Des cochons aux Rafales : la vérité éclate enfin !

Comme vous l'avez certainement noté, je me suis fait une spécialité depuis longtemps de révéler à la fois le fond des choses et le dessous des cartes et je n'ai nulle intention de mettre un terme à cette mission salvatrice.

 

Je me demandais dans un précédent blog (hier je crois) comment l'Égypte, dans sa situation financière bien connue, allait faire pour nous payer les 24 merveilleux Rafales que nous lui avons si généreusement offerts. Vu notre propre situation financière, je ne jugeais pas cette action absolument nécessaire, même si ce don, à finalités essentiellement politico-publicitaires, ne risque guère d'aggraver de façon importante le bilan de cet avion, comme me l’a savamment démontré un commentateur dont je livrerai le texte demain, car je risque déjà d’être un peu long aujourd’hui. Je vous ai déjà quelque peu éclairé(e)s sur le processus militaro-financier ; reste à savoir pourquoi nous avons fait ce choix alors que chacun sait qu’une bonne partie des chasseurs supersoniques dont l'Égypte a été dotée par les États-Unis reste au sol faute d'avoir des pilotes compétents à mettre à leurs commandes. C'est vrai mais ce point, si l'on peut dire, n’est pas négociable, dans la mesure où il est plus compliqué et plus long de former des pilotes, surtout à l’usage d’appareils complexes comme le Rafale que de parquer ces aéronefs sur un tarmac nilote.

 

Tel autrefois Archimède dans sa baignoire, je me suis frappé le front ce matin, dans mon lit pour ce qui me concerne (car par souci écologique je me limite aux douches, ce qui limite la durée de mes rêveries sanitaires) et j’ai prononcé modestement mais à mon tour,  le célèbre « èurèka », en apprenant ce matin sur France Info, vers six ou sept heures, que l'aviation égyptienne avait bombardé je ne sais quelle ville de Libye, repère des islamistes intégristes qui y avaient filmé l'égorgement de 21 Coptes égyptiens capturés en Libye ; je précise Coptes « égyptiens » et n’allez pas m’accuser de pléonasme car, avec la diaspora, il y a des Coptes désormais et depuis longtemps dans beaucoup d'autres pays qu’en Égypte !

 

Hélas ce n’étaient pas nos Rafales qui ont accompli cette mission de justice antiterroriste et bombardé le village des islamistes intégristes qui avaient égorgé ces pauvres Coptes. Ironie supplémentaire du sort, les avions égyptiens  chargés de ce châtiment ont peut-être même croisé, quelque part, dans le ciel, l'avion français qui amenait notre ministre de la défense pour signer le contrat d'achat de nos Rafales ! L'histoire oubliera ce détail sans importance, mais du moins peut-on espérer qu’elle retiendra la quasi concomitance de ces deux faits.

 

Un tel décalage est évidemment fâcheux, mais quand on connaît, si peu que ce soit l'histoire de l'Égypte et en particulier celle de ses Coptes, il est difficile de ne pas réprimer un sourire.

 

Comme les choses sont un peu compliquées, il vaut sans doute mieux que j'explique tout de suite le titre sibyllin de ce blog « Des cochons aux Rafales », même si mes lecteur(e)s sont habitué(e)s à ce genre de mystère. Le problème des Coptes en Egypte est sans doute connu de beaucoup, même s’il soulève nombre de problèmes  à commencer par ceux de leur nom et de leur rapport au pays !  

 

Dans une Egypte devenue musulmane, assez tard d’ailleurs, les Coptes sont chrétiens. « Copte » serait même formé d'après le nom donné par les Grecs anciens à l'Égypte ( Aiguptos) ;  après disparition de la première syllabe à la période arabe, cela aurait donné le latin « coptita » en latin, puis l’arabe « qoubt » ; les Coptes tendent donc à se considérer comme les « vrais » Egyptiens, ce qui ne plait guère aux autres !

Leur nombre et leur pourcentage dans la population égyptienne demeurent un secret de défense nationale ; on l’évalue entre 10 % (à en croire l’Etat et les Egyptiens musulmans) et 15 % (à en croire les Coptes).

 

Une des principales activités des Coptes en Égypte s'est toujours exercée dans le ramassage des ordures ; dans cette tâche, ils disposaient d'un outil précieux qui est précisément le cochon, animal dont les Musulmans ne peuvent songer à s'occuper de toute évidence. L'élevage des porcs, destinés surtout aux activités de nettoyage urbain était donc la spécialité des Coptes qui, dans les belles époques en effet, élevaient plusieurs centaines de milliers (autour de 400 000 en général). Un de leurs principaux malheurs historiques, car ils en connurent de nombreux au cours de leur histoire, fut en 2009 la décision du gouvernement égyptien de faire abattre tous les porcs d'Égypte qu'on craignait, à tort, se changer en vecteurs de la grippe aviaire qui menaçait. Cette décision, jugée sans nécessité par les experts, est regardée comme une concession démagogique faite par Moubarak aux Frères Musulmans, fut évidemment une catastrophe pour les Coptes qui se virent privés de leur instrument de travail majeur ; cette affaire  ne fait que s'ajouter à la longue liste des malheurs historiques qui avaient toujours été les leurs.

 

 

 

Peu après, le 1er janvier 2011, fut une nouvelle une journée noire pour les Coptes. Le soir du Nouvel An, un attentat devant une église copte fit des dizaines de victimes  et entraina plusieurs jours de protestations de la part des Coptes et suivirent des affrontements sanglants avec les forces de l'ordre égyptiennes.

 

Les Coptes participèrent activement à la révolution égyptienne de janvier 2011, les jeunes Coptes fraternisant alors avec les jeunes laïcs et musulmans sur la place Tahrir au Caire, mais la rupture entre les Coptes et le pouvoir militaire s’opéra dès le 9 octobre 2011, en raison de la répression brutale par l'armée (60 morts !) d'une manifestation copte, initialement non violente, en faveur de l'accès des Coptes à la haute fonction publique, de la suppression de la référence à la charia dans la Constitution et de la mention de l'origine religieuse dans l’état-civil.

 

Soutenant le coup d'État de juillet 2013 en Égypte contre Morsi, les Coptes sont pris pour cible à nouveau par les Frères Musulmans, notamment en août 2013, où ils sont victimes de nouvelles violences. On brûle alors des dizaines d’églises, des établissements et des commerces coptes, on agresse des Coptes dans les rues, etc….On en revient toujours au même antagonisme traditionnel !

 

Même si les Coptes ont fourni à l'Égypte et au monde quelques figures illustres dont la plus connue est celle de Boutros Boutros-Ghali, le statut des Coptes en Égypte a toujours été à la fois dangereux et menacé, ce qui explique naturellement une diaspora qui a commencé depuis longtemps. Alors que l'Égypte, au cours de son histoire, a connu le massacre de dizaines de milliers de Coptes, il est curieux de voir l'aviation égyptienne se déchaîner soudain aujourd'hui contre une bourgade de Libye où des terroristes intégristes musulmans ont décapité devant les caméras ces pauvres 21 Coptes égyptiens qui n’étaient évidemment venus en Lybie que pour essayer d'y survivre à la misère et à la persécution. Les minorités sont quelquefois et même souvent bien commodes !

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