L'école française : Propos nauséabonds


Dans la série (brève, rassurez-vous) de la republication d’anciens blogs évoquant la figure auguste du gourou de plusieurs de nos ministres de l’éducation nationale de l’ère chiraquo-sarkozienne, le Professeur Alain Bentolila, voici un texte de décembre 2007 au titre quelque peu énigmatique (j’ai un faible pour ce genre de titre !) « B.A. lexicale et calcul mental »

B.A. ne signifie pas ici Bentolila Alain mais par l’une de ces malices qui plaisent tant au hasard (une autre de mes manies !) « Bonne Action », comme chez les scouts d’antan ! Je rappelle d’un mot cette innovation pédagogique majeure des méthodes nathano-bentolilesques : « Pour cela, nous avons désormais une arme efficace, l’enseignement du vocabulaire. Vous devez apprendre trois mots par jour. C’est ce qu’on appellera désormais la « B.A. lexicale », par les initiales du nom et du prénom du génial inventeur de la méthode, Bentolila Alain, B.,A. ; vous comprenez… Oui, comme pour les scouts… mais, pour eux, la B.A. est la « bonne action » quotidienne. » (R. Chaudenson, L’école française : rénovation, réforme ou replâtrage, 2014, page 41.

Ce point éclairci, voici mon blog de l’époque qui grâce à E. Macron garde toute son actualité :

« Il est de bon ton de se lamenter sur les ravages de l’illettrisme. Comme je l’ai souvent écrit et démontré, ce n’est pas perdu pour tout le monde et les marchands du temple scolaire y font leur beurre. Ceux-là mêmes qui sont les responsables de cet état de fait ont désormais leur fonds de commerce dans la lutte contre ce fléau. Pour dire le fond de ma pensée (mais que cela reste strictement entre nous), je pense que certains de nos étudiants commencent à être menacés par ce mal. Cette situation n’a pas que des inconvénients, puisque on peut désormais ouvrir des officines de coaching orthographique pour les cadres supérieurs.



Plus grave peut-être encore est le fait que la plupart des Français ne savent plus compter et que le calcul mental est totalement sorti de l’usage courant, chassé définitivement par les calculettes et maintenant les téléphones portables.

Autrefois, le moindre achat supposait, au moins, une petite opération de calcul mental, pour soustraire le prix de l’achat du montant du billet ou de la pièce donnés pour en régler le montant et, par là, vérifier le rendu de monnaie. Désormais, le ticket de caisse s’en charge et nul n’a plus à faire la moindre opération. Ne parlons pas des fractions et des règles de trois qui figuraient comme les obstacles majeurs du steeple chase de l’arithmétique à l’école primaire. Tout cela est, désormais, du chinois pour la plupart de nos compatriotes.



 

La belle affaire, entends-je, déjà grommeler quelques lecteurs teigneux, qui regrettent de ne pas me voir manier sur d’autres dos ou fesses le fouet de la satire ! Bon allez, allez, une petite méchanceté en passant puisque vous me le demandez si gentiment. Vous voyez qui est Santini, secrétaire d’Etat à la fonction publique et boule de billard récemment blanchie ? Je l’ai entendu, hier, se présenter comme « maître de conférences » (en contrepèteries peut-être, en dépit de son doctorat en droit). Il aurait déclaré qu’un professeur agrégé commençait sa carrière à 4000 euros pour la finir à 5000 ! Avec un tel ministre, les fonctionnaires ne sont pas fauchés et ils ont toutes les raisons de descendre dans la rue!

Mais revenons au calcul mental et, plus largement, à l’arithmétique. Ce point est bien plus important au plan politique que l’illettrisme. Ce dernier pourrait même être considéré comme un bienfait pour notre gouvernement, dont la propagande est essentiellement audiovisuelle, alors que l’opposition use plus volontiers, par la force des choses, de l’écrit (journaux, banderoles, tracts, etc.).

La nullité des Français en calcul mental permet de leur faire avaler, par exemple, qu’une augmentation de quelques $ du prix de baril de pétrole à New-York va inévitablement faire bondir de plusieurs centimes le prix du litre d’essence.

Je vous le fais façon ancien examen d’entrée en sixième.

Sachant que le baril de pétrole a une capacité de 130 litres (j’arrondis par gentillesse) ; sachant que le dit baril a augmenté de 5 $, passant ainsi, par exemple, de 95 à 100 $ ; sachant enfin que le prix du pétrole brut représente 20% dans le prix de l’essence à la pompe, quelle devrait être l’incidence sur ce dernier prix de cette augmentation de la matière première, en ne faisant pas entrer en ligne de compte la TVA et la TIPP, dont les effets devraient en principe être inverses tout en annulant la hausse, ce qui permet de les négliger dans ce problème ?

Vous avez une heure ; après, je ramasse les cahiers. 



Comme je suis gentil, je vous donne la réponse .

A la louche (ou plutôt à la cuiller à café), 1,5 centime, autant dire rien ! 

Comme les gens ne savent plus compter, ils avalent sans broncher, à la pompe, des augmentations de prix cinq ou six fois supérieures, qui sont bien entendu sans commune mesure avec l’incidence réelle de la hausse du prix du brut. Ne vous étonnez plus que les compagnies pétrolières ne sachent plus que faire de leurs milliards de bénéfices !



Si vous n’êtes pas sages, je vous pose le même problème pour les pâtes et les yaourts pour lesquels on nous mijote les mêmes stratégies, avec l’augmentation du prix du blé et du lait.



Qu’attend donc Xavier Darcos pour charger Monsieur Alain Bentolila, le thaumaturge universel de la rue de Grenelle, du problème du calcul mental ?

 

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