L'école française : Propos nauséabonds (suite et fin).


Je mets ici un terme à la série ainsi intitulée dans laquelle je me suis laissé entraîner par les commentaires injurieux du Professeur Alain Bentolila que je rappelle ici pour expliquer cette dérive : 

« Faites un effort ! Lisez donc mes textes [ un peu de pub au passage ; un VRP avec trente ans de pratique ne se refait pas !] au lieu de vous échiner à baver sur moi en espérant vous faire remarquer. Bavardage imbécile et fausses informations ! »

Ayant sans doute jugé ce commentaire trop rapide et surtout inexact dans son détail biographique, le Professeur Bentolila en ajoute un second quasi identique mais qui précise le point capiral : 

"Bavardages imbéciles et fausses informations: ainsi je n'ai jamais vu Sarkozy de ma vie; c'est Jacques Chirac qui m'a remis ma légion d'honneur . Lisez donc mes textes sérieusement au lieu de reprendre bêtement les écrits nauséabonds de Robert Chaudenson".

J’ai déjà  battu ma coulpe pour cette erreur grossière dans la carrière de l’intéressé ; j'aurais pu  l’éviter si je m'étais montré plus attentif car le Professeur Bentolila, sans dire de quel président il s’agissait,  nous avait donné même la date de cette remise et en 2002 Nicolas Sarkozy n'était évidemment pas Président de la République. C'est un fait désormais établi et mes excuses ne rendent pas plus odorants mes « propos nauséabonds ». Comment pourraient-ils ne pas l'être puisqu'il s'agit d'Alain Bentolila ?

Ce que ce propos insultant de l'intéressé m'avait détourné alors de faire, c'est une brève évocation de l’image même du personnage dont l'évolution historique est à soi seule fort intéressante.

Lorsque j'ai connu celui qui devait devenir le Professeur Alain Bentolila, il n’était encore que le modeste « Bento » ; c'était un sémillant jeune homme, fer de lance de la gauche du SNES-SUP mais qui aspirait déjà en douce à la fortune et à la gloire. Ce charmant personnage s'était acquis la protection d'une égérie syndicale parisienne, de quinze ans son aînée, séduite sans doute par sa grâce et qui lui a facilité sa carrière à Paris V en l’entourant longtemps de sa protection bienveillante et efficace. C'est ainsi qu'il a pu devenir, dans une prodigieuse mutation à la fois académique et physique, le Professeur Bentolila dont je résiste au désir de reproduire ici l'image pour respecter ses droits et éviter un procès. Cela ne me gêne guère car il est l’incarnation même du professeur de nos caricatures universitaires. 

Si son front s'est beaucoup dégarni (sans qu’il ait besoin de le raser comme Hugo), son embonpoint s’est développé ; il s'est pourvu de la barbe académique de rigueur (du côté de la barbe est la toute puissance !) et n'arbore que les costumes trois pièces ; l'absence de précision des images dont je dispose empêche de voir si le gilet est bien pourvu de la chaîne de montre réglementaire. Naturellement les idées de gauche qui étaient celles du jeune Bento ont totalement fondu au soleil de l’ambition et du lucre ; les indispensables décorations, parfois remise personnellement par un Président de la République (il aime à le rappeler car tout est là dans ces hochets !) ornent sa boutonnière et lui donnent le plus sérieux espoir d'entrer bientôt à l’Académie française, ce qui ferait surtout monter un peu le tarif encore modeste de ses conférences !

Pour parfaire ce tableau ; je reproduirai ci-dessous la lettre que j'ai adressée au Professeur Bentolila suite à une correspondance qu’il m'avait lui-même envoyé, en réponse à l’un de mes blogs, sans m’identifier d’ailleurs ; s'il n'en était pas encore à taxer de « nauséabonds » mes propos, il les jugeait déjà avec la plus grande sévérité. Voici donc ma lettre qui servira de conclusion à cette série de billets : 

LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PROFESSEUR BENTOLILA (Blog de novembre 2009)

« A mon retour de voyage, j’ai été extrêmement honoré (et encore le terme est-il bien faible !) de constater que vous aviez bien voulu porter vos augustes regards sur mon modeste post du 5 novembre 2009. J’y faisais en effet allusion au rôle, un peu étonnant à mes yeux, que vous semblez jouer dans la lutte contre l’illettrisme. Pour éclairer les lecteurs sur la suite et leur épargner de fastidieuses recherches, je reproduis ici le paragraphe de ce texte qui semble avoir retenu votre attention : 

« Je ne sais pas si Bentolila « peut agir [...] pour prévenir et lutter contre l’illettrisme » ; ce que je sais, en revanche, c’est qu’à travers les innombrables livres et produits dérivés, de la collection « Gafi », édités par ses soins et vendus par son second, mais principal employeur, Nathan, Bentolila a joué un rôle majeur dans l'émergence de l’illettrisme causé par les méthodes d’apprentissage de la lecture qui y sont mises en oeuvre. Cela qualifie-t-il réellement Bentolila pour lutter désormais contre ce fléau qu'il a contribué à susciter, c’est à l’ANCLI [Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme] qu’il appartient d’en décider ? ».

Non seulement le Professeur Bentolila m’a lu, mais il m’a même adressé un commentaire que je reproduis ci-dessous avec exactitude :

"Vous croyez vraiment qu'une méthode de lecture peut accentuer ou faire diminuer l'illettrisme? Si oui vous êtes d'une confondante naïveté. Vous arrive-t-il de lire mes articles ou mes essais? Vous pourriez ainsi discuter mes thèses avec objectivité et pertinence au lieu de vous perdre dans des insinuations et procés [sic] qui ne vous honorent pas. Professeur Alain BENTOLILA".

Le propos est sévère ; le Professeur Bentolila me fait tâter de sa férule professorale avec d’autant plus de sévérité que je me suis permis de l’évoquer par son simple patronyme, omettant, comble de l’irrévérence, de le faire précéder du titre de « Professeur » auquel il paraît si attaché, tant par les désignations qu’il fait de lui même que par la recommandation très vive qu’il fait de la lecture de ses articles et de ses essais. Encore nous fait-il la grâce, par modestie sans doute, de ne pas évoquer ses thèses [dont il y a pourtant beaucoup à dire !].

Quoique je sois tout disposé à poursuivre et même à étendre le débat (et il ne tient qu’à lui que je le fasse), je ferai observer au Professeur Bentolila que j’ai écrit qu’en tant que « spécialiste » de l’apprentissage de la lecture (à travers les multiples « Gafi », ouvrages et autres produits dérivés de la maison Nathan dont il a « dirigé » la production), « il a contribué [souligné ici par moi] à susciter ce fléau [de l’illettrisme] ». Je ne ferai pas l’injure au Professeur Bentolila d’attirer son attention magistrale sur le sens exact et précis du mot « contribuer ». Je  maintiens néanmoins, fût-ce au risque probable de confirmer par là-même ma « confondante naïveté », qu’un mauvais apprentissage de la lecture constitue un élément important de l’extension ultérieure de l’illettrisme. 

Toutefois ce qui m’étonne le plus dans le comportement du Professeur Bentolila tient moins à ses prodigieuses mutations idéologiques et politiques (comme d’autres, il est passé de la pointe de la gauche syndicale et politique à un chiraco-sarkozysme qui n’a pas encore porté tous les fruits espérés puisque, à ce jour, il n’est encore ni ministre ni même académicien) qu’à son extraordinaire capacité à traiter de sujets dont il ignore tout. En effet, le Professeur Bentolila qui entend, dans ses produits marchands comme dans ses rapports officiels, réformer, à la fois, les enseignements primaire et secondaire de la France, n’a jamais mis les pieds, sauf depuis l’époque déjà lointaine où il y était élève, ni dans une école primaire, ni dans un collège, ni dans un lycée pour la simple et bonne raison qu’il n’a jamais passé et donc réussi le moindre concours de recrutement de l’éducation nationale (CAPES et/ou agrégation), ce qui pour un esprit de sa trempe n’aurait pourtant été qu’une simple formalité.

Comme disait ma chère grand-mère, « ce qu’on sait faire, on le fait, ce qu’on ne sait pas faire, on l’enseigne », ou mieux encore aurait-elle pu ajouter si elle avait eu le privilège de vous connaître, on enseigne comment l’enseigner ! ».

 

 

 

 

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