Un scandale ! Illetro Bento

 

Là, sous peine de voir tout le monde arrêter ici la lecture de ce blog, je dois une explication liminaire de ce titre ! C’est un mauvais jeu de mots sur « illettrisme » (la spécialité, avec quelques autres, du Professeur Alain Bentolila que tout le monde nommait « Bento » dans sa jeunesse). « Illetro Bento » doit donc en fait s’entendre comme « Il est « trop » Bento(lila) ! »

 

Les récents propos de notre Premier Ministre et de sa ministre de l'éducation nationale (j'en ai parlé récemment dans un blog intitulé « La langue française à l’école : l’imperceptible évidence » où je disais déjà, de façon plus et mieux argumentée, ce que le Professeur Bentolila nous expose) ont fait sortir de son silence le Professeur Bentolila, pilier majeur de la production commerciale des éditions Nathan et accessoirement professeur de linguistique à Paris V. Mes plus fidèles lectrices et lecteurs savent qu’il est depuis longtemps l’une de mes têtes de Turcs favorites et que c'est un sujet sur lequel je ne me lasse jamais de revenir, à son grand désespoir d'ailleurs puisqu’il juge mes propos « nauséabonds ». Son texte,  d’une cinquantaine de lignes paru dans Figarovox et où il tance, non sans bon sens, le Premier Ministre (titre qu’il orthographie de trois façons différentes dans son texte !) n’a pas d’autre particularité que celle de présenter une bonne dizaine de grossières fautes d’orthographe, de grammaire et de style, ce qui attire l’attention puis étonne, vu l’étalage complaisant qu’il fait, comme toujours, de son titre académique de « Professeur de linguistique » (à Paris V il est vrai). 

 

Cette dernière production publiée, sous le titre « Analyse »,  vaut son pesant de « pistaches », puisque c'est là le nom que l'on donne aux arachides dans les terres créoles qui ont constitué le premier terrain de recherches d'Alain Bentolila pour une thèse de troisième cycle qu'il a la prudence d'oublier dans les longues listes de ses œuvres (une petite vingtaine de titres) qu'il se plait à reproduire partout sous cette forme tronquée. C'est évidemment dommage, car cette thèse constituait à la fois une curiosité et une aporie linguistiques ; elle visait en effet à démontrer l'évidence des structures ouest-africaines dans les créoles français, ce qui est évidemment bien difficile à établir pour les créoles de l’océan Indien qui n'ont pas connu les immigrations anciennes venues de l'Afrique de l'Ouest propres à la seule zone américano-caraïbe. À sa décharge, on peut noter que l’auteur était peu familier avec ces réalités linguistiques, mais sans doute moins que le jury parisien chargé d’évaluer son travail. Oublions ces détails puisque l'auteur de cette thèse le fait lui même avec une constance et une discrétion qui méritent d'être soulignées.

 

Pas grand chose à dire pour le fonds de ce texte qui est une forme moderne de « défense et illustration de la langue française », en dépit de quelques passages où l'incertitude de l’expression le dispute à la confusion du propos ; cette prétendue « analyse », se caractérise surtout, en fait,  par une surabondance de fautes d’orthographe, de grammaire et de style qui assurément n’auraient pas permis autrefois à l'auteur, pourtant annoncé comme « Professeur à l’Université Paris-Descartes », de franchir l’antique barrage de l'examen d'entrée en sixième. Peut-être, après tout, n'est-il pas responsable de toutes ces fautes, sauf pour ne pas avoir relu son texte, si les restrictions budgétaires ont conduit le Figaro à se priver de correcteurs d'orthographe, quoique l'usage, grâce aux techniques numériques, soit désormais, en général, d'utiliser, tels quels,  les textes des auteurs eux-mêmes. 

 

Cette hypothèse serait rassurante, car si son texte a été fidèlement reproduit, ce serait d’autant plus inquiétant que le Professeur Bentolila, naguère encore gourou de la rue de Grenelle pour tout ce qui touche au français,  est l’auteur de plusieurs rapports sur l'école, rédigés par ses soins à la demande de ministres successifs des gouvernements de droite qui l'ont abondamment sollicité et même, de ce fait, tout autant décoré. Ils avaient d'autant plus de mérite à le faire que Monsieur Bentolila était encore, quelques années auparavant, un militant farouche du SNES-Sup et de la Gauche qui l’avaient fortement soutenu et appuyé dans le déroulement de sa carrière. 

 

Ces incertitudes orthographiques, grammaticales et stylistiques expliquent peut-être que, contre toute attente pour un spécialiste de l’école, il n'ait jamais passé, ou en tout cas réussi,  le moindre concours de recrutement de l'éducation nationale (CAPES ou agrégation) et donc, de ce fait même, jamais enseigné comme titulaire dans nos écoles, collèges ou lycées ! Je m'avance sur ce point sur la foi de ses multiples biographies qui, quoique exposées, dans leur détail, un peu partout, jettent toutes un voile pudique sur un aspect de sa carrière académique stupéfiant pour un spécialiste de l'enseignement.

 

C'est sans doute sans doute l'imprudence de nos ministres qui a suscité sa participation au débat sur la langue française, habilement amené dans la presse à la veille de la Semaine de la francophonie qui commence aujourd’hui même et sur laquelle je reviendrai. Il faut dire que Monsieur Valls et Madame Vallaud-Belkacem lui ont tendu la perche en évoquant à propos du futur « Office de la langue française » (sur lequel je me suis déjà exprimé) le précédent Office qui a été créé à Lyon il y a quelques années et qui est consacré, de façon beaucoup plus spécifique, à l'illettrisme. C'est là un domaine que le Professeur Bentolila considère comme sa propriété à la fois personnelle et exclusive, ce qui est bien naturel puisque ses méthodes de  lecture publiées chez Nathan ont largement contribué à créer en France les deux millions d'illettrés qu’on y recense.

 

Une démarche logique voudrait que je reproduise ici ce texte du Professeur Bentolila car la multiplicité et la diversité des fautes d'orthographe, de grammaire et de style serait le plus sûr moyen de consoler de leurs ignorances bon nombre de nos élèves qui n'obtiennent pas en français les résultats scolaires souhaités ; qu’un écrit si lamentablement fautif soit produit par un professeur de linguistique dans une université parisienne serait pour tous la meilleure des consolations !

 

Je vous renvoie à la lecture de ce texte si vous voulez juger vous-même la validité voire la pertinence de mes propos. Peut-être même le Professeur Bentolila ne me tiendra-t-il pas rigueur de ce billet puisqu’il y trouvera, une promotion de ses productions qu’il esquisse lui-même dans son analyse de Figarovox, avec la publicité sournoise qu'il y fait pour les manuels sur le lexique de chez Nathan où il voit la solution de tous les problèmes de l'enseignement du français dans nos écoles.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.