Lagarde se rend mais ne meurt pas

Comme c'était autrefois l'une des habitudes éditoriales de Charlie Hebdo, j'aurais pu inscrire ce titre « Lagarde se rend mais ne meurt pas » dans la rubrique "Les titres auxquels vous avez échappé". J'ai en effet écrit un blog sous cet intitulé, autrefois, à propos de la visite de Madame Lagarde au Niger que j'avais trouvée du plus haut comique, du moins dans le récit qu'elle en avait fait. Peut-être le reprendrai-je ici, un jour de disette imaginative.

On sait que le Monde a publié hier une lettre qui a fait quelque bruit, même si l'on n'en parle plus guère déjà, sous le titre « la lettre d'allégeance » de Christine Lagarde à Nicolas Sarkozy. Dans cette affaire, c'est, somme toute, le mot "allégeance" (dont nos chroniqueurs incultes se sont régalés, car ils le découvraient manitestement ) qui a monopolisé l'attention plus que le contenu de cette lettre, même s'il est, d'une certaine façon, par le ton, plus proche du téléphone rose que du courrier interministériel. 

J'ai consulté par curiosité le site Le Monde.fr pour voir ce qui était dit à propos de ce document. Curieusement, on y indique qu'on a découvert, lors d'une perquisition au domicile de Madame Lagarde, une lettre manuscrite à Nicolas Sarkozy. J'en ai été fort étonné car, la veille sur RMC, dans la matinée, j'avais entendu un journaliste du Monde, semble-t-il co-auteur de l'article, qui avait précisé que cette lettre en fait avait été retrouvée dans l'ordinateur de Madame Lagarde et que c'était la rédaction du Monde qui avait écrit le texte à la main en reproduisant naturellement, de la façon la plus fidèle, le texte figurant dans l'ordinateur de la ministre.

Beaucoup se sont demandé pourquoi une lettre si compromettante n'avait pas été détruite par celle qui l'avait écrite, quelque ait pu être, par ailleurs, le sort du texte lui-même, qu'il ait été envoyé ou non à son destinataire, ce qui, somme toute, n'a guère d'importance en l'occurrence.

Cette observation qu'on pourrait juger pertinente est, en réalité, sans intérêt car, même si l'on supprime dans son ordinateur, un texte qu'on y a écrit, les spécialistes peuvent toujours l'y retrouver, même si on pense l'en avoir fait disparaître. Là n'est donc pas le problème et il est probable que Madame Lagarde, qui est avocate et non informaticienne, ne connaît pas ce détail et a sans doute pensé avoir fait disparaître le texte de la mémoire de sa machine.

Comment les journalistes ont obtenu ce texte pose une question toute autre mais les fuites dans les enquêtes sont aujourd'hui si nombreuses qu'il n'y a pas lieu de s'interroger particulièrement à ce propos. Ce que je trouve, en revanche, est que le ton et le contenu de cette lettre ne sont pas dignes d'une femme aussi distinguer, en apparence du moins, que Madame Christine Lagarde. C'est pourquoi en respectant scrupuleusement la rhétorique et le contenu de cette missive, je vous propose ici de lui donner un ton un peu plus noble en empruntant, pour un instant les modes d'expression de notre tragédie classique.

Monsieur le Président, je suis votre servante,

Mais n'allez pas penser surtout que je m'en vante ;

Si mon coeur n'est qu'à vous, nul n'en est informé,

C'est à vous servir seul que je me suis donnée.

 

J'ai toujours prévenu vos désirs et en tout ;

Et si, ici ou là, aux voeux que vous formiez,

Je n'ai pas répondu comme vous le vouliez

J'en demande aujourd'hui pardon à deux genoux.

 

Je n'ai pas d'ambition autre que votre gloire

Et ne dispute point à tous vos affidés

La proximité vaine dont vous les honorez

Eux dont la loyauté est, pour beaucoup, à voir!

 

Utilise-moi donc puisque je suis ta chose

Car c'est moi qui, en tout, serais ton obligée,

Puisque tu es, en un, mon guide et mon soutien

Et que, bien malgré moi, sans toi, je ne suis rien.

 

Christine L.

 

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