Le monde d'avant 44/20 - 2

Exécution

Le dernier condamné à mort exécuté en France était tunisien. On dirait aujourd’hui franco-tunisien. Comme pour s’empêcher de savoir s’il était né en France, donc français par le droit du sol, ou naturalisé, ou simplement établi en France depuis un certain temps. Comme pour s’autoriser un certain racisme tout en ayant l’air bien propre dans sa tête. Avant la chute de la lame de Guillotin, on lui tend sa dernière cigarette. Qu’il fume. Il en demande une seconde. On lui accorde. L’ayant fumée – ne tirait-il pas trop fort sur sa tige, comme on disait dans le « milieu » pour gauloise brune ; mon père disait cibiche – il en quémande une troisième. On lui refuse. Sans doute craignaient-ils – mais qui étaient-ils au juste, pour refuser ? – qu’accepter aurait entrainé une kyrielle d’autres demandes de cigarettes et, qu’à la façon des mille et une nuits, on courrait le risque de l’obligation de sursoir. Or Giscard, le président de la République qui avait accordé la majorité à 18 ans, avait refusé la grâce du franco-tunisien.

On a oublié la raison de sa condamnation, quel crime il avait commis. D’ailleurs, l’avait-il avoué, ce crime ? Un ancien policier de ma connaissance, qui avait assisté à des exécutions capitales ès-qualités, m’avait susurré comme un secret que dans les instants suivant une exécution capitale, on posait d’ultimes questions à la tête chue dans le son, espérant qu’avant la disparition totale d’un zeste de conscience, le supplicié coupé en deux puisse enfin avouer son crime dans un dernier souffle exhalé sans ses poumons.

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