Les errements de la chancelière

Je devrais pourtant éviter tout blog qui comporte des observations lexicographiques puisque j’ai été, au temps du Nouvel Obs. de D. Olivennes, mis en examen pour avoir tenté d'expliquer à l’un des notables majeurs de la Sarkozie d’alors, quel était le véritable sens du mot « errement » pour lequel il avait, en revanche, un goût particulier (c’est tellement plus distingué que le vulgaire mais exact « erreur », avec en outre un exotique parfum d’aventure puisqu’un navire « court sur son erre ») ! La remarque, si fondée et légitime qu’elle fût, lui avait déplu et il n’avait pas hésité (les frais de justice incombant à l’Etat - c’est-à-dire vous et moi -  et tous les services étant mobilisés jusqu’à la falsification et l’abus d’autorité pour une cause si juste) à me faire poursuivre et mettre en examen pour diffamation. Mon accusateur, R. Ricol, expert comptable de son état, mais président de tout ce qu’il est possible de présider à ce titre, aspirait alors à de hautes destinées ministérielles auxquelles tout semblait le destiner. Seule la fin imprévue de la Sarkozie, qu’a aussitôt accompagnée la démission de notre homme qui voulait clairement s’épargner la honte d’être viré, a empêché que ne s’abatte sur moi, au terme d’une procédure invraisemblable d'iniquité et d'irrégularités, le glaive fatal de notre justice dont, pour une fois, j’ai béni la lenteur. R. Ricol, de ce fait, les choses étant redevenues ce qu’elles devaient être, a été sévèrement débouté !

 

Je supplie donc d’avance Madame Merkel, que je me garde, vous le constatez ici de qualifier de « chancelière » pour des raisons lexicographique et sémantique qui apparaitront dans la suite, de m’épargner les foudres de la justice teutonne pour offense au chef d'Etat qu'elle est!

 

Je suis étonné d’abord, agacé ensuite, par l'emploi qui est fait, depuis quelque temps, à son endroit, du mot « chancelière ». Je sais bien que les Québécois, sous la pression de leurs féministes, ont tenté naguère de nous pousser aussi à la féminisation systématique des noms de métiers ou de fonctions. Nul n'ose plus dire désormais (pas même celles qui, dans ces fonctions, étaient favorables à une telle solution) « Madame le ministre » ou « Madame le recteur » ! Dans le second cas, il est facile et indolore de féminiser le mot « recteur » par la simple adjonction d'un discret e final muet ; dans le cas de « ministre », les choses sont plus délicates ; je ne sais pas quel choix officiel a été fait et si l'on a osé aller jusqu'à la « ministresse » que je n’ai pas entendu à ce jour. Je ne sais pas davantage comment les choses se sont réglées « officiellement » entre nos cousins québécois et l'Académie française qui au départ était tout à fait réticente devant les réformes proposées par les enfants de nos anciens « arpents de neige ». Je crois qu’il y a souvent de l’eau dans un gaz qui de plus est maintenant de schiste sinon de schisme!

 

Je trouve, en revanche, tout à fait étonnant voire choquant l'emploi actuel qui est fait du terme « chancelière » par la presse française qui ne connaît pas le sens, ni même l’existence du mot « chancelière ». Ne consultez surtout pas sur ce mot Google qui n’en sait pas davantage. Le « Wiktionnaire » pour ce terme indique : 1. Petit meuble, fourré à l’intérieur, qui sert à tenir les pieds chauds. 2. (Vieilli) Femme du chancelier. ». On ajoute par prudence : « Tout ou partie de cet article est extrait du Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935 (chancelière), mais l’article a pu être modifié depuis. ».

 

Mieux vaut consulter ma source permanente et favorite, le Trésor de la langue française :

« Chancelière : subst. fém.. AMEUBL. Coussin ou, parfois, boîte, garnie intérieurement de fourrure et dont l'ouverture d'un seul côté permet de glisser les pieds pour les tenir au chaud. Devant elle, était une sorte de chancelière où l'autre pied restait douillettement enfoui (GIDE, Si le grain ne meurt, 1924, p. 529).

Prononc. et Orth. : [ ]. Pour [ ] cf. chancelier. Ds Ac. 1798-1932. Étymol. et Hist. 1762 (Ac.). Peut-être issu de chancelier* pour des raisons inconnues, cf. les emplois techn. de chambrière*, servante*. Fréq. abs. littér. : 19. »

 

Je pense que ceux qui nomment, en français, Madame Merkel «la « chancelière », s'autorisent à tort de l'exemple allemand car, dans cette langue, mais non dans la nôtre, le mot « chancelier » ( Bundeskanzier) a effectivement une forme féminine « Bundeskanzlerin », sans toutefois que cette forme, qui est, semble-t-il, utilisée par Angela Merkel elle-même, figure dans la constitution allemande. Comme je ne connais pas l'équivalent allemand du TLF, s'il y en a un, je m’abstiendrai d'aller plus loin sur ce terrain. 

 

Comme je le disais en commençant, j’espère toutefois que Madame le chancelier ne me fera pas un procès en diffamation pour l’avoir implicitement comparée à un meuble !

 

 

Est-ce pour se mettre les pieds au chaud, afin de se prémunir contre les probables froidures d'une campagne électorale hivernale en décembre 2011, que le Président Sarkozy avait envoyé le texte de son discours à Madame Merkel avant de le prononcer à Toulon ? Ce n'était en tout cas pas très habile et elle aurait fort bien le prendre mal si ses conseillers connaissent mieux le français que notre équipe présidentielle. 

« Boite » ou « coussin » (même « garni(e) de fourrure »( sans qu’on sache trop où ni comment), quelle métaphore ! Un peu de respect que diable ! Pire encore, dans une Allemagne qui fut autrefois de l’Est et de l’Ouest, (Madame Merkel étant de la première ), on imagine quelles interprétations peut susciter la mention que « l'ouverture » de la chancelière n’est que d'un seul côté !

 

 

 

 

 

 

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