Petits secrets du Rafale ou Rafale sur Bab el Mandeb

 

Je conclus aujourd'hui la suite un peu confuse de mes derniers blogs ;  j'ai reçu en deux ou trois morceaux les commentaires de Marc, toujours fort intéressants, et je me suis un peu mélangé les pédales à leur propos, en distinguant mal et en confondant ce qui était passé en « commentaire » dans « le blog des internautes » de l’Obs de ce qu’il m’avait envoyé par courrier électronique personnel ; ainsi ai-cherché en vain dans le second ce qui était dans le premier mais pour un autre billet d’où mon soupçon, paranoiaque pour une fois,de censure ! 

 

Pour la clarté du propos, sans toutefois reprendre son texte d’hier, je présente  ici son remarquable commentaire sur les aspects historiques, techniques et financiers du Rafale et le poursuis par un second, de nature différente mais très éclairant aussi sur ces affaires, auquel je rajouterai moi-même mon grain de sel sur les aspects politiques et géopolitiques, en particulier suite aux événements survenus au Yémen et actuellement en cours.

 

«  C’est quoi un Rafale, ce bijou de technologie à la française absolument invendable du fait de son coût prohibitif ?

 

C’est d’abord la conclusion d’un rêve technologique de Papy Dassault, celui qui créa la grande lignée, des Ouragan, Vautour, Mystère, les mythiques Mirage III, l’inutile Mirage F1 et les excellents Mirage 2000. Ne parlons pas des liens consanguins de Dassault avec l’Etat français, ce n’est pas le sujet (quoique …).

 

Ce fabuleux couteau-suisse aérien était destiné à remplace HUIT avions dans nos armées volantes, lesquelles possédaient (plutôt mal que bien) toute la panoplie d’avions d’interdiction aérienne, d’attaque au sol, de bombardement, de reconnaissance et de vecteur de bombinettes. Un avion pour le prix de huit ? Presque, dans la mesure où dès la conception initiale, la simple reconfiguration logicielle transformait ses capacités et lui permettait de changer de rôle. L’inconvénient ? Le prix des équipements électroniques et des développements, augmenté par la volonté de n’accepter que des systèmes d’armes franco-français (Thalès, MDBA, Sagem) sauf cas unique des missiles british Meteor indisponibles dans les catalogues francaouis (la honte !).

 

Le couteau suisse était un peu léger côté moteur, ce qui lui a fait perdre quelques marchés, mais son nouveau M88 2 beaucoup plus puissant et ultra-modulaire l’a remis dans la course et la cour des grands, sauf celle des Russes où ils sont loin devant …

 

Excellent appareil dont Papy Dassault peut être fier dans sa tombe, mais deux fois plus cher qu’un Gripen suédois qui en fait certes moins, mais pour beaucoup moins cher, ce qu’on compris ces rapiats de Suisses. C’est fromage OU dessert pour tout le monde ; nous, on a opté pour fromage ET dessert, faut pas charrier quand même !

 

On a vu précédemment que le prix catalogue d’un Rafale était un argument facilement contournable, l’exemple égyptien en étant la démonstration parfaite.

 

La question de l’achat égyptien est assez intéressante car elle intègre une évolution majeure de la politique saoudienne, l’Arabie Saoudite se transformant soudainement en meilleur VRP de l’armement français au Moyen-Orient. L’énorme baffe décernée par deux fois aux USA (hélicoptères, canons, etc. au Liban, puis les 24 Rafale égyptiens plus une frégate (qui sait tout faire y compris le café) semble être due au mécontentement saoudien face à la politique de dialogue très (et trop) accommodante des USA dans les négociations sur le nucléaire iranien. Il est clair que l’Arabie saoudite n’apprécie pas vraiment que son voisin dispose rapidement de bombinettes et elle est, sur ce point précis, en accord parfait avec son futur ex-ennemi, Israël.

 

Nous assistons donc à quelque chose qui n’est pas véritablement un renversement d’alliances mais à plus qu’un simple rapprochement avec un ex-ennemi, Israël, également en bisbille avec les USA. Manque de pot, Israël ne produit pas de chasseurs depuis l’arrêt du Lavi (un zinc intermédiaire entre les capacités du F16 et celles du Rafale), sur ordre de l’ami américain soucieux de placer ses F16 et F15. Il a donc fallu  trouver d’urgence un fournisseur d’armement suffisamment soucieux de fourguer ses productions guerrières en se fichant des ukases américains. Quoique le royaume saoudien se soit offert une flotte de Typhoon européens, concurrent direct du Rafale, et considérant qu’il fallait faire plaisir à la France qui mouillait sa chemise en déployant ses Rafale dans les Emirats, ce fut la France et le Rafale qui l’emportèrent.

 

Plusieurs raisons ont permis donc le choix et la signature de ce joli contrat-pactole :

1-le montage financier où l’Arabie saoudite n’apparait nulle part mais où le Royaume est le payeur final.

2-les baffes politiques assénées aux USA, du genre « arrêtez de jouer aux khons ».

3-la qualité du matos français qui n’a pas à rougir face à ses concurrents mondiaux. « On n’a pas de pétrole, mais … etc. ».

4-la symbolique même du Rafale devenu, depuis la campagne de Lybie, le symbole de l’arme anti-islamique, un peu comme le Mirage III l’était devenu après la pâtée aux aviations égyptienne, syrienne et jordanienne en 1967.

 

Pour l’instant  et encore pour un bon moment, les Rafale égyptiens n’auront aucun concurrent sérieux au Proche et Moyen-Orient, au moins tant que les F35 ne seront pas livrés aux israéliens ou qu’un pays arabe ne se sera pas offert un SU-35, seul capable de le surclasser en combat tournoyant …

 

La chaine Discovery ne s’y était pas trompé, en présentant, il y a deux ou trois ans, des documentaires prospectifs, où l’on voyait des Rafale arabes affronter des Sukoi également arabes … le Rafale surclassant les Sukoi, naturellement !

 

Le manque de pilotes égyptiens ? Entre les pilotes français à la retraite ou quelques Ukrainiens amateurs de pétrodollars, il y aura toujours quelqu’un pour tenir le joystick qui sert de manche … »

 

Suite : autre commentaire de Marc : 

 

« Le Rafale et les joujoux (hiboux, genoux, cailloux, choux !) produits par les pacifistes qui nous gouvernent (haut, bas, gauche et droite confondus) avec l'appui unanime des syndicats pour la défense de l'emploi, ces engins disais-je donc, sont source de discussions et de questionnements sans fin, pour peu que l'on ait eu l'occasion de côtoyer les producteurs d'iceux. 

J'ai sous le coude quelques anecdotes assez croquignolettes dont l'exposé ne se heurte plus au secret-défense et dont certaines se sont étalées (avant d'être escamotées) à la Une des journaux. Allez, je ne résiste pas ... 

 

Je m'étais souvent demandé pourquoi il ne s'était pas passé grand’ chose durant les six premiers mois de la guerre du Golfe n°1, jusqu'au jour où l’un de mes collègues m'a dévoilé le pot-aux-roses. 

 

La France avait fourgué à la Syrie un système d'artillerie automatique protégeant ses frontières Sud. C'était un gigantesque réseau local interconnectant des casemates hébergeant des canons automatiques, chaque canon étant relié à un radar détecteur d'approche. Du très beau matos, fonctionnant à merveille, reposant sur un ensemble de calculateurs (ordinateurs en français moderne) français en charge du pilotage de l'ensemble. Il suffisait de brancher le courant, les radars commençaient à radarer et les canons étaient prêts à canonner tout ce que le radar leur indiquait. De la belle ouvrage qui consumait de jalousie nos amis militaires et avait de quoi légèrement refroidir les ardeurs de toute armée. 

 

La faille du système résidait toutefois dans ces fameux calculateurs francaouis dont le taux de fiabilité n'était pas véritablement la qualité première ... Les coalisés ont donc sagement attendu les fameux six mois avant panne garantis, période au cours de laquelle les calculateurs non « maintenus » sont tombés en panne les uns après les autres. Et au bout de six mois, les unités de reconnaissance envoyées pour voir n'ayant rien reçu sur la tronche ... vous connaissez la suite de l'histoire. » Marc

 

Voilà qui nous amène tout droit aux liens entre la technique et la politique ! 

 

La soudaine et inattendue réapparition de l’Egypte dans le jeu politique international et sa hâte quasi frénétique à acheter nos Rafale, invendables et invendus, en rayons depuis des décennies, remet l'attention du monde sur cette zone qui demeure extrêmement fragile et dangereuse à la fois.

 

Les récents événements du Yémen où vont se former nos assassins djihadistes (qui fut autrefois nommée, dans la littérature de voyages, « l'Arabie Heureuse » mais qui ne l’est plus guère) sont de nature à y causer des troubles violents, tant par le caractère non monarchique de cet Etat (le seul de la zone bien entendu, ce qui ne manque pas d'inquiéter les souverains voisins), mais aussi par les conflits interethniques (traditionnels et multiples) et interreligieux (affrontements entre Chiites et Sunnites). 

 

Ces Rafale égyptiens, qu’on pense et qu’on dit destinés, au vu des récents événements, à prendre la direction du Sinaï et/ou de l'Ouest libyen, pourraient bien prendre celle du Sud yéménite, car il est évident que les tensions au Yémen menacent directement l’Egypte dans ses œuvres vives, via le détroit de Bab-el-Mandeb qui est à la fois le verrou et la clé de la mer Rouge. Tout blocage de cette voie maritime, sans doute la plus fréquentée et la plus stratégique du monde, aurait une incidence directe à la fois sur l'acheminement du pétrole moyen-oriental, mais aussi et surtout sur l'activité du canal de Suez qui fait vivre l'Égypte par les milliards de dollars qui, de ce fait,  tombent chaque année dans son escarcelle.

 

Hola les Rafale ! Cap sur le Yemen ! Ces milliards de dollars sont assurément infiniment plus importants qu’une vingtaine de Coptes trucidés en Libye car les Egyptiens savent très bien faire ça tout seuls et sur une autre échelle !

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