devenir de la Catalogne et PSOE : supplice chinois et crise irrémédiable en vue ?

indépendamment des événements à venir en Catalogne, le positionnement politique et décisions à prendre du PSOE en la matière sont cruciaux, pour le parti socialiste ouvrier espagnol.

Depuis les élections autonomiques du 21 décembre 2017 en Catalogne, journalistes et commentateurs politiques ont été économes de leurs analyses quant à la suite des événements, tant en Catalogne, que pour l'Espagne.

L'essentiel des analyses s'est concentré sur les résultats électoraux des forces en présence en Catalogne et les perspectives de formation du nouveau gouvernement de la Generalitat. Peu a été dit ou écrit sur les conséquences de ce scrutin pour la politique espagnole et ses principaux partis. Tout juste - c'était facile au regard du désastre électoral- la disparition quasi complète du PP en Catalogne a été actée. Il était aussi inévitable de constater l'envolée électorale de Ciudadanos, seule formation désormais représentative en Catalogne de la droite dite "constitutionnaliste", en lieu et place du PP, et au passage amenant sur ses positions une grosse part des électeurs du PSC ( parti frère du PSOE).

Encore moins me semble-t-il a été dit, des conséquences politiques encore à venir de ce scrutin  pour la social démocratie espagnole ( PSOE, parti historique du mouvement ouvrier espagnol pratiquement aussi ancien que le SPD allemand). Quelques articles de la presse espagnole s'y réfèrent tout juste aujourd'hui même

http://www.elmundo.es/espana/2018/01/07/5a512af7e5fdea0a1d8b45a3.htm

Mediapart a parfaitement illustré en 2017, (je pense en particulier aux analyses de Fabien Escalona) l'écroulement et la disparition politique, organisationnelle, électorale,  de la social démocratie française, conséquences du quinquennat désastreux de Hollande, et de l'élection de Macron.

A bien des égards, le "procèss" indépendantiste catalan moderne est un supplice chinois sans fin pour le PSOE,  déjà ancien et douloureux, si l'on prend comme début arbitraire, la tentative de Zapatero d'introduire un nouveau Statut d'autonomie pour la Catalogne, voici dix ans et la castration de ce texte par la cour constitutionnelle espagnole à l'initiative du PP.

Depuis 2010, et la mise en vigueur de ce statut tronqué ( pensons à la négation par le tribunal constitutionnel de toute  force juridique au caractère de nation que le Statut mentionne dans son préambule pour la Catalogne....), le PSOE n'a connu que des déconvenues en Catalogne : échec électoral du gouvernement autonomiste tripartite du PSC, formé notamment avec ERC ; radicalisation des indépendantistes catalans ( y compris le parti de la droite catalane de Pujol, dont le gouvernement du PP n'avait plus besoin à Madrid avec sa majorité absolue acquise en 2011).... Pour finir aujourd'hui en 2018 sur une marginalité électorale qui tangente l'insignifiance du PSC catalan.

Bref le supplice chinois ne prend pas fin, mais pourrait cette fois tout comme c'est arrivé à plusieurs partis sociaux démocrates de masse en Europe, s'achever par une dégringolade électorale, une perte de bastions territoriaux historiques et un recul peut être irréversible du PSOE comme organisation politique de gouvernement, à caractère majoritaire à gauche.

Les raisons sont connues et répertoriées. La première, peut être la plus forte réside dans l'incapacité existentielle du PSOE à remettre en cause, voire tenter d'amender sérieusement la constitution de 1978. Sur ce texte fondateur de la Transition politique avec le franquisme sont sortis tout à la fois, le pacte tacite du PSOE avec la monarchie et les conditions d'une alternance au pouvoir chimiquement parfaite entre le PSOE et le PP.

La constitution de 1978 est devenue l'alpha et l'oméga de ces deux partis hégémoniques l'un à gauche, l'autre à droite. Au delà du pouvoir central que ces deux partis exercent périodiquement depuis quarante ans, cette charte leur a permis également une accumulation sans précédent, permanente de pouvoir territorial, dans des régions ultra décentralisées ( qui gérent la Santé, l'Education, les Transports, la police parfois.....) et qui ne voulaient pas être moins bien traitées que les nationalités historiques reconnues ( Catalogne, Pays Basque, Galice) par un statut d'autonomie.

Au moins sur cet aspect  des autonomies et de définition de la pluri nationalité des peuples d'Espagne, la constitution devrait être de l'avis général revue et/ou amendée. Mais le pouvoir territorial construit par les deux partis et les caciques mis en place empêchent toute évolution. Cet immobilisme assumé par le PP est mal vécu par le PSOE national. Son dirigeant actuel Pedro Sanchez a vendu à sa base pour redevenir secrétaire général, une révision de la Constitution qui reconnaîtrait explicitement les nationalités historiques et une traduction politique fédérale de cette reconnaissance.

Mieux pendant plusieurs mois depuis le référendum unilatéral du 1er octobre en Catalogne, Sanchez a proclamé qu'il soutenait l'application du 155 en Catalogne parce que Rajoy avait topé avec lui sur une révision constitutionnelle suite au retour à la légalité en vigueur en Catalogne.

Au PP tout le monde dément, Rajoy se défile et Sanchez outre le ridicule de la situation, va devoir s'expliquer en interne du parti sur une réforme constitutionnelle impossible.

Une autre raison ( qui découle en quelque sorte de l'adhésion irréductible à la constitution de 1978) est le refus du PSOE d'envisager un référendum négocié sur l'indépendance en Catalogne. Ce faisant, il mine  les aspirations de sa base sociale en Catalogne ( qui comme 80 % des catalans est favorable à cette consultation) et affaiblit, voire annule ses déclarations de principe sur le fédéralisme.

L'incohérence de cette position vient de conduire le dirigeant José Antonio Pérez Tapias à démissionner. C'est tout un pan de militants à l'intérieur du PSOE, confirmés et de gauche qui risque de se poser la même question.

Or, Rajoy vient de déclarer qu'il conduirait la législature au bout, en 2019 maintenu au pouvoir en minorité, uniquement par le refus du PSOE de voter la censure aux Cortès. Le défi indépendantiste demeure, et aggravera la crise politique en Catalogne, même et surtout si le maintien en prison ou en exil de l'ancien gouvernement de la Generalitat devait empêcher les indépendantistes de concrétiser leur majorité issue du scrutin du 21 décembre 2017.

Autrement dit, d'un côté le PSOE national capitule entièrement devant le tempo et desiderata politique de Rajoy et du PP, en enterrant des vagues proclamations de réforme constitutionnelle. D'un autre côté, corseté dans ce pacte constitutionnaliste, le PSOE ne pourra faire avancer d'un iota les revendications classiques et légitimes d'un parti ouvrier ( les questions de précarité et d'emploi notamment), car l'actualité des tensions indépendantistes en Catalogne prévaudra tout le temps que Rajoy restera au gouvernement.

Le propre du supplice chinois c'est de faire durer indéfiniment une douleur indicible, sans accorder le repos de la mort au supplicié.

Or, dans le contexte que je viens de décrire, il n'y aucune raison en 2018, pour que le PSOE redevienne une alternative crédible.

Il n'y aurait aucune raison non plus si des élections avaient lieu ( rien n'est prévu cette année) pour que les électeurs votent pour un parti encore nominalement de gauche, et dans les faits totalement aligné, voire otage consentant d'un gouvernement de droite. Dans un contexte également où les électeurs auront le choix entre les positions droitières mal assumées du PSOE et celles du concurrent fringant du PSOE, Ciudadanos.

Nous serions devant la tempête parfaite qui a emporté le PS français en 2017, c'est à dire un ou des événements politiques qui font déserter massivement les électeurs d'un parti de gouvernement, et déconstruisent au sens premier du terme les capacités politiques et organisationnelles de ce parti irrémédiablement. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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