3,5 millions de chômeurs et 50 000 postes de fonctionnaires non pourvus !

 

Le référendum grec a certes fait beaucoup de mal à l’information qui donne son titre à ce billet, encore que, sans aller jusqu'à se livrer à un calcul précis, on puisse les rapprocher pour observer que, sur un sujet comme sur l'autre, on a dit et écrit à peu près autant de sottises dans les deux cas. 

 

Il est vrai que nous sommes entrés désormais en période estivale et que, dans nos médias, d'information comme de divertissement, les femmes de ménage et les balayeurs ont délaissé leurs instruments habituels pour les micros et les écrans et y remplacer les vedettes habituelles qui ne sont pas plus compétents sans y être pourtant aussi utiles.

 

J'entendais, avant-hier, à la méridienne, l'interview de je ne sais quel responsable administratif (c'était un homme donc ce n'était pas Madame Valérie Rabault, rapporteure du budget qui nous dit-on se penchera en septembre (après ses vacances) sur les causes de ce mystérieux phénomène). Ce témoin, comme l’intervieweur, était d’une prudence ophidienne, craignant manifestement de laisser supposer que certains candidats étaient manifestement fort éloiignés du niveau minimal requis par ce concours ou assez sages pour le comprendre et ne pas y candidater. Je lisais je ne sais pas àù non plus (dans Le Monde me semble-t-il) un premier élément de son analyse qui lui permettait dès maintenant de distinguer, parmi les causes de cette situation, le manque de candidats. Une telle claivoyance fait croître notre impatience de lire enfin le rapport de V. Rabault ! Elle ajoutait en effet, je la cite : « On l'a vu dans le secteur de l'éducation nationale, il y a des postes qui ont été mises au concours et qui n'ont pas été pourvus. » .

 

Madame Rabault, je pense, a été choisie surtout à cause de son nom, puisque la principale mesure de réductions des budgets consiste à les « raboter » selon la métaphore la plus courante ; j’espère toutefois qu’elle connaît mieux les problèmes du budget que ceux de l’éducation nationale ! Toutefois puisque Madame le rapporteure du budget m’attire elle-même sur le terrain éducatif, j'y resterai car c'est celui sans doute que je connais le mieux dans la fonction publique. 

 

Petit exposé liminaire, en forme de devoir de vacances, sur la question des concours de recrutement qui pourra peut-être l’aider dans de la rédaction de son rapport pour le mois de septembre 2015.

 

Je laisse de côté le problème des postes administratifs (les PATOS) dans lesquels l'usage du terme « concours » est souvent assez fallacieux, vu le rôleobscur mais essentiel, qu’y jouent les syndicats, fort heureusement totalement étrangers au recrutement des enseignants. La mise au concours de tel ou tel poste, dans tel ou tel établissement, a pour souvent pour but réel, en fait, de favoriser la nomination ou la promotion de tel ou tel « agent » et on entre là dans un obscur monde de magouilles indescriptibles. Ces concours sont donc souvent « bidon » ; je ne m'intéresserai donc  ici qu’aux vrais concours de l'éducation nationale, qui visent au recrutement des professeurs et qui sont le CAPES et l’agrégation de l’enseignement secondaire.

 

Il y a deux types majeurs de concours du CAPES. Le concours externe : pour s’y présenter, il faut être inscrit en M2 ou être titulaire du master ou d’une équivalence reconnue. Le concours interne lui est ouvert aux fonctionnaires, aux enseignants non titulaires et aux assistants d’éducation ayant au moins trois années d'ancienneté dans la fonction publique. Ce concours interne a remplacé les multiples et successifs « plans de liquidation » qui, auparavant, permettaient, à terme, la titularisation, comme certifiés, des adjoints d’enseignement et des maîtres auxiliaires.

Le cas de « l’agrégation interne » est plus rare et plus mystérieux ! La plupart des enseignants que je connais et qui en ont bénéficié n'enseignaient pas mais avaient des fonctions administratives voire un rôle politique ! 

 

Dans les cas de concours internes, bien entendu, on ne procède à aucune vérification sérieuse et réelle des compétences scientifiques et pédagogiques dans la matière en cause ; en physique ou en mathématique par exemple, on se garde bien entendu de donner un problème du niveau réel du CAPES de physique ou de mathématiques car aucun des candidats ne serait en mesure de faire ces problèmes, la plupart d’entre eux ayant déjà essayé sans succès de passer le concours externe. Sous le masque commode de la pédagogie,  on propose donc un problème du niveau de la quatrième ou de la troisième pour permettre aux candidats d'en venir à bout. 

 

Il fut un temps (je ne sais pas si cela existe encore) où les « véritables » certifiés, qui avaient passé le concours externe, avaient créé une association des « certifiés par concours » à laquelle ne pouvaient donc pas adhérer celles et ceux qui avaient bénéficié de la promotion interne ! 

 

Pour ne pas prolonger démesurément ce billet, je ferai deux remarques.

 

La première est qu’au temps où n’existaient que les seuls concours externes du CAPES et l'agrégation, il y a toujours eu des postes non pourvus, car il y avait souvent moins d’admis définitifs, au terme des épreuves orales, qu'il y avait au départ de postes au concours (il y avait même, pour l’agrégation, une catégorie reconnue des « bi-admissibles !). Cela tient tout simplement à ce qu’étaient seuls définitivement admis au concours les candidat(e)s qui avaient obtenu aux épreuves écrites et orales une note jugée suffisante et qui était d'ailleurs souvent, pour les derniers admis, inférieure à la moyenne. C'est même là très exactement ce qui fait la différence, mais peut-être faut-il le préciser, aux journalistes comme à Madame Rabault, entre un examen et un concours. Si vous avez la moyenne requise à un examen comme le bac, vous êtes admis(e) ; en revanche, vous pouvez avoir la moyenne et ne pas être admis à un concours, une fois que  les postes mis au concours ont été pourvus par des candidat(e)s qui ont obtenu des notes supérieures aux vôtres !

 

Si l'on examine les résultats du CAPES 2015 pour quatre disciplines en prenant en compte le nombre de postes mis aux concours et le pourcentage des postes non pourvus, donc perdus, voici les données : lettres classiques 93 % de 30 postes ;  lettres modernes 55 % de 150 postes ; mathématiques 50 % de 195 postes ; physique et chimie 60 % de 20 postes.

 

Dans les propos officiels comme dans le discours des journalistes, on évoque, de façon constante, « l'absence de candidats », en jetant ainsi un voile pudique sur le fait qu’un certain nombre de candidats inscrits aux divers concours n'ont pas été pris tout simplement, parce qu'ils ont obtenu aux épreuves des notes insuffisantes pour être admissibles d’abord puis admis ensuite ! Cela nous ramène au problème du CAPES interne en physique ou en maths où il faut proposer des problèmes de quatrième car les candidats sont incapables de faire vrai problème du niveau du CAPES. 

 

Cela nous ramène à une autre question, en amont, qui est tout à fait lié à celle-ci : la baisse du niveau moyen des étudiants dans notre enseignement universitaire, en dépit d’heureuses exceptions ; il serait, à cet égard, intéressant de disposer d'informations, naturellement tenues secrètes ou, en tout cas, regardées comme confidentielles, sur le nombre d'étudiants issus des filières de préparation à ces concours dans les universités (en lettres comme en sciences) qui sont reçus aux concours externes du CAPES et de l'agrégation ;  pour ce qui concerne les disciplines que je connais le mieux (sciences humaines et sociales), bon nombre d'étudiants ont la sagesse ne pas songer à se présenter à ces concours, se sentant parfois fort éloignés du niveau qu'on est en droit d'y attendre (car en fait le niveau des meilleurs reçus n’a pas varié !).  Il en est qui, contre toute attente, préfèrent même la préparation d’une thèse à celle d’un concours externe de recrutement dans leur discipline, avec d’ailleurs la complicité de certains enseignants qui ont besoin d’un quota de « thésards » pour bénéficier d’une prime d’encadrement doctoral !

 

Voyez un peu tout cela pendant l’été, chère Madame Rabault et n’hésitez pas à me consulter.

 

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