Politologie ou  Polytologie ?

Politologie ou  Polytologie ?

 

Ce brave Mallarmé, qui comme bien d'autres, n'en était pas à une sottise près, a écrit un jour qu'il fallait laisser l'initiative aux mots. Pourquoi pas dans la mesure où l'on n'est pas obligé de suivre!

Écoutant encore ce matin même France Culture, j'ai appris, après l'ingestion du programme matinal habituel jusqu'à neuf heures et le bref bulletin d'information qu'on y entend toujours alors , qu'une partie du personnel étant en grève, il n'était pas possible de diffuser l'intégralité du programme de la chaîne. On a commencé alors à nous infliger des musiquettes ineptes, ce qui tend à prouver que le bon goût musical musical était également en grève, mais que les grévistes avaient trouvé la force et l'esprit laborieux suffisanst pour appuyer sur le bouton des enregistrements en stock et nous infliger ces fadaises que nous aurait évité le silence d'une vraie grève !

 

Il est vrai qu'on nous avait fourgué dans l'heure précédente quelques "experts" (des "expertes" en l'occurrence car la parité est de règle désormais) qui appartenait à ces corps désormais si répandus des « politologues » (espèce de plus en plus répandue car, en particulier  toutes les variétés de géographes audovisuelles, désormais honteux de cette désolante et infamante dénomination, se parent de ce titre plus avantageux, plus moderne et de ce fait plus séduisant et plus "vendeur" de "politologues" ou de "géopolitologues" , voire de "polémologues" (je laisse ici le terme "pôles homologies" que me suggère mon logiciel de dictée Dragon qui, le bougre, n'est pas encore familiarisé avec le terme savant et nouveau «polémologues » du grec "polemos" : la guerre).

 

Le blog devant demeurer un genre court, je laisserai de côté pour le moment la polémologie et m'attarderai un peu, en revanche, sur la politologie.

 

Les géographes ont le plus souvent mauvaise conscience et se sentent un peu marginalisés, parmi les sciences humaines,car ils traînent le plus souvent à la remorque de l'histoire à cause de cette fameuse «histégé » (< histoire et géographie) ; ce curieux attelage pédagogico-scolaire est une de nos spécialités françaises, comme les cuisses de grenouilles ou les escargots. L'apparition de la "politologie", voire de la "géopolitologie" permet aux géographes qui hantent nos médias d'éviter cette dénomination infamante. Il en est un peu de-même, à un moindre degré, pour les juristes qui s'y sont convertis, en lieu et place de la "science politique".

 

Wikipédia le souligne : 

 " Un politologue, ou politiste, est un spécialiste de la science politique. Le qualificatif s'applique à différents métiers, parmi lesquels chercheur, consultant, sondeur.". Ce dernier échantillonnage des métiers auxquels s'applique le terme de  "politologue":

"polythéiste"que me suggère mon âne de Dragon en lieu et place de "politiste" témoigne assez du peu de familiarité avec ce dernier qualificatif !

 

Cette dernière remarque fait douter de l'explication qui est avancée en ce même lieu dans la suite,  même si la pertinence involontaire du propos semble pas être là où son auteur avait souhaité la placer

"En France, dans le domaine universitaire, une opposition est faite entre les deux termes :

En France toutefois, le substantif « politiste » tend à être préféré à celui de « politologue ». L'usage du mot « politiste » vise à distinguer le spécialiste « authentique » de science politique, qui fait avant tout de la recherche « fondamentale », du « politologue », expert que ce soit dans l'interprétation sur le vif de l'actualité politique dans les médias (« commentateur politique ») ou dans l'élaboration de recommandations opérationnelles au monde politique (« conseiller du prince »). »

 

Le CNRS, (dans le Trésor informatisé de la langue française comme dans  ORTOLANG, CNRTL (qui suit simplement le précédent), ne fait que souligner le caractère récent du terme  qui a désormais éliminé l'antique et pesant  « politicologie », ce que confirment, s'il en est besoin, les données étymologiques :

 

"POLITOLOGIE, subst. fém.

Science qui étudie tous les phénomènes politiques (v. politique1I B). Synon. science politique. Le Prince de Machiavel, tel est, en effet, le titre retentissant de l'œuvre qui ouvre la politologie moderne (M. Prélot, La Sc. pol.,1969 [1961], p. 21).Influence par le développement des études mathématiques en économie, un vaste courant d'origine américaine s'efforce de faire évoluer dans le même sens la science politique. Cette orientation paraît à ses promoteurs susceptible de lui faire faire un nouveau pas vers la précision et l'exactitude, rendant par là même la politologie toujours plus scientifique (Encyclop. univ. t. 13, 1972, p. 234).

REM. 1.

Politicologie, subst. fém.,var. vieillie. Cela ressemble fort aux politicologues et à la politicologie que j'avais remarquée autrefois (J. Joubert, Carnets,II, 1813, p. 739 ds Quem. DDL t. 20).

2.

Politologique, adj.Relatif à la politologie, qui se rapporte à la politologie. La seconde guerre mondiale donne l'impulsion décisive à la renaissance politologique qui commencera dès l'occupation et l'armistice (M. Prélot, La Sc. pol.,1969 [1961]p. 53).

Prononc. : [pɔlitɔlɔ ʒi]. Étymol. et Hist. 1958 (Le Monde, 12 déc. ds Gilb. 1980). Formé sur la base polit-  d'abord en all. sur Politik, selon Gilb. 1980."

 

 L'une des deux "expertes"  qui intervenaient ce matin même sur France Culture nous a été présentée  comme « polémologue  et colonel de réserve », ce qui, au nom de la parité sans doute, la pose en rivale sérieuse de Monsieur P.S.  qui sous la forme masculine présente les mêmes caractéristiques et hante habituellement nos médias ! 

Faudra-t-il se résoudre  à en venir à la "polytologie"  pour pouvoir faire une place à tout ce petit monde !

 

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