre de la transformation même si elles ne sont à priori pas populaires. J’attendais depuis longtemps une proposition qui cesse de surfer sur les clichés écologistes, parfois plus symbolique que réellement rationnel et efficace, une proposition qui décrive les changements de fond à opérer et l’impact sur notre économie et notre confort matériel qui en découleront forcément. Une proposition qui ose dire que qu’un réel changement ne se fera pas sans contrainte. En gros, une proposition qui mise sur la possibilité de convaincre par la sincérité. Pour tout ceci, je suis extrêmement reconnaissant de ce que Sandrine Rousseau à apporter au débat politique. Et je pense qu’elle a raison quand elle dit que cette primaire ouvre une nouvelle page.

Mais non, ce n’est pas pour le concept d’éco-féminisme que j’ai soutenu cette proposition. A noter, qu’il en a été très peu question dans la primaire des Verts. J’ai du chercher dans d’autres vidéos et interviews pour trouver l’argumentation de la candidate expliquant son adhésion au concept. Je ne suis en rien convaincu…

Alors soyons clair, j’ai toujours considéré le combat féministe, dans ce qu’il a de plus classique et originel, à savoir l’égalité des droits, des salaires, des responsabilités, des corvées,  tout à fait légitime et important. Et bien entendu, il faut absolument tout faire pour libérer les paroles pour pouvoir poursuivre tous les hommes qui useraient de violence, de rapport de force ou de la peur pour agresser sexuellement des femmes. Sur ce point je ne crois pas une seule fois dans ma vie avoir fait défaut à cette philosophie et j’ai toujours vu d’un bon œil les propositions politiques, qui consistent à intervenir sur le champ sur lequel l’Etat peut intervenir. Mais au risque de passer pour un réac, ce que je suis peut être, je dois reconnaitre que la dimension que prend aujourd’hui l’extension de la réflexion féministe sur de nombreux sujets de société et réflexions politiques, me dépasse un peu. Tout d’abord, j’ai du mal à savoir si la traque et condamnation permanentes de toutes les différenciations sociétales entre homme et femmes, garçons et filles, sous prétexte qu’elles sont forcément le terreau des inégalités femmes-hommes, débouchera réellement sur une avancée sociétale. Mais surtout, je n’arrive pas à adhérer à cette connexion entre écologie et féminisme. Dans ce concept, je ne vois rien d’autre qu’une liaison artificielle, hors sol. Je ne vois pas en quoi une société qui aurait en son sein des rapports équilibrés et plus sain entre les hommes et les femmes aurait forcément conscience de sa dépendance aux écosystèmes qui l’entourent et de manière plus global un rapport respectueux envers la nature. Mais à vrai dire, je n’ai pas envie de rentrer dans ces débats, je n’ai pas envie de creuser le sujet. De toute façon, les combats en « isme » nous ont à mon sens déjà fait perdre trop de temps. Ce qui m’importe de soutenir c’est un programme qui arrive à convaincre une majorité de citoyens de diminuer significativement le nombre de molécules nocives rejetées sur la planète par nos activités. Sachant que pour cela il faut faire accepter une réduction du pouvoir d’achat très conséquente. Le combat me parait déjà tellement énorme, et le défit de réunir le consensus nécessaire au sein du pays tellement difficile à relever, que  je trouverais le risque d’associer l’étiquette d’eco-feminisme à la proposition censée rassembler une grande majorité de citoyens dans un temps très court, totalement suicidaire politiquement. Je ne dis pas que cette réflexion n’est pas légitime, je considère juste que tout cela  me dépasse et que pour ma part je ne donnerai pas mon soutien à un concept qui ne me parle pas et qui fera fuir à  coup sûr une grande partie de ceux que l’on cherche à rassembler.  

Mais il y a également une deuxième étiquette que l’on associe aux propositions de Sandrine Rousseau qui m’interroge. C’est celle de la « radicalité ».  Autant je dois dire que j’ai eu souvent, comme beaucoup d’autres personnes conscientes des enjeux écologiques, envie d’utiliser ce terme tant l’ampleur du changement à réaliser n’était pas exprimée jusqu’alors. Mais finalement je m’interroge sur la légitimité et l’intérêt de porter cette radicalité comme un étendard. Déjà, il faudrait se demander ce qui est le plus radical entre avoir conscience de continuer à contribuer à  laisser une terre brulée à nos enfants et tenter de changer nos pratiques. En effet, ce qui me semble radical, c’est ce que nous faisons aujourd’hui : nous savons que nos modes de production, nos modes de vie conduisent à laisser à nos enfants un monde beaucoup moins propice au bonheur que celui dans lequel nous avons vécu, et nous refusons de les remettre en cause car nous refuserions de baisser notre pouvoir d’achat ?  Moi je trouve que c’est cette position cynique qui est radicale, en refusant d’écouter ce que nous avons de plus humain, à savoir l’attention que nous portons à nos enfants. La proposition portée par Sandrine Rousseau est juste sincère, réaliste. Si nous voulons arrêter de rejeter des gaz à effet de serre et d’utiliser des pesticides cela aura un impact sur notre façon de vivre, notre confort matériel, notre  accès à la consommation de masse. Il n’y a rien de radical à dire cela,  c’est juste une réalité physique et technologique.

Mais au-delà de cela il me semble que nous devrions nous interroger de notre coté de l’échiquier politique, sur le message que nous voulons associer à notre proposition. Est-ce que celui-ci doit être ressenti comme une coercition directe, ciblée sur des usages précis et donc clivante et autoritaire ? Ou bien  cherche-t-on un pacte que l’on propose aux citoyens, un pacte uniquement basé sur ce qu’on ne veut plus rejeter sur la planète ? Lorsque je vois les sessions locales d’EELV vent debout sur des cibles précises comme la 5G ou le compteur LINKY, je me demande d’une part si le combat est bien rationnel mais surtout je reste persuadé que c’est le meilleur moyen d’ouvrir un boulevard à  l’expression d’une caricature de ce que devrait être la proposition écologiste. La proposition portée par Sandrine Rousseau évite la plupart de ces écueils mais pas totalement et je crains que l’esprit de radicalité que ce courant semble vouloir endosser le conduise à s’enfermer dans des positions clivantes sur lesquels l’écologie du symbole veut régler ses compte depuis des dizaines d’année, et de ce fait rester marginal. Il me semble que pour éviter ce piège, il faut à tout prix bannir la rhétorique de radicalité de nos propositions et prendre garde à ne pas nous positionner  sur des questions d’usages. Ce n’est pas être radical de dire que le recours au « prix », à  la fiscalité écologiste est un outil indispensable pour permettre un changement rapide sur tous les niveaux sur lesquels il faut revoir la donne.  Ce n’est pas être radical de dire qu’augmenter l’offre alternative ne suffira pas ; c’est juste une question de bon sens et d’urgence. Le discours  porté par Sandrine Rousseau était il me semble on ne peut clair sur l’accompagnement des plus modestes pour affronter les hausses de prix inévitables dans un contexte de responsabilité environnementale. De ce fait qu’est ce qui est radical ? Le fait de choisir un chemin dans le sens de l’intérêt général et des générations à venir au risque de perturber le niveau de vie des classes moyennes et surtout de ceux qui ont un pouvoir d’achat qui n’en finit plus de s’éloigner des plus modestes ? Non, je ne vois aucune raison d’adopter cette rhétorique de la radicalité sur cette proposition.

Au final, je le redis, j’ai été très enthousiaste sur cette proposition lors de la primaire écologiste. Mais je suis sceptique sur la capacité de ce courant et plus largement d’EELV à faire émerger un projet de société capable de réunir le consensus national indispensable au changement.

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