Lettre ouverte d’un travailleur handicapé, futur condamné à la misère

Michel REQUET (51 ans)                                                                                                    

Paranges

69430 MARCHAMPT

 

 Monsieur François HOLLANDE 

Président de la République

Palais de l’Elysée 

55 rue du Faubourg St Honoré

75008 PARIS

                                                                     

                                                                                          Marchampt le 17 mai 2014

 

Lettre ouverte d’un travailleur handicapé, futur condamné à la misère

 Monsieur le Président de la République

Après avoir obtenu en 1985 une maîtrise en bâtiment (bac+4), mon parcours professionnel commence dans l’entreprise de charpente familiale (1986 à 1996). Une année passée en maîtrise d'œuvre dans la rénovation immobilière (1997), avant d'être embauché par la société MESSIER BUGATTI/Carbonne Industrie  en tant qu'Adjoint Service Travaux neufs (1998 à 1999) et poursuivre mon cursus comme Chargé d’affaires au sein du bureau d’ingénierie de la société MONTICS filiale d’IBM (2000 à 2009)  .

Le 17 juin 2005 au matin (la veille de mes 42 ans) et juste avant mon départ pour l'entreprise, je suis victime d’un Accident Vasculaire Cérébral. Mon compagnon alerte les secours qui arrivent rapidement sur place. Je suis dirigé dans un premier temps sur Villefranche sur Saône puis transféré dans le service spécialisé en neurologie de l’hôpital Wertheimer de Lyon. Après plusieurs mois d’hospitalisation et de rééducation, je retrouve progressivement et à peu près normalement mes capacités motrices.

 Début janvier 2006, je réintègre l'entreprise pour reprendre mon travail. C’est à cette période que les ennuis commencent, mon employeur fait tout pour me mettre à l’écart, évite de me donner des dossiers, essaie de me persuader de signer une lettre de démission, en profitant de ma fragilité. J’ai dû faire appel à un avocat pour essayer de me protéger, mais après une longue procédure et malgré ma reconnaissance de travailleur handicapé acquise en février 2008, je suis finalement licencié en début d’année 2009.

 Début de la descente en enfer:Après mon licenciement et ma période d’indemnisation par Pôle Emploi, je me retrouve sans ressources et adresse le 27 janvier 2011 une demande de pension d’invalidité auprès de la sécurité Sociale, refusée le 1er avril 2011 et rejetée par le TCI le 5 mars 2012

Plusieurs mois de recherche active me permettent d’être embauché pour deux courtes périodes en 2011(7 mois) et 2013(3 mois). Malheureusement compte tenu de mon problème de fatigabilité, ces deux expériences se soldent par un échec. Je me retrouve sans emploi et sans aucune indemnité chômage.

Début 2013 j’adresse une demande de AAH auprès de la MDPH qui me reconnaît adulte handicapé. La C.A.F. me verse une somme totale de 886,03 €uros répartie entre novembre 2013 et janvier 2014 et supprimée ensuite

 Désireux de retrouver coûte que coûte une activité professionnelle en adéquation avec mon état de santé, Cap Emploi m’oriente vers les services à la personne et me propose une formation auprès de l’AFPArefus de cet organisme sous le prétexte d’un mauvais profil trop diplômé et trop d’expérience…  

J’ai  participé à toutes les actions à mes frais (proposées par Cap Emploi ou de ma propre initiative) qui j’espérais auraient pu me permettre de retrouver un emploi ; rencontré plusieurs personnalités politiques, économiques ou syndicales qui ont toutes compaties sans jamais me proposer quoique ce soit, à croire que mon AVC est devenu un handicap majeur pour ces personnalités, sauf pour le médecin de la sécurité sociale (le comble). « Depuis mon AVC, Je me rends régulièrement chez mon docteur généraliste, suis reçu tous les deux ans par mon neurologue et dois m'astreindre à un traitement médicamenteux lourd (à vie) ». 

Devant l’impossibilité d’avoir accès à une formation, J’adresse le 10 octobre 2013 une nouvelle demande pour une pension d’invalidité auprès de la Sécurité Sociale qui la refuse à nouveau (même médecin) le 14 novembre 2013. En désespoir de cause, je viens d’engager un nouveau recours auprès du Tribunal et pris conseil auprès d’un avocat pour m’accompagner dans mes démarches auprès du tribunal du contentieux et de l’incapacité. Cette procédure qui s’avère longue et coûteuse est en cours actuellement.

C’est dans un esprit de RAS LE BOL GÉNÉRAL que je vais participer et une fois de plus au forum handicalad à Villefranche le 19 mai et à Jobekia à Lyon le 22 mai. D’ores et déjà je pense rencontrer les mêmes organismes, associations et entreprises (largement subventionnées par des fonds publiques mais qui semblent bien  incapables de m’aider à trouver un emploi). 

 A quoi servent les beaux discours de nos politiques, les soi-disant obligations d’embauche d’handicapés, les fonds dépensés en publicité y compris à la télévision pour vanter les mérites de l’AGEFIPH ? A qui s’adressent les messages de soutien laissant entendre que tout est fait pour aider les travailleurs handicapés, tant dans les entreprises publiques ou privées ? Ne sont-ils que mensonge et hypocrisie ?

En tant que travailleur handicapé: suis-je condamné au silence, à vivre en marge de la société, à être traité comme un pestiféré, à finir mes jours dans la misère, à ne plus voir d'autre horizon que le suicide ?J’espère que ce cri de désespoir sera enfin entendu et permettra à certains de nos politiques, bien assis dans leurs privilèges et avantages, de comprendre la souffrance des laissés pour compte suite à des accidents de la vie et exclus du travail.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de mes respectueuses salutations

Michel REQUET

Copie à

Monsieur Manuel VALLS, Premier Ministre

Madame Marisol TOURAINE, Ministre de la Santé; 

Monsieur François REBSAMEN, Ministre du Travail

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