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Billet de blog 16 janvier 2018

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Féminisme : Pétitions, excuses, et démentis... (N° 2 suite)

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Féminisme : Pétitions, excuses et démentis... (suite) 

Catherine Deneuve, Catherine Millet, Brigitte Lahaie, et bon nombre d'autres… puisqu'elles auraient atteint la centaine, ont signé la lettre ouverte adressée au Président de la République en forme de pétition. Je suis trop peu familier de la presse "people" pour dire quoi que ce soit de Catherine Deneuve, mais j'ai lu autrefois, de Catherine Millet ( critique d’art de son état), le seul de ses ouvrages qui ait fait sa fortune et sa réputation, La Vie sexuelle de Catherine M, ( Le Seuil, 2001 et 2014 ; Points, 2002 et 2009) que son titre et l’attribution du Prix Sade classent parmi les livres qui ne se lisent que d'une main, comme on disait autrefois ; je me suis étonné en revanche de voir Brigitte Lahaie se présenter désormais comme « animatrice » voire « sexologue » ! 

Dans les polémiques suscitées par la pétition parue dans Le Monde,  Brigitte Lahaie quant à elle,  a exprimé son engagement contre « la pornographie diffusée n’importe comment sur Internet », s’indignant que « 70% des jeunes de 11 ans aient déjà été confrontés à des images » de ce genre sur les écrans. Porte-parole de l’association « Ennocence », elle s'indigne de la facilité d'accès par la télévision à des sites pornographiques. 

« On interdit bien les images de pédophilie. Interdisons aussi ces images qui violent l’imaginaire des enfants. Développons l’éducation sexuelle à l’école, ou plutôt des cours d’éducation affective » », propose- t-elle, toutefois consciente des railleries que son passé ne peut manquer de soulever. Elle s'explique toutefois en ces termes : « J’ai fait du porno de 1976 à 1980. Je n’ai aucun regret. Au contraire. Quand je me suis lancé dans le cinéma à 21 ans, je n’étais qu’une petite provinciale issue d’un milieu bourgeois. J’ai vécu une forme de libération. L’époque était joyeuse, les tournages festifs. Tout était scénarisé, teinté d’humour, sans comparaison avec les pratiques extrêmes et déshumanisées que révèle aujourd’hui Internet », ajoute Brigitte Lahaie.

 « Une femme libre » : c’est la même liberté que revendique Catherine Deneuve pour justifier sa signature de la pétition en cause. À en croire Libération : « Catherine Deneuve nous a transmis ce texte sous forme de lettre, à la suite d'un entretien par téléphone, vendredi. Nous l'avions sollicitée car nous voulions entendre sa voix, savoir si elle était en accord avec l'intégralité de la tribune signée, et savoir comment elle réagissait à la prise de paroles des unes et des autres ; bref, qu'elle clarifie sa position. ». Voici sa lettre, publiée par Libé, avec quelques commentaires de mon fait : « Oui, j'aime la liberté. Je n'aime pas cette caractéristique de notre époque où chacun se sent le droit de juger, d'arbitrer, de condamner. Une époque où de simples dénonciations sur réseaux sociaux engendrent punition, démission, et parfois et souvent lynchage médiatique. Un acteur peut être effacé numériquement d'un film, le directeur d'une grande institution new-yorkaise peut être amené à démissionner pour des mains aux fesses mises il y a trente ans sans autre forme de procès [  À quoi s’applique cette procédure ? Aux mains aux fesses ou à l'éviction brutale de son emploi ! ]. Je n'excuse rien. Je ne tranche pas sur la culpabilité de ces hommes car je ne suis pas qualifiée pour. Et peu le sont.

Non, je n'aime pas ces effets de meute, trop communs aujourd'hui. D'où mes réserves, dès le mois d'octobre sur ce hashtag "Balance ton porc".

Il y a, je ne suis pas candide, bien plus d'hommes qui sont sujets à ces comportements que de femmes [  Hélas ! ]. Mais en quoi ce hashtag n'est-il pas une invitation à la délation ? Qui peut m'assurer qu'il n'y aura pas de manipulation ou de coup bas ? Qu'il n'y aura pas de suicides d'innocents ? Nous devons vivre ensemble, sans "porcs", ni "salopes", et j'ai, je le confesse [ L’expression est heureuse ! ], trouvé ce texte "Nous défendons une liberté…" vigoureux, à défaut de le trouver parfaitement juste. 

Oui, j’ai signé cette pétition, et cependant, il me paraît absolument nécessaire aujourd’hui de souligner mon désaccord avec la manière dont certaines pétitionnaires s’octroient individuellement le droit de se répandre dans les médias, dénaturant l’esprit même de ce texte. Dire sur une chaîne de télé qu’on peut jouir lors d’un viol [ Comme l'avait fait avant de le regretter amèrement très vite,  Brigitte Lahaie, sur le plateau de BFM-TV,  Brigitte Lahaie « s’est excusée » jeudi soir sur TV5 Monde. Notons au passage que tout ce petit monde « s’excuse », au lieu de « présenter des excuses », comme le fait Catherine Deneuve au terme de cette lettre !] est pire qu’un crachat au visage de toutes celles qui ont subi ce crime. Non seulement ces paroles laissent entendre à ceux qui ont l’habitude d’user de la force ou de se servir de la sexualité pour détruire que ce n’est pas si grave, puisque finalement il arrive que la victime jouisse. Mais quand on paraphe un manifeste qui engage d’autres personnes, on se tient, on évite de les embarquer dans sa propre incontinence verbale. C’est indigne. Et évidemment rien dans le texte ne prétend que le harcèlement a du bon, sans quoi je ne l’aurais pas signé. [ Comme moi, Catherine Deneuve ferait bien de lire les pétitions avant de les signer !] 

« Je suis actrice depuis mes 17 ans. Je pourrais évidemment dire qu’il m’est arrivé d’être témoin de situations plus qu’indélicates [ « Ah qu’en termes galants ces choses-là sont dites ! » Toujours la bonne vieille galanterie française .], ou que je sais par d’autres comédiennes que des cinéastes ont abusé lâchement de leur pouvoir. Simplement, ce n’est pas à moi de parler à la place de mes consœurs. Ce qui crée des situations traumatisantes et intenables, c’est toujours le pouvoir, la position hiérarchique, ou une forme d’emprise. Le piège se referme lorsqu’il devient impossible de dire non sans risquer son emploi, ou de subir humiliations et sarcasmes dégradants. Je crois donc que la solution viendra de l’éducation de nos garçons comme de nos filles. Mais aussi éventuellement de protocoles dans les entreprises, qui induisent que s’il y a harcèlement, des poursuites soient immédiatement engagées. Je crois en la justice. [ La formule a déjà beaucoup servi et, comme on le voit bien souvent hélas, notre justice, reste en tous cas, « Indulgente aux grands, dure aux petits » .]

« J’ai enfin signé ce texte pour une raison qui, à mes yeux, est essentielle : le danger des nettoyages dans les arts. Va-t-on brûler Sade en Pléiade [ L'exemple n'est pas des meilleurs quand on sait – n’est ce pas, cher Jean Jacques Pauvert, le mal que le divin Marquis eût à sortir de « l'enfer des bibliothèques » … sans même parler de la Pléiade !) ? Désigner Léonard de Vinci comme un artiste pédophile et effacer ses toiles ? Décrocher les Gauguin des musées ? Détruire les dessins d’Egon Schiele ? Interdire les disques de Phil Spector ? Ce climat de censure me laisse sans voix et inquiète pour l’avenir de nos sociétés.

« On m’a parfois reproché de ne pas être féministe. Dois-je rappeler que j’étais une des 343 salopes avec Marguerite Duras et Françoise Sagan qui a signé le manifeste "Je me suis fait avorter" écrit par Simone de Beauvoir ? L’avortement était passible de poursuite pénale et emprisonnement à l’époque. C’est pourquoi je voudrais dire aux conservateurs, racistes et traditionalistes de tout poil [ Chère Catherine (Vous permettez que je vous appelle Catherine ?) J’aurais ici usé plutôt du pluriel car ils sont de « tous poils », les bougres, comme les protéifomes adversaires de la liberté du choix de sa mort que j’ai naguère dénoncés dans un blog intitulé « Le stéthoscope et le goupillon » ) ] qui ont trouvé stratégique de m’apporter leur soutien que [ « un soutien dont je ne suis pas dupe » mais vous êtes pardonnée de cette étourderie finale ] je ne suis pas dupe. Ils n’auront ni ma gratitude ni mon amitié, bien au contraire. Je suis une femme libre et je le demeurerai. Je salue fraternellement toutes les victimes d’actes odieux qui ont pu se sentir agressées par cette tribune parue dans le Monde, c’est à elles et à elles seules que je présente mes excuses.

Sincèrement à vous.  Catherine Deneuve

Bravo Chère Catherine !

A demain pour la suite et la fin !

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