Souvenir ! Souvenir !

 

Je   vais prochainement, si Dieu le veut et si on ne me vire pas avant, célébrer la fin de ma deuxième année d’activité dans le blog de Mediapart ;  aussi, en ce pluvieux matin du dimanche 19 avril 2015, suis-je allé faire un tour dans les archives de mon blog, fort heureusement disponibles et par là même précieuses pour quelqu'un d'aussi négligent que moi ; je dois à la vérité de dire que c’est aussi un peu par flemme et par manque d'enthousiasme pour un sujet quelconque.

 

Mon premier est plus étrange constat a été que, dans ces archives, les références (mais peut-être ai-je fait une fausse manœuvre, les procédures changeant sans cesse), sont en espagnol, langue que je ne pratique guère et surtout pas à mon insu ! Je vous signale cette curiosité et je vous en donne la preuve immédiatement en reproduisant le texte que j'ai trouvé dans ces archives pour un des blogs anciens dont le sujet et le texte me conviennent tout à fait car ils sont d'une fâcheuse permanence.

 

« Innovation pédagogique dites-vous ?

26 MAYO 2013 |  POR ROBERT CHAUDENSON

 

On lit dans le site du gouvernement pour l'éducation le texte suivant qu'on invite en outre à faire partager ce que je fais, sans plus tarder : " George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la réussite éducative, et Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, ont installé, le 19 avril 2013 au Collège Aimé-Césaire [le choix est sans doute de Madame Pau-Langevin], le Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative (CNIRE), présidé par Didier Lapeyronnie, sociologue.

À l’issue de la première journée de travail, les membres du Conseil ont envisagé les trois thèmes de travail suivants pour cette première année :

l'engagement : les innovations pédagogiques et institutionnelles à l’intérieur de l’école

l'ouverture : famille et territoire

la compétence : formation initiale et continue des enseignants "

Vaste programme, même s'il y manque la construction des villes à la campagne ! 

 

Hier, samedi 25 mai 2013, j'écoutais, vers 19h30, l'émission hebdomadaire de France Culture consacrée à l'éducation qui portait sur ce nouveau conseil et où était présent son président. J'ai entendu, en début d'émission, poser pour la quinzième ou vingtième fois la même question stupide qui révèle, de la part des journalistes comme des intervenants, tous de prétendus spécialistes, une ignorance très fâcheuse et proprement incroyable des réalités sur lesquelles ils sont amenés à s'exprimer ou pire encore à faire des propositions et même parfois à suggérer des décisions.

 

La question sempiternelle sur laquelle on s'interroge inlassablement est la suivante (je résume) : pourquoi envoie-t-on dans les quartiers difficiles des professeurs inexpérimentés au lieu de professeurs qui opèrent dans des zones où leur travail est infiniment plus facile ?

 

On s'interroge à l'infini sur cette étrangeté alors que la réponse est évidente et d'une parfaite clarté. On fait comme ça parce qu'on ne peut pas faire autrement !

Si l'on a la moindre connaissance du milieu et des pratiques de l'enseignement en France, on sait que le seul moment où l'on peut envoyer un enseignant occuper un poste donné, sans le consulter et même contre son gré, est le moment de sa première nomination, parfois accompagnée d'une année de stagiarisation. S'il ne rejoint pas ce poste, il est regardé comme démissionnaire !

En France, il est en effet, totalement impossible d'obliger un enseignant (sauf en cas de rarissimes sanctions) à quitter son poste de Plougastel Daoulas, de Guéret ou de Manosque, pour le nommer dans un établissement de la banlieue parisienne ou des quartiers Nord de Marseille. En revanche, un jeune professeur; qui vient de passer le CAPES ou l'agrégation ou, mieux encore, qui n'est pas titulaire (quelle que soit la catégorie à laquelle il appartient) peut être nommé n'importe où sans qu'il ait, quoi que ce soit ce soit dire sur cette nomination. Est-ce assez clair ?

 

On comprend évidemment, de ce fait, que c'est dans ce vivier de jeunes professeurs débutants, à leur première nomination donc inévitablement inexpérimentés en général (seraient-ils expérimentés que ça ne changerait rien à la chose) que l'on puise les enseignants qu'on envoie dans ces quartiers que fuient, dès qu'ils le peuvent, celles et ceux qui ont été précédemment affectés, à condition toutefois qu'ils puissent obtenir la mutation à laquelle ils peuvent aspirer après avoir passé au moins deux ans dans leurs premiers postes.

 

Comment peut-on prétendre réfléchir, en quoi que ce soit sur quoi que ce soit sur ces questions, sans connaître des dispositions majeures, si anciennes et si évidentes.

 

Lors d'une précédente émission, j'entendais aussi accumuler les sottises sur les différences de catégories chez les enseignants. On y affirmait que les uns, professeurs certifiés, devaient 18 heures de cours par semaine, alors que les agrégés n'en devaient que 14 ; or le service des agrégés n'est pas de 14 heures mais de 15 (les 14 heures de cours sont attachées au service d'enseignement dit de "première chaire" c'est-à-dire comportant un minimum d'heures d'enseignement dans des classes d'examen) ; si les intervenants l'avaient su, ils auraient pu ajouter que, pour les classes préparatoires, les services étaient encore bien moindres et les heures supplémentaires mieux payées. Le principe est que les certifiés enseignent en premier cycle (donc dans les collèges) alors que les agrégés devraient le faire dans les lycées donc pour des classes de second cycle. Ce principe n'est d'ailleurs pas toujours respecté mais il est assez logique que les charges d'enseignement soient considérées comme plus lourdes dans le second cycle que dans le premier. Ajoutons qu'en principe, l'agrégation est censée être un concours plus difficile que le CAPES et que de toute façon rien n'empêche un professeur certifié de passer l'agrégation pour accéder à cette catégorie.

 

J'entendais au cours de cette émission, comme on l’a vu,  qu'a été mis en place un « Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative », présidé par un sociologue, Monsieur Didier Lapeyronnie qui était présent lors de cette émission ; il a eu la candeur ou l'honnêteté de dire qu'il n'avait jamais été spécialisé ni versé dans les problèmes de l'école, ce que confirme tout à fait d'ailleurs l'examen de son curriculum vitae, mais fait s’interroger sur un tel choix.

 

Sauf erreur de ma part, un conseil de ce type avait déjà été mis en place par Jack Lang en 2000 (personne n'en parle! [ cf. note 1]) et il n'avait pas entraîné alors, me semble-t-il, un changement notable dans la situation de notre système éducatif. Je crains fort que ce nouveau bazar, qui ne comprend pas moins de quarante membres et est des plus hétéroclites, ne soit qu'une usine à gaz de plus dans l'approche des problèmes de notre école. Ils sont pourtant, selon moi, d'une aveuglante clarté et ils tiennent, pour l'essentiel, aux considérables changements qualitatifs qui ont radicalement transformé sa "clientèle", devenue hautement hétérogène, sans qu'on y ait pris garde et surtout sans qu'on ait touché, en quoi que ce soit, aux modalités, aux contenus et même aux programmes de l'éducation. »

 

J’ajoute ici un témoignage en forme de commentaire que j’avais reçu alors et qui vient à l’appui de mon propos : 

« Bah au moins les jeunes profs ont la niaque , ( et moins d'attaches familiales et donc le déménagement plus facile )  ; c'est nécessaire dans les "zones difficiles" , d'avoir de l'énergie , de ne pas être blasé ... etc ...

Un "vieux" prof : 7 ans en banlieue "difficile" pour son premier poste ; puis  revenu dans sa région depuis 10 ans

Et puis chacun son tour , hein ... ! »

 

Note 1. Au terme de sa conférence de presse de novembre 2000 , Jack Lang annonçait  triomphalement : « A partir de maintenant, il y aura, tous les quinze jours, l’annonce d’un changement. Un beau matin, on se réveillera et on finira par constater que le paysage a été transformé. ».  

 

Quinze ans après, on attend toujours, mais sans doute ne nous sommes-nous pas encore réveillés !

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