Giscard : V(i)G(i)E ou girouette ?

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Les vieillards, autrefois, étaient réputés sages ; cela a bien changé… comme tout le reste et plus que jamais la formule du Général apparaît inusablement pertinente : « La vieillesse est un naufrage! » J'espère que ne vous a pas échappé la parution du dernier best-seller de notre académicien : Valéry Giscard d'Estaing Europa. La dernière chance de l'Europe, préface d'Helmut Schmidt, éditions XO, 188 pages, 16,90 euros. Même l’Europa du titre est une vieillerie et l’ouvrage a reçu, ultime et dérisoire récompense pour ses rêveries européennes, le Prix Spécial du jury du prix du Livre d’Économie 2014 (faute de mieux on accumule les majuscules aussi inutiles que fautives !). Dans un genre plus sérieux que le présent blog et avec plus de précisions et de détails, allez lire l’excellent article de Romaric Godin « L'avenir de l'Europe selon Giscard d'Estaing » ( latribune.fr ; 15/12/2014) ainsi que les nombreux commentaires qu’il avait suscités.

 

La lecture de mon bref et modeste billet pourrait toutefois vous épargner 16,90 € mais surtout vous dispenser de la lecture des 188 pages dont vous connaissez sans doute déjà le contenu (à tout prendre, on aime autant qu’il fantasme sur Diana dans un livre qui n’a été écrit que d’une main comme disait ce brave Onan !). En effet, Giscard, depuis plus de quarante ans, ne cesse de vaticiner sur l'Europe, en disant tout et son contraire, un peu comme son contemporain (à un an près !- et concurrent) Jacques Delors, l’un comme l'autre considérant la situation actuelle avec un œil parfois critique, les premières atteintes de l’alzheimer, leur faisant oublier les responsabilités majeures qu'ils ont eues dans l'établissement de cette situation qu’ils déplorent désormais.

 

Je ne vous rappellerai pas ici la fameuse crise de nerfs de Giscard après l’élection de Mitterrand ; elle l'avait conduit à se rouler par terre dans son bureau de l'Élysée (ce qui n'est pas grave), mais , surtout et plus fâcheusement, elle l’avait orienté vers des ambitions européennes, la présidence française lui semblant désormais fermée par son jeune ami Chirac qui s'était employé, si efficacement, à faire élire son concurrent socialiste en 1974 !

 

Depuis ce choix, il n'a cessé de produire des élucubrations sur l'Europe, entrant même en 1989 au Parlement européen sur un modeste siège de député alors qu'il avait toujours rêvé d'une future présidence européenne ; il y présida, faute de mieux et tour à tour, le groupe « Libéral démocratique et européen » puis le « Mouvement européen ». À défaut de la présidence européenne rêvée, il a dû depuis se contenter de hochets de la même farine, en 2001, la Médaille d'or de la Fondation Jean-Monnet pour l'Europe, puis, en 2003, le Prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle. Ces brimborions, même dorés, ne valaient pas les diamants de Bokassa qui lui avaient pourtant fait tant de mal.

 

Quoiqu’il juge, non sans bon sens, qu'avant d'élargir l'Europe, il serait indispensable de renforcer et d'adapter ses institutions, ses choix et ses actes ne suivent jamais ; certes il se montre toujours favorable aux élargissements : un futur Père de l’Europe ne peut que souhaiter une famille aussi nombreuse que possible et il se voit volontiers en triumvir, aux côtés de Robert Schuman et de Jean Monnet dans l’iconographie européenne de l’Histoire ! Qu’il s’agisse de la Grèce en 1992, en 1995 de l'Autriche, la Finlande et la Suède ou d’autres (y compris Malte !), il est toujours pour l’entreè de membres nouveaux!

 

Au milieu des années 90, notre « penseur » (devenu « panseur » des plaies européennes) est à l'origine d'une réflexion sur un projet d'organisation européenne avec un groupe d'experts. Lors du Conseil européen de Laeken, en 2001, il est nommé à la tête de la « Convention sur l'avenir de l'Europe », qui a pour tâche de simplifier les différents traités européens en rédigeant un projet de traité constitutionnel. Il juge sans doute son heure de gloire enfin arrivée. Le 15 juillet 2003, VGE présente une « Constitution européenne », qui est signée, en octobre 2004, par les membres de l'Union européenne, alors devenus 25. Comment, en France même, ne pas s’engager et prendre une part active, en 2005, à la campagne pour le « oui » au référendum à propos de ce « Traité constitutionnel européen ». Patatras ! Les Français, par référendum avec une majorité inattendue : 54,68 %. Même résultat aux Pays-Bas quelques jours plus tard ; le traité constitutionnel est en grande partie abandonné et remplacé, par pudeur, par le traité de Lisbonne, fin 2007.

 

Optant comme souvent pour une solution moyenne (on n’est pas « centriste pour rien !), entre une Europe fédérale et une Europe des États, V. Giscard d'Estaing se prononce pour une intégration économique et financière accrue de douze États membres de l'Union européenne et propose un « nouveau » ( ??? ») projet baptisé « Europa ». Nous y voilà enfin et on mesure l’ampleur et la logique du changement entre « Europe » et « Europa »! Il consiste pour VGE et son ami H . Schmidt à écarter les clampins qu’ils ont eux-mêmes fait admettre dans l’UE quelques années auparavant ! Alzheimer quand tu nous tient ! Jugés indignes et écartés de la grande table européenne, les autres n’ont qu’à aller aux « restau du cœur » de l’ONU !

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