Mamoudzou for ever !

 

 

Connaissez-vous Mamoudzou ? Chère lectrice et cher lecteur, si interloqué(e)s que vous soyez par une telle question,  ne soyez pas confus(e) de votre éventuelle quoique probable ignorance et, comme je vois, d'ici, vos sourcils se lever d'un air dubitatif, je vous rassure tout de suite! N'ayez pas honte de votre ignorance car vous n’êtes pas seul(e) et n’avez pas perdu grand-chose au plan touristique et culturel à ne pas aller à Mamoudzou.  

 

Située en Grande-Terre, face à Petite-Terre et, en quelque sorte, entre la montagne et le littoral, Mamoudzou n’est que le modeste chef-lieu du département de Mayotte qui concentre  toutes les structures administratives, politiques et commerciales de ce département « ultramarin » de l'archipel des Comores, dont  les trois autres îles ont choisi  l'indépendance, dans le referendum organisé île par île, en 1975. 

 

Seule Mayotte a alors choisi de rester française, non suite à des manœuvres sournoises de la France, comme l’a sottement prétendu la gauche française, totalement ignorante de l’histoire et des réalités de l’archipel comme de tant d’autres choses d'ailleurs, ni par amour de notre beau pays. On a ainsi voté à Mayotte par haine des trois autres territoires comoriens et surtout des sultans de  Moroni (arabes et non bantous comme les Comoriens) qui, des siècles durant, auraient tenu Mayotte sous leurs bottes, s’ils en avait portés (ce qui n’est pas dans les habitudes locales), mais aussi par particularisme car Mayotte est fortement marquée, historiquement et culturellement, par des origines malgaches qui se marquent en particulier dans la langue. Le point le plus fort en faveur de la France a toutefois été sans doute une attirance, aussi forte que raisonnable, pour les allocations familiales, le RMI et de quelques autres avantages subséquents. La France a dû faire avec ce résultat du referendum qu’elle était bien loin de souhaiter !

 

Mamoudzou compte environ 60.000 habitants, soit le quart de la population totale de Mayotte, mais, comme on peut le supposer, cette population croît très rapidement, tant par l’immigration, clandestine bien sûr (mais les Comoriens sont des familiers de la mer et ne sont pas arrêtés,vu la force des tentations mahoraises, par quelques heures de « galawa ») que par une démographie galopante ! La principale attraction de Mamoudzou est donc en fait … la maternité qui détient le record de France, tous départements confondus, pour le nombre des naissances.

 

Je suis allé autrefois à Mamoudzou, dans les années 70, et je n’en avais pas gardé un souvenir particulier ; il a fallu la lecture d'un petit blog signé George49 (lobs.com du 13 octobre 2015, texte qui a curieusement disparu le jour même !) pour me faire me souvenir de ce bref passage dans cette ville, même si j'ai toujours gardé, depuis cette époque, un intérêt pour les Comores (j’ai en effet longtemps dirigé avec mon ami Paul Ottino la RCP 441 du CNRS sur « l’anthropologie et la linguistique de l’océan Indien occidental ») et surtout, plus récemment, pour ce département où se sont produits différents événements politiques qui ne sont pas sans importance.

 

Pour en revenir à l'hôpital de Mamoudzou, il a le record de France (certains disent même d’Europe) des naissances qu'il partage d'ailleurs avec le département de Mayotte lui-même ; ce sont 7300 enfants qui y sont nés en 2014, soit "l'équivalent d'une classe de 28 élèves chaque jour"!). Même si les moyens matériels et humains y sont importants (comme ceux de  la « police de l’air et des frontières » qui, à Mayotte, a plus à faire avec la mer qu’avec l’air) les médecins sont débordés et la maternité de Mamoudzou dispose de sept salles d'accouchement! 

 

Toutefois ce qui a attiré mon attention dans ce blog et m’a conduit à écrire à mon tour ce billet pour ajouter ou corriger quelques détails est la remarque suivant qui constituait la conclusion du texte de George49 et que je reproduis ici : « Le chiffre élevé du nombre de naissances s’explique aussi par les nombreuses comoriennes qui viennent ici pour la qualité des services de santé. Mais également pour obtenir des papiers ».

 

Cette dernière phrase appelle en effet quelques commentaires car son sens comme sa portée réels risquent d'échapper à des lecteurs qui ne connaissent pas un peu la situation des Comores et la loi française. 

 

Les « nombreuses Comoriennes », qui viennent accoucher à la maternité de Mamoudzou, ne sont évidemment pas « mahoraises » (nom des habitantes de Mayotte), mais originaires de l’une ou l’autre des trois autres îles (Grande Comore, Mohéli, ou Anjouan) des Comores (« géographiques » et non politiques !). Viennent-elles comme l'auteur le suggère « pour la qualité des services de santé» ? J’en doute fort (litote pour "j’en suis tout à fait sûr" !) mais je me dois d'éclairer un peu la formule qui suit celle-ci et qui est « mais également pour obtenir des papiers ». 

 

Mayotte est en effet littéralement submergée par des vagues d’immigrants « comoriens » en provenance des trois autres îles et  douze ou quinze mille clandestins sont expulsés chaque année de ce seul département qui est aussi en tête du palmarès français pour les expulsions d'étrangers ; une île comme Anjouan, sa voisine,  a même demandé son rattachement à la France, refusé par elle en 1975, mais dont le statut départemental de Mayotte la faisait rêver! L'aide médicale d'État (AME) qui devrait donc être, à moyen terme, mise en place à Mayotte, ne fera qu’intensifier ces mouvements.

 

Toutes les Comoriennes, qui arrivent des trois autres îles pour accoucher à Mayotte, y viennent exclusivement ( et non « en particulier ») pour que leurs enfants, étant nés en territoire français (Mayotte est un département ultramarin), aient de facto la nationalité française en vertu de notre fameux « droit du sol ». C'est un peu ce qui se passait autrefois à Marseille, où l'on voyait débarquer des bateaux pleins de femmes enceintes tunisiennes, qui venaient accoucher à Marseille, non pas pour la « qualité des soins » (des milliards d’accouchements ont lieu dans le monde hors de tout milieu médical !) mais pour que leurs enfants acquièrent de ce seul fait la nationalité française !

 

Je ne puis donc que reprendre ici la conclusion de mon blog hier : « Ce qui va sans dire va encore mieux en le disant ! ».

 

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