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Billet de blog 29 mars 2019

La Paix, une position intenable...

Suite au visionnage du long métrage de Maria Schrader “Avant l’aurore” (2016) sur les sept dernières années de Stefan Zweig (1936-1942), il m'est revenu en mémoire que cet homme épuisé, enchaîné à la fatalité d’un exil sans fin, écrivait dans les mois qui ont précédé son suicide un très bel essai sur Montaigne.

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"Je fais l’apprentissage du métier de réfugié. J’ai sans doute beaucoup à y découvrir. C’est d’ailleurs un métier auquel il est prudent pour un homme d’aujourd’hui de se préparer, en quelque lieu du globe qu’il vive" (Stefan Zweig)

Tout d’abord, je tiens à saluer une magnifique réalisation, une superbe distribution avec des actrices et acteurs très justes. L’interprétation de Josef Hader est remarquable.

Les mois qui ont précédé le suicide de Zweig (et sa femme Lotte Altman avec lui), il écrivait un très bel essai intitulé sobrement Montaigne que j’ai lu il y a quelques années.
Montaigne, grand lecteur des stoïciens, des sceptiques et des épicuriens n'en a choisi aucun mais a préféré les "peser" pour se faire tout seul. Une posture que Zweig admirait : "Montaigne a fait la tentative la plus difficile qui soit sur terre : vivre par soi-même, être libre et le devenir toujours plus".

Zweig vivait douloureusement une position intenable : seul et isolé, il résistait en défendant la Paix alors que le monde entier, aveuglé par la condamnation du régime nazi, ne concevait pas autre chose que faire la guerre. Il reconnait chez Montaigne les mêmes préoccupations que lui. Ils sont, l’un et l’autre, terrifiés par cette soumission à "l’arbitraire d’idéologies tyranniques", l’obscurantisme, l’absurdité, la démence destructrice, la chute de l’humanité dans la bestialité commune à leurs temps.

Zweig est brisé et trouve chez Montaigne un ami, un esprit, une intuition spirituelle : "Il faut chercher une autre certitude en dehors du monde, à l’écart de sa patrie, il faut refuser de plonger au milieu des possédés et créer son propre monde, au-delà du temps" écrit Zweig dès les premières pages.
Cette nouvelle certitude, le maintien d’un esprit clair, "être humain dans une époque inhumaine", Zweig le traque dans une lecture et une compréhension convaincante et originale de l’oeuvre de Montaigne tournée vers un seul désir : "Comment, dans une époque semblable à la nôtre, il s’est lui même libéré intérieurement et comment, en le lisant, nous pouvons nous-mêmes nous fortifier à son exemple".
Dans les pas de Montaigne, il semblerait que Zweig annonce clairement son programme d'émancipation.
Pourtant, à la fin de son essai, évoquant la fin de vie douloureuse de Montaigne, il écrit : "Montaigne se sent malade, ses calculs le font souffrir au point qu'il envisage parfois même le suicide". Et Zweig s’empresse d’ajouter, comme une consolation, les mots que lui adresse celui qu’il sent aussi proche qu’un ami : "le seul remède, la seule règle et l'unique science, pour éviter tous les maux qui assiègent l'homme de toutes parts et à toute heure, quels qu'ils soient, c'est de se résoudre à les souffrir humainement, ou à les terminer courageusement et promptement".

Ce qu'il fit.

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