Collège et développement

 

Ce titre, un peu sibyllin j’en conviens, m’est venu au cours de la promenade matinale de mon chien comme c'est souvent le cas. Pour changer un peu, je vais vous livrer tout de suite la clé ce mystère. 

Contraint par les nécessités du calendrier de la réforme des collèges, les activités syndicales et le déchaînement médiatique qui en résulte, j'ai été frappé ce matin par le fait que, dans le cas du développement (qui sous la forme « durable », vous l'aurez sans doute noté, est la première ides « huit thématiques » des « projets interdisciplinaires » du programme de la réforme de notre collège, avant même « sciences et société » et « corps, santé et sécurité », car j’ai lu ça moi, Madame ! Monsieur !), comme dans celui de ladite réforme de ces établissements, l'essentiel de la réforme tient dans  choix de l'adjectif qui va accompagner l'un ou l'autre de ces deux substantifs, « développement » ou « collège ». 

 

Je vais être bref car il y a beaucoup à dire à ces propos ; comme il se trouve que je m'intéresse, sous des angles divers et depuis longtemps, à la fois aux pays en développement et à l'école (j'ai écrit d'innombrables papiers et quelques livres sur ces questions), je trouve très significatif et riche d’enseignements la kyrielle d'épithètes dont on a orné successivement durant les dernières décennies ces deux mots. Il y aurait là le sujet de deux thèses au moins ! Mais rassurez-vous, Je résume compendieusement (pardonnez-oi la cuistrerie de l’usage de cet adverbe que j’adore tant son sens est éloigné de sa forme !).

 

Le développement, dans le Sud,  a été tour à tour (je ne garantis pas l'exactitude parfaite au plan chronologique de la succession de ces épithètes) « inégal », « en voie de », « endogène », es désormais « durable », tandis que notre « collège » a été tour à tour « moderne » (il y a un demi-siècle et c’était alors la voie de garage qui fermait la porte des lycées qui seuls possédaient le classes de premier cycle nobles dites « classiques » avec, entre autres, du latin et du grec), « unique » (c’est la réforme Haby mais on a oublié la connotation de cet adjectif), « démocratique » (sous Monory, Haby n’ayant pas fait long feu ou plutôt ayant fait long feu si l’on donne à cette métaphore son premiers sens !),«  de l’an 2000 « (S. Royal mais la pauvre elle n’était plus en poste en 2000 !), « républicain » (déjà, c’était Lang et non Sarkozy !), « pour l’avenir » (Fillon), etc. 

 

Je vous épargne le détail des occupants de la rue de Grenelle et de la rue de Bellechasse (pour les sous-ministres que furent Mélanchon qui ne s’en est pas remis et cette pauvre Madame Royal) : Haby, Savary, Chevènement, Monory, Jospin, Bayrou, Royal, Lang, Ferry, Fillon, etc. ; j’ai dû en oublier, mais quelle importance ? 

 

En réalité, même si je n'ai pas fait dans sa totalité cette revue de détail et pour me limiter à notre pauvre collège, il est curieux de voir que les auteurs successifs de ces réformes se sont tous heurtés au corporatisme (au « carré ») des enseignants et de leurs syndicats ! Les objectifs et modes de réformes sont à peine différents mais on les avance sans jamais se poser la question de la réalité de ce qui se passe dans les classe de façon concrète pas plus que de leur application concrète. C'est d'ailleurs l'attitude générale des syndicats et il est curieux de voir que la levée de boucliers contre la pauvre Najat Vallaud Belkacem (désormais NVB) va, ce que je n'ai jamais vu dans une longue carrière d'enseignant, du SNES (gauche) au SNALC (droite). En réalité les syndicats, et tout particulièrement les syndicats de gauche car les autres existent à peine, ne pensent jamais qu'en termes de postes, de services et d’effectifs, alors que nous sommes, pourtant et pour une fois, dans les mieux placés pour le ratio national élèves-maîtres), sans se préoccuper jamais de ce qui se passe à l'intérieur des écoles et moins encore dans la tête des élèves.

 

NVB présente mercredi la réforme du collège, ù se concentrent à l'en croire « l'essentiel des dysfonctionnements de notre système éducatif » et elle compte pour les surmonter sur « l'interdisciplinarité et l'autonomie ». On jurerait la « nouvelle grande réforme » de Monory, suite aux protestations suite aux débuts de la loi Haby. Je cite « L'accent est mis sur l'importance du travail en équipe pédagogique et pluridisciplinaire, et l'élaboration de projets éducatifs. L'application de la réforme s'est faite sur la base du volontariat des établissements » , ce dernier en a réduit considérablement la diffusion, mais chut… ! Après le Monory dans le texte voulez-vous un peu de Fillon et de sa loi d'orientation pour l'avenir de l'école :«  La loi n° 2005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'École met en œuvre des priorités pour élever le niveau de formation des jeunes Français : Faire réussir tous les élèves,

Redresser la situation de l'enseignement des langues. Mieux garantir l'égalité des chances.

La loi engage la modernisation de l'Éducation nationale selon trois axes : mieux faire respecter les valeurs de la République, mieux organiser les établissements et les enseignements, mieux gérer le système éducatif. Elle a pour ambition de répondre aux évolutions de la société française et de l'école depuis ces quinze dernières années.». 

 

Il ne manque assurément dans ce beau programme de réformes que la construction des villes à la campagne, mais que celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec de tels objectifs lèvent le doigt !

Comme toujours bien entendu, en revanche, les syndicats entendent montrer leurs muscles par une grève sans avoir beaucoup réfléchi à la question.

 

Dernière remarque ; il est frappant de constater que les garants scientifiques qu’ont toujours  recherchés ces ministres ne sont nullement des hommes de terrain ; parfois même, et j’ai déjà réglé son cas à Bentolila, auteur prolifique de multiples rapports destinés à la seule promo de ses manuels, lui qui n’a jamais enseigné ni même passé ou en tout cas réussi, le moindre concours de recrutement (CAPES ou agrégation) de l’éducation nationale ;  les conseillers et les experts ne sont guère sortis, pour la plupart, des bureaux parisiens des ministères ou de la rue de Grenelle, comme L. Legrand, ex-directeur de l'INRDP, ou sociologue bordelais de la « marginalité » comme François Dubet qui conseilla Ségolène Royal, sans parler de Luc Ferry qui lui fut, tout à la fois, conseiller (mais comme dit la sagesse créole « konseillèr na pa péyèr », président de la commission des programmes et même ministre (et pas le pire !) alors que ses souvenirs d'école dataient sans doute de la période où il y avait lui-même usé ses fonds de culottes.

 

Mais je suis long et l’essentiel est à venir ; la suite demain !

 

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