Judiciarisation de la crise en Catalogne : le ridicule ne tue pas encore....

Avec la mise en marche du 155 en Catalogne, le gouvernement de Rajoy n'a obtenu aucune normalisation. Les indépendantistes sont toujours majoritaires au Parlement. Le pouvoir central multiplie les recours juridiques pour contrecarrer le résultat des urnes. Au risque de se prendre les pieds dans le tapis et malmener l'Etat de droit.

Le gouvernement de Mariano Rajoy ne parvient pas à normaliser la situation politique en Catalogne. Il n'a pu empêcher la reconduction d'une majorité en sièges des indépendantistes au Parlement de Catalogne, lors des élections autonomiques du 21 décembre 2017.

Depuis le gouvernement concentre tous ses efforts à modeler un gouvernement catalan indépendantiste certes, mais modéré et qui aurait pour seul but le rétablissement de l'autonomie et la suspension du 155 en Catalogne.

Or, il n'aboutit à rien, car les indépendantistes, tout particulièrement les élus majoritaires dans ce camp de l'ex président Puigdemont multiplient les chausse trappe tactiques ( exil à Bruxelles, maintien de la candidature de Puigdemont à présider la Generalitat, hypothèse d'organiser l'investiture par video conférence.....).

Dans ce contexte Rajoy et la proconsule nommée par lui en Catalogne ( Saenz de Santamaria, vice présidente du gouvernement) usent et abusent du recours au pouvoir judiciaire. Chaque mouvement des indépendantistes ne donne plus lieu à un traitement politique, mais plutôt fait l'objet d'une saisine des hautes instances du pouvoir judiciaire espagnol.  Ce pouvoir fait certes honneur à Montesquieu en se montrant indépendant et pointilleux  sur ses prérogatives : Depuis le 1er octobre 2017, les grandes figures du gouvernement catalan de Puigdemont ont été mises en prison ( à commencer par Junqueras leader de l'ERC), ainsi que le bureau ( dont sa présidente Carme Forcadell) du Parlement catalan, et attendent un jugement pour rébellion et sédition.

 Mais si ces actions du pouvoir judiciaire font gagner du temps au gouvernement de Rajoy, et rendent plus difficile le début d'une législature catalane et la constitution d'un gouvernement autonomique, elles ne contribuent en rien à la solution de la crise politique profonde entre la Catalogne et le reste de l'Espagne.

De plus, les juges ( tant ceux de l'Audience Nationale, que du Tribunal Constitutionnel) ont parfaitement compris l'absence totale de stratégie politique du gouvernement central ; cette constatation les a amené à prendre ces quinze derniers jours, des décisions contestables uniquement dictées par un accès d'ubris :

- La juge Lamela de l'audience Nationale a ainsi le 22 janvier 2018 refusé de réactiver le mandat européen d'arrêt contre Puigdemont, qui se rendait pour une conférence au Danemark depuis son exil bruxellois, au motif alambiqué que cela aurait pu fournir des arguments à l'ex président pour obtenir une comparution télématique lors de son investiture au Parlement !!

- Le tribunal Constitutionnel dans la soirée du samedi 27 janvier 2018 fait mieux : saisi par le gouvernement ( qui passe outre à un avis négatif du Conseil d'Etat) d'une demande d'annulation de la session d'investiture de Puigdemont au parlement catalan le 30 janvier ( au motif que celui ci ne serait pas physiquement présent), la haute juridiction ne répond pas à la question posée par le gouvernement, mais de son propre chef se prononce uniquement sur des conditions contraignantes pour la comparution physique de Puigdemont  le 30 janvier.

Autrement dit, le Tribunal Constitutionnel outrepasse ses prérogatives en s'investissant d'office pour trancher  une question non posée, ridiculise ce faisant la vice présidente et son mentor le président du conseil, et finalement se livre à des acrobaties juridiques pour tout de même sauver la mise du gouvernement, en rendant quasi impossible la comparution de Puigdemont.

A quoi faut il s'attendre maintenant ? Ce matin même, l'ex président Puigdemont fait savoir qu'il va demander l'autorisation de la justice pour comparaître en tant que député devant le parlement catalan. Ne désespérons pas des juges, en l'absence de toute initiative politique de Rajoy, pour prendre des décisions inattendues ou bien d'aggraver la crise constitutionnelle en continuant à remplir les prisons espagnoles de prisonniers d'opinion.

Le délitement du fonctionnement démocratique tant à Madrid qu'à Barcelone s'aggrave.

D'un côté l'usage  discrétionnaire du 155, sans volonté politique de "pacter", et une dangereuse tendance de l'exécutif à confier la résolution de la crise au pouvoir judiciaire.

D'un autre côté, la volonté pour les indépendantistes, de tester jusqu'au bout les coutures de la Constitution de 1978. Or, n'oublions pas que le roi Borbon a été bien plus dur que Rajoy dans son discours du 3 octobre 2017 pour les indépendantistes catalans.

Si le ridicule n'a pas encore tué, il serait temps de ne pas transformer la farce en tragédie.

 

 

 

 

 

 

 

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