Robert Usbek Grand Marabout.

 

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Vous connaissez sans doute ces petites publicités que vous trouvez parfois dans vos boîtes aux lettres et qui vous recommandent tel ou tel, « grand marabout » pour résoudre tous les problèmes que vous pouvez connaître dans votre vie. Certains ‘entre eux, acquis à la modernité sans rien perdre de leurs pouvoirs ni de leur argumentaire traditionnels, ont même désormais leur site : « Bienvenue sur le site du Marabout Voyant Medium Mamadou aux dons de naissance de père en fils, spécialiste des problèmes de couple, crise conjugale, problèmes familiaux, retour définitif de l’être aimé, affection retrouvée, chance, protection contre les ennemis, désenvoûtement, protection contre la sorcellerie, mauvais sort, chance aux jeux, permis de conduire, difficulté financière, entreprise en difficulté. Même cas désespérés ». Il fut un temps où je collectionnais ces bouts de papiers dont la permanente uniformité a fini par me lasser.

 

À la différence de ces marabouts africains, aux compétences certes multiples mais incertaines voire douteuses, je ne citerai qu'un exemple, mais précis, récent et unique de la qualité de mes  propres prévisions qui est la récente affaire Le Pen à laquelle j'ai consacré, dès son départ, le 3 avril 2015 (vous pouvez vérifier), un blog intitulé « De l'eau dans les chambres à gaz chez les Le Pen ». Je l’ai publié, comme toujours, dans Mediapart et dans l’Obs où j’ai par habitude gardé mon vieux pseudonyme d’Usbek, adopté il y a plus de dix ans pour mes « Nouvelles persaneries ».

 

Je rappellerai simplement ici une partie de ce billet prémonitoire :

 

« Depuis des semaines, Jean-Marie Le Pen ne fait pas mystère de son souhait de présenter sa candidature à cette région et de s'y faire élire. Obstination sénile ou ambition véritable (est-il comme la Zazie de Queneau qui ne rêvait d’être institutrice que pour faire chier les gosses et leur faire lécher le tableau ?), je ne n'en sais évidemment rien ; la perspective de l’élection de Papy JM aux manettes de PACA ne peut que déplaire dans la famille et, au premier chef, à sa petite-fille, la belle et vauclusienne Madame Marion Maréchal-Le Pen (25 ans, 1,74 m et « real blonde !) ; elle commence à trouver quelque peu encombrantes les générations précédentes et je doute fort qu’elle soit très en faveur auprès de sa tatan bleu marine. 

 

La famille Le Pen est en train de tourner aux Atrides et Bourdin, dont Ruquier n’a pas voulu satisfaire naguère les cupides exigences, devrait commencer la lecture des tragiques grecs. Offrir la présidence de la Région PACA à la belle et jeune Marion serait  pourtant un bel hommage à la nymphe Parité qui pourrait dès lors s’installer dans les eaux abondantes de la Fontaine de Vaucluse, résurgence abondante qui est la source de la Sorgue ; ce serait un symbole riche d’interprétations multiples! 

 

Je me permettrai ici, sans la moindre modestie de ma part, de souligne le caractère prémonitoire de mes propos dans cette allusion à Pétain, bien antérieure à l’article de Rivarol où Jean Marie Le Pen évoquait sa tendresse pour Pétain. Comment s’en étonner puisqu’à la communale, au début des années 40 (il avait alors 13 ans), Jean Marie a dû, comme tous les écoliers de France et André Dassary, chanter à pleine voix, l’hymne à Pétain dont je rappelle quelques vers du refrain pour mon jeune lectorat : 

« Maréchal nous voilà ! 

Tu nous as redonné l'espérance 

La Patrie renaîtra ! 

Maréchal, Maréchal, nous voilà ! ».

Voir sa petite fille changer son patronyme familial Le Pen pour Maréchal a donc dû adoucir la douleur de cet infortuné grand père qui a connu le malheur de n’avoir que des filles !  

 

Quelles que soient les relations intrafamiliales et intergénérationnelles, on peut s’interroger sur les présents événements, toutes les figures majeures du FN emboitant le pas à Marine comme un seul homme, (la parité n’y règne guère),  sauf bien entendu Gollnish, tandis que Marion, qui n’est pas pour rien la fille biologique de Roger Auque, l’espion journaliste, s’est évanouie dans l’ombre. Y-a-t-il là un réel et sincère différend qui permettrait de débarquer l’indestructible et incontrôlable pépé ou une stratégie subtilement méditée pour donner de nouvelles assurances à une droite buissonoïde de l’UMP en vue de confirmer les positions du nouveau FN pour les élections qui se profilent à l’horizon … proche ou lointain ? Dangereux toutefois car on risque de perdre du côté de l’UDI ce qu’on gagne du côté de l’UMP, le dindon de la farce étant alors ce pauvre Juppé !

 

Cette seconde hypothèse est moins invraisemblable qu’on pourrait le croire car le Vieux, tout en faisant état de sa candidature à la présidence de PACA, a déclaré en même temps qu’en revanche, il ne la maintiendrait pas et se retirerait au profit de Marion Maréchal, « si cette dernière le lui demandait ! » ; « Maréchal, nous voilà … ! ».  Rusé le vieux ! Il renoncerait à un avenir politique, certes brillant et flatteur mais forcément limité (quand on a au compteur 87 piges), jouerait les bons pépés en se retirant en faveur de sa jeune, belle et blonde petite-fille Marion (qui en outre se nomme désormais Maréchal ce qui ne gâte rien) et plus discrètement jouerait un tour de cochon sournois à la Marine qui en prend un peu trop à son aise ! ».

 

Le suspense aura donc été de courte durée et la manouvre annoncée réalisée après quelques figures imposées du patinage artistique politique !

 

Après le tour de piste, toujours prévisible en pareil cas, de Bruno Gollnisch, perpétuel candidat à la direction du FN et toujours réduit à des fonctions subalternes, les choses se mettent en place et Gollnisch retourne dans l’ombre, dans son emploi habituel. Il est pourtant bien commode ce bon vieux Bruno qui est à la fois la garantie la plus sûre du maintien de la ligne du FN et, en même temps, une sorte d'icône de l'antiracisme puisque il est marié à une Japonaise qui lui a donné trois enfants et enseigne le japonais (à Lyon 3 il est vrai où il a même réussi à connaître quelques problèmes !).

 

Restait la manœuvre de toutes la plus délicate : solliciter auprès du Papy, souvent ombrageux, sa bénédiction pour le changement de tête de liste, car il fallait tout de même un peu ménager de temps en temps ce pauvre vieux au milieu des rodomontades et des moulinets dédiabolisateurs de la Marine. C'est désormais chose faite, non pas à Canossa mais au téléphone ! 

 

À peine la belle Marion avait-elle composé le numéro de son grand-père qu'elle l'entendit fredonner, selon leur code secret commun qui leur permet de prévenir les mauvaises plaisanteries leur commune chanson, Jean-Marie entamant « Maréchal nous voilà… »,tandis que Marion enchaînait « Tu nous a redonné l’espérance… » ; les risques d’imposture sont nuls, personne sauf eux et moi ne connaissant plus désormais le refrain de l’hymne de Vichy. L'honneur de tous était donc sauf et la manœuvre avait parfaitement réussi. Bravo les artistes !

 

Quelques heures après, Jean Marie Le Pen, qui n’affrontera que plus tard le jury (devenu d’honneur…ou « donneur » comme au bon vieux temps), a demandé aux cadres du mouvement, dans son infinie bénévolence,  de soutenir la candidature de sa Maréchal de petite-fille. C’est là un joli pied-de-nez, réussi de conserve par le hasard et l’anthroponymie, aux critiques des propos rapportés dans Rivarol sur le rôle de Pétain !

 

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